Des Québécois cherchent de la vie extraterrestre sur une exoplanète

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Une impression d'artiste de LHS 1140b et de son étoile. Cette exoplanète est peut-être la plus prometteuse pour la vie de toutes celles repérées jusqu'à maintenant.

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Une équipe internationale a annoncé hier la découverte d'une nouvelle exoplanète, et pas n'importe laquelle : il s'agit peut-être de la plus prometteuse pour la vie de toutes celles repérées jusqu'à maintenant. Un groupe québécois déterminé à devenir le premier au monde à détecter des signes de vie extraterrestre a déjà annoncé qu'il l'étudierait minutieusement. Explications.

Les huit télescopes de MEarth South traquent les... (Photo Jonathan Irwin, fournie par Nature) - image 1.0

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Les huit télescopes de MEarth South traquent les transits d'exoplanètes devant des naines rouges de classe M, à partir du Chili.

Photo Jonathan Irwin, fournie par Nature

L'été dernier, une exoplanète a été découverte dans... (Photo archives Reuters) - image 1.1

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L'été dernier, une exoplanète a été découverte dans la zone habitable de Proxima du Centaure, l'étoile la plus proche de notre système solaire.

Photo archives Reuters

UNE PREMIÈRE

« Nous avons découvert la première exoplanète de la classe des "super-Terres" située dans la zone habitable d'une étoile tranquille émettant peu de radiations à haute énergie et dont l'atmosphère est observable de la Terre », affirme Jason Dittmann, astrophysicien à l'Université Harvard, qui est l'auteur principal de l'étude publiée hier dans la revue Nature. « Les super-Terres sont un peu plus grosses que notre planète, mais probablement assez petites pour avoir un noyau rocheux et une atmosphère avec une pression acceptable pour la vie. D'autres super-Terres ont été découvertes à des distances similaires, mais elles gravitent autour d'étoiles jeunes émettant beaucoup de radiations à haute énergie, ce qui endommage l'atmosphère d'une exoplanète. La planète que nous avons découverte, LHS 1140b, s'est en théorie formée d'une manière lente qui lui a permis de conserver son eau et les ingrédients qui forment une atmosphère. Si elle s'était refroidie trop vite, ces éléments auraient été éjectés parce que les planètes jeunes tournent très vite sur elles-mêmes. »

EFFERVESCENCE À MONTRÉAL

À l'Institut de recherche sur les exoplanètes, centre lié à l'Université de Montréal et à l'Université McGill, on n'avait pas attendu l'annonce officielle de LHS 1140b pour célébrer. Le groupe avait été mis au parfum de la découverte dès le 3 janvier dernier et s'affairait en secret depuis. Hier soir, lors d'un événement spécial tenu à l'Université de Montréal, les chercheurs québécois ont révélé avoir inclus la nouvelle exoplanète dans le groupe très sélect des quatre mondes potentiellement habitables qu'ils scruteront au cours des prochaines années. « Avec LHS 1140b, on coche toutes les cases de ce qu'on recherche, a dit à La Presse René Doyon, directeur de l'Institut. L'un des grands avantages est qu'on est certains qu'elle est rocheuse comme la Terre, alors que la certitude est moins claire pour d'autres exoplanètes. »

COMMENT ELLE A ÉTÉ DÉCOUVERTE

« Nous avons été chanceux, affirme le chercheur américain Jason Dittmann. En janvier 2014, nous avons commencé à travailler sur les données du nouvel observatoire robotisé MEarth South, au Chili, qui a été mis sur pied pour observer le transit de planètes devant des naines rouges, de type M, d'où le nom de l'observatoire. Comme les naines rouges ne sont pas très grosses, on peut observer le transit de planètes directement de la Terre. En octobre 2014, nous avons eu l'impression de voir un transit devant LHS 1140, mais il a fallu une autre année pour que je confirme la découverte avec une nouvelle méthode d'analyse. LHS 1140 a été incluse dans la liste des observations parce qu'on avait davantage de données sur cette étoile, ce qui facilitait les calculs. C'est un hasard. » Il y a transit quand une planète trahit sa présence en passant devant l'étoile autour de laquelle elle tourne. Vu de la Terre, cela provoque une baisse de luminosité de l'étoile qui se répète à chaque orbite de la planète.

D'AUTRES CANDIDATES

L'été dernier, une exoplanète a été découverte dans la zone habitable de Proxima du Centaure, l'étoile la plus proche de notre système solaire. Elle est située à « seulement » 4,2 années-lumière de la Terre, ce qui signifie qu'une sonde voyageant à un tiers de la vitesse de la lumière pourrait s'y rendre en un peu plus de 12 ans si la trajectoire était directe. LHS 1140 est située 10 fois plus loin. Cet hiver, un véritable système de sept autres planètes a été découvert autour d'une étoile située à peine plus loin que Proxima du Centaure, Trappist-1, dont au moins trois dans la zone habitable. « Mais dans ces deux cas, il s'agit d'étoiles qui envoient beaucoup de rayons X, ce qui rendrait normalement difficile la présence permanente d'une atmosphère sur ces exoplanètes », dit Jason Dittmann.

« UNE COURSE FOLLE »

Les découvertes d'exoplanètes intéressantes tombent les unes après les autres, et ça ne semble pas près de s'arrêter avec tous les nouveaux instruments qui s'apprêtent à se braquer vers le ciel. « Tout arrive en même temps, ça va être une course complètement folle », prédit René Doyon. La prochaine étape est déjà très attendue : détecter, dans l'atmosphère de ces planètes, des signatures de la vie. La présence de gaz comme l'oxygène ou le méthane, par exemple, pourrait dans certaines circonstances amener les chercheurs à conclure qu'ils sont produits par des organismes vivants. À l'Institut de recherche sur les exoplanètes de Montréal, les quelque 40 chercheurs et étudiants ne cachent pas leur ambition : gagner cette course.

«Ce n'est pas de la frime : on est dans le peloton de tête, et il n'y a pas de raisons de penser qu'on ne pourrait pas être les premiers à détecter des signes de vie extraterrestre.»

René Doyon,
directeur de l'Institut de recherche sur les exoplanètes

JAMES-WEBB À LA RESCOUSSE

Si les chercheurs québécois sont si optimistes, c'est qu'ils auront un accès privilégié au nouveau télescope spatial James-Webb, le successeur de Hubble, qui sera lancé dans l'espace en octobre 2018. Ce privilège découle du fait qu'ils ont développé en grande partie l'un des quatre instruments du télescope, appelé NIRISS, justement conçu pour analyser l'atmosphère des exoplanètes. « Si on parle de la nouvelle LHS 1140b, on sera les premiers à faire les observations. Qu'est-ce qu'on va trouver ? Je ne le sais pas. Mais on a fait pipi dessus, si on peut dire », dit René Doyon. Jason Dittmann, de Harvard, a quant à lui déjà réussi à obtenir du temps d'observation de Hubble pour commencer à analyser l'atmosphère de LHS 1140b. Il compte aussi braquer des télescopes terrestres vers la petite nouvelle afin d'en apprendre plus.




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