La mine Jeffrey pourrait devenir un lieu de simulation martienne

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La mine Jeffrey

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Peter Rakobowchuk
La Presse Canadienne
Montréal

La mine Jeffrey, la dernière mine d'amiante du pays procédant désormais à la fermeture de ses installations, pourrait endosser un nouveau rôle plus céleste, en tant que site d'essais pour la planète Mars.

Les installations minières québécoises ont récemment accueilli près d'une vingtaine de scientifiques pour une mission de simulation d'environnement martien menée par l'Agence spatiale canadienne (ASC).

Les scientifiques de quatre universités ont effectué deux déplacements dans la région d'Asbestos, cette année et l'an dernier, accompagnés par un petit robot.

Selon Ed Cloutis, un professeur de l'Université de Winnipeg qui a participé au projet, il existe certainement des régions de la planète rouge qui ressemblent fortement à ce qui existe à la mine Jeffrey.

Cette nouvelle vocation ne viendra cependant pas remplacer l'industrie autrefois toute-puissante de l'amiante comme centre économique vital de la région.

La mine comptait sur un prêt gouvernemental de 58 millions $ pour effectuer des rénovations et poursuivre ses opérations. La simulation de mission martienne, dans son ensemble, aura coûté 800 000 $, et certains responsables locaux, y compris le directeur général de la ville, ne semblaient pas être au courant de l'existence du projet lorsqu'ils ont été contactés par La Presse Canadienne.

Le but du projet était de simuler le plus fidèlement possible une mission robotisée sur Mars pour détecter la présence de méthane et d'en déterminer la source.

Selon M. Cloutis, un expert en géologie planétaire, les missions scientifiques dans la région d'Asbestos pourraient représenter le billet d'embarquement du Canada pour de futurs voyages vers Mars.

«L'une des techniques pour chercher des traces de vie sur Mars consiste à examiner les gaz qui pourraient être produits ou être utilisés comme source de nourriture par des bactéries sur Mars», a précisé M. Cloutis lors d'une entrevue.

Le méthane, qui peut être détecté dans la mine Jeffrey, est l'un des deux principaux indicateurs de présence de vie. Le second est l'eau.

La mine Jeffrey, d'un diamètre de deux kilomètres et d'une profondeur de 350 mètres, était l'une des plus grandes mines à ciel ouvert du monde. Le sol contient de la serpentinite, une roche favorisant l'apparition de bactéries, qui produisent du méthane.

Ce gaz a déjà été détecté dans l'atmosphère martienne et des chercheurs espèrent que le robot Curiosity de la NASA en découvrira sur la planète.

Le projet d'Asbestos a été dirigé par MPB Communications, une compagnie de la région de Montréal responsable du développement d'un petit robot appelé Kapvik. Cet engin, haut d'environ un mètre, a été employé lors de la recherche.

Aux dires de Wes Jamroz, directeur de MPB Communications, la mine Jeffrey a un brillant avenir devant elle en tant que substitut martien.

«Cette mine est un environnement réel dans lequel nous pouvons pratiquer de futures missions vers Mars parce que l'on y retrouve les mêmes roches et vous avez le même environnement», a-t-il dit.

«Lors des deux missions, nous avons été en mesure de découvrir qu'il existait des traces de méthane naturel; il y a donc tous les facteurs dont vous avez besoin.»

M. Jamroz va même jusqu'à laisser entendre que le projet québécois pourrait, dans certaines circonstances, offrir de meilleures perspectives que le célèbre robot Curiosity de la NASA.

Le chercheur explique que l'énorme laboratoire mobile de l'agence spatiale américaine utilise des instruments laser pour «sentir» la présence de méthane sur des roches et des fissures dans le sol, alors que le gaz se mélange rapidement à l'atmosphère.

«Les probabilités de "sentir" quelque chose, et que vous soyez capables de trouver une ouverture, sont très faibles - mais il s'agit de mon opinion», a-t-il ajouté.

Toujours selon M. Jamroz, le poids relativement faible du robot utiliser à la mine Jeffrey (environ 30 ou 40 kilos) permettrait de l'envoyer sur Mars pour 100 millions $, plutôt que plusieurs milliards de dollars.

Selon la NASA, Curiosity, qui pèse 900 kilos, aura coûté 2,5 milliards $ US.

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