Quand les policiers ont la gâchette facile

Selon le chercheur Greg Ridgeway, les services de... (ARCHIVES REUTERS)

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Selon le chercheur Greg Ridgeway, les services de police doivent privilégier les candidats plus âgés et éviter d'affecter les têtes fortes aux quartiers chauds.

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Les policiers qui sont entrés jeunes dans les forces de l'ordre, ceux qui accumulent les infractions aux règlements et ceux qui sont noirs sont plus susceptibles de tirer dans l'exercice de leurs fonctions, selon une nouvelle étude présentée à la réunion annuelle de l'Association américaine pour l'avancement de la science (AAAS), à Boston.

«Les grands services de police se creusent la tête depuis plusieurs années pour déterminer quels agents ont la gâchette plus facile, afin de réduire le nombre de personnes tuées par la police», expliquait samedi après-midi Greg Ridgeway, de l'Université de Pennsylvanie, en conférence de presse.

«Celui de New York m'a demandé de voir si je pouvais isoler des caractéristiques. Le problème, c'est qu'il y a beaucoup de facteurs confondants. Par exemple, les jeunes sont souvent envoyés dans les quartiers chauds. Il est normal qu'ils aient plus souvent à se servir de leur arme. Un bon jour, je suis tombé sur un rapport sur une intervention de deux agents. L'un d'entre eux avait tiré. J'ai compris qu'avec ce type de situations, je pourrais vraiment faire une analyse sur les caractéristiques qui rendent plus probable l'utilisation de l'arme de service.»

Âge d'entrée

Pour l'âge d'entrée dans la police, chaque année supplémentaire diminuait de 10% la probabilité d'utiliser son arme de service. Un agent devenu policier à 28 ans avait donc deux fois moins de risque de tirer qu'un autre entrée à 23 ans. Les agents qui avaient une longue feuille de route en termes d'infractions aux règlements (perdre son badge, faire un accident avec une voiture de service, tirer accidentellement) avaient trois fois plus de risque d'utiliser leur arme de service, un risque similaire à celui des policiers noirs.

Le criminologue de Pennsylvanie, qui participe à un symposium de l'AAAS sur l'utilisation des statistiques en criminologie, estime que son étude mène à deux recommandations : les services de police doivent privilégier les candidats plus âgés et éviter d'affecter les têtes fortes aux quartiers chauds. «Une personne qui entre jeune dans la police a probablement une motivation très différente d'une personne plus âgée, dit M. Ridgeway. Elle veut vraiment être dans la police.» 

«Les gens qui arrivent dans la police à la fin de la vingtaine ont eu d'autres expériences de travail, ils ont travaillé dans le service à la clientèle, ils ont parfois géré des employés dans un magasin. Ça donne une autre perspective», poursuit M. Ridgeway.

Que penser des résultats concernant les policiers noirs? «C'est connu depuis longtemps, mais il n'y a pas grand-chose qu'on peut faire à ce sujet, dit M. Ridgeway. Avant, on pensait que c'était parce que les commandants envoyaient les Noirs dans les quartiers chauds. Mon étude montre que ce n'est pas le cas. Un policier noir m'a dit qu'il a souvent entendu ses collègues noirs parler du fait qu'ils ont la gâchette facile pour montrer à leurs collègues blancs qu'ils sont aussi bons qu'eux, mais je n'ai pas de données statistiques sur le sujet.»

Seulement à New York

Le chercheur de Pennsylvanie a tenu compte du nombre d'années d'éducation, de l'âge, du sexe, du nombre de jours de maladie, de l'habileté en salle de tir et des résultats des policiers aux évaluations de performance. Aucune autre variable n'avait de lien avec la propension à utiliser son arme de service. L'analyse était basée sur 106 événements où un policier avait tiré, rassemblant 291 agents. M. Ridgeway n'a pas pu faire d'étude similaire avec d'autres services de police, parce que New York est le seul qui identifie clairement quels agents étaient sur place au moment du tir, au lieu de les inclure dans le groupe des policiers qui sont intervenus pendant et après l'événement.

Durant la conférence de presse, des journalistes ont demandé à M. Ridgeway s'il avait tenu compte du fait qu'un policier avait déjà été soldat, et de la distance entre chaque policier et le suspect qui avait été visé par le tir. Il a reconnu qu'il n'avait pas ces données. «Pour ce qui est de la distance, je pense que, de toute façon, c'est une indication d'une propension à prendre des risques. Généralement, dans les occasions où un policier se sert de son arme de service, c'est lié à un rapprochement inapproprié avec le suspect. Si l'agent attend deux minutes, il y aura cinq policiers de plus et ce sera moins risqué de s'approcher.»

En bref

Les préjugés des algorithmes

Les algorithmes de « police prédictive » ont la cote aux États-Unis. La moitié des services de police américains se servent de ces logiciels qui utilisent les plaintes et les arrestations du passé pour prédire où il faut envoyer les agents en patrouille. Mais ces algorithmes peuvent avoir leurs propres préjugés, selon Kristian Lum, une statisticienne de l'ONG Human Rights Data Analysis Groups. « Dans les quartiers pauvres, il n'y a pas plus d'utilisateurs de drogue que dans les quartiers plus aisés, mais les gens consomment dehors, alors il y a plus souvent d'arrestations. Les algorithmes vont renvoyer les agents aux mêmes endroits. Je pense qu'il faut arrêter d'utiliser ces programmes tant qu'on n'a pas identifié les préjugés. » Greg Ridgeway, de l'Université de Pennsylvanie, a avancé que baser les algorithmes sur les plaintes pourrait régler le problème, mais Mme Lum estime que dans plusieurs quartiers pauvres, les gens n'ont pas confiance en la police et donc ne portent pas plainte. Entre 60 et 70 % des arrestations liées à la drogue concernent la consommation et non le trafic, selon Mme Lum, qui estime que demander aux algorithmes de ne tenir compte que des arrestations pour trafic pourrait être une amélioration.

Les viols impunis

Les États-Unis ont eux aussi des disparités énormes quant au traitement des plaintes de viol. L'un des chercheurs du symposium sur les statistiques en criminologie, Raid Amin de l'Université Western Florida, a calculé que la proportion de plaintes à la police qui mènent à des accusations varie de 6,6 % à Washington à près de 80 % à New York. Plus tôt en février, le Globe and Mail a publié une enquête montrant que la proportion de plaintes retenues par la police varie énormément au Canada, passant de 11 % en Colombie-Britannique à 30 % dans les Territoire-du-Nord-Ouest. Les chiffres de M. Amin ne sont pas exactement similaires, mais ils montrent eux aussi les disparités régionales dans le traitement des plaintes de viol. M. Amin a calculé la proportion des plaintes retenues par la police qui font l'objet d'accusations.

Pollution et crimes

La pollution de l'air est encore plus étroitement liée à la criminalité que l'éducation et le revenu, selon Raid Amin, qui a analysé tous les crimes violents survenus aux États-Unis entre 2000 et 2012. « J'ai été renversé par ce résultat, dit-il. C'est difficile d'imaginer que c'est une coïncidence, mais il faudra d'autres études pour démontrer qu'il y a un lien causal. Il est possible qu'une même raison sociologique mène à la fois à plus de crimes et plus de pollution, par exemple des voitures modifiées qui ne respectent pas les normes d'émissions. » Le type de pollution lié à la criminalité est celui qui est potentiellement cancérigène.




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