Moins d'intoxications grâce à deux grands projets québécois

Les trouvailles d'un chimiste de l'Université de Montréal... (PHOTO FOURNIE PAR CBJC, LINDA  HAYES)

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Les trouvailles d'un chimiste de l'Université de Montréal devraient mettre les Canadiens à l'abri des intoxications causées par les algues bleu-vert appelées cyanobactéries.

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Grâce à un chercheur de McGill, 90% des animaux sacrifiés pour tester la toxicité de produits chimiques devraient bientôt être épargnés. Tandis que les trouvailles d'un chimiste de l'Université de Montréal devraient mettre les Canadiens à l'abri des intoxications causées par les algues bleu-vert appelées cyanobactéries.

Ces deux grands projets d'environ 10 millions de dollars chacun ont été dévoilés à Montréal ce matin. Ils auront des retombées canadiennes et mondiales, prévoit Génome Québec. À terme, ils devraient permettre aux gouvernements d'économiser au moins deux ou trois fois plus d'argent chaque année, tout en intervenant beaucoup plus vite et efficacement pour protéger l'environnement et la population. 

Les deux projets en cause profitent des immenses progrès de la génomique, qui permet d'analyser rapidement des millions de gènes. Génome Canada, qui les a sélectionnés lors d'un concours, promeut de plus en plus l'utilisation de cette approche « pour relever les défis [financiers ou de santé publique] des ressources naturelles et de l'environnement ».

Ces projets «renforcent la position de chef de file du Canada dans la production de solutions basées sur des faits», a dit en conférence de presse la ministre fédérale des Sciences, Kirsty Duncan.

Voici en quoi ils consistent.

Protection contre les algues bleu-vert

Quand les cyanobactéries prolifèrent, leurs toxines causent des gastro-entérites et des éruptions cutanées. Elles peuvent aussi tuer les animaux qui nagent dans les plans contaminés, qu'il s'agisse de poissons, ou de chiens qui se lèchent après leur baignade.

«Certaines toxines peuvent aussi attaquer le foie ou le système nerveux. On pense aussi qu'elles peuvent contribuer à causer le cancer et peut-être l'Alzheimer ou le Parkinson», ajoute le chercheur Sébastien Sauvé, professeur au département de Chimie de l'Université de Montréal.

Les outils développés par son équipe permettront d'évaluer la toxicité réelle de chaque efflorescence algale. Car le risque n'est pas toujours proportionnel à l'ampleur de cette efflorescence. Il semble que la présence de certains gènes soit plus propice à la libération de toxines dangereuses.

«Les usines de traitement d'eau potable doivent savoir quand sortir l'artillerie lourde, car cela a un coût gigantesque: il ne faut pas prendre de douche, ne pas faire la vaisselle, ne pas toucher l'eau et ne la boire en aucun cas, parce que la faire bouillir n'élimine pas les toxines.»

Avec les méthodes actuelles, on met souvent de 24 à 48 heures à déterminer s'il faut sonner l'alarme ou pas. Pire, les usines ne savent pas forcément quoi faire, car les procédés de traitement s'avèrent souvent inefficaces. «On a même vu des usines devenir des incubateurs de cyanobactéries; elles s'y reproduisent et y prolifèrent», révèle le professeur Sauvé.

Protection contre les produits chimiques

Quelque 4300 produits chimiques rejetés dans l'environnement par diverses industries - pétrochimique, minière, etc. - doivent voir leur toxicité évaluée de toute urgente, car ils risquent de contaminer les écosystèmes et figurent ainsi sur une liste prioritaire du gouvernement fédéral.

«Mais le gouvernement n'est pas capable de fournir à la demande, car c'est une tâche immense, qui peut prendre des années et a un coût prohibitif», souligne Stéphanie Lord-Fontaine, vice-présidente aux affaires scientifiques de Génome Québec.

Grâce à une méthode mise au point à McGill par l'équipe du Dr Niladri Basu, on pourra réduire jusqu'à sept fois le temps requis pour évaluer le risque, économiser près de 30 millions par an et obtenir des résultats plus fiables.

En prime, on sauvera la vie de 90% des amphibiens, des poissons et des oiseaux, actuellement sacrifiés comme cobayes pour tester la toxicité des produits risqués. Car la plateforme d'analyse toxicologique développée permettra de réaliser des essais plus ciblés. Elle consiste à « produire des milliers de copies de petits fragments d'ADN » des animaux en cause.

Les laboratoires analyseront les gènes d'espèces particulières - xenopus lisse, mené à tête de boule et caille japonaise - très sensibles à la qualité de l'environnement. Les produits toxiques perturbent rapidement leur système endocrinien, leur reproduction ou causent des cancers. L'équipe de McGill, qui fait équipe avec Environnement Canada, travaillera aussi avec la grenouille des bois, la truite arc-en-ciel et le cormoran.

Elle a déjà établi des liens avec les agences américaine et européenne de protection, ainsi qu'avec un partenaire pour commercialiser le test, baptisé EcoToxChip. À l'échelle mondiale, plus de 100 000 produits rejetés dans l'environnement restent à évaluer.




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