Armes chimiques en Syrie: bras de fer russo-américain sur la nouvelle mission d'enquête

Un enquêteur de l'ONU fait des prélèvements de... (PHOTO ARCHIVES AP)

Agrandir

Un enquêteur de l'ONU fait des prélèvements de sable afin de déterminer si le régime syrien a fait des attaques chimiques.

PHOTO ARCHIVES AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Philippe RATER
Agence France-Presse
NATIONS UNIES

Deux projets de résolution, l'un russe, l'autre américain, sont en concurrence à l'ONU pour renouveler la mission d'enquête internationale sur les armes chimiques en Syrie, avec l'enjeu majeur d'un possible arrêt de leur travail dans ce pays.

La tension est exacerbée entre les deux grandes puissances sur le renouvellement du mandat des enquêteurs de l'ONU et de l'OIAC (Organisation pour l'interdiction des armes chimiques) qui arrive à échéance le 16 novembre. Il y a une semaine, leur rapport sur l'attaque le 4 avril au gaz sarin à Khan Cheikhoun (plus de 80 morts), une ville contrôlée par des rebelles et jihadistes, a mis le feu aux poudres.

Il a confirmé ce que disaient depuis longtemps les Occidentaux, à savoir que Damas était responsable de cette attaque menée avec un avion militaire. Et suscité la fureur de la Russie, premier soutien du régime syrien, qui assure que le sarin retrouvé à Khan Cheikhoun provient de l'explosion d'un obus au sol et non d'une attaque aérienne syrienne.

Jeudi, la Russie a diffusé aux membres du Conseil de sécurité un projet de résolution autorisant les enquêteurs internationaux à poursuivre leur travail pendant six mois, sous condition qu'ils gèlent leur rapport sur Khan Cheikhoun et que la composition de leurs équipes, jugées peu objectives, soit revue.

Le projet de résolution russe, dont l'AFP a obtenu une copie, «exprime les regrets» du Conseil de sécurité de voir que les enquêteurs internationaux «ne se sont pas rendus à Khan Cheikhoun, ni n'ont récupéré des échantillons environnementaux sur la base d'Al-Chaayrate» accusée dans l'attaque du 4 avril. En représailles, cette base avait ensuite été bombardée par les États-Unis.

Le projet de texte russe enjoint le groupe d'experts appelé JIM «d'envoyer une équipe d'enquêteurs aussi vite que possible à Khan Cheikhoun» et «de renvoyer immédiatement une nouvelle équipe sur la base Al-Chaayrate pour y prélever des échantillons environnementaux».

Dans l'intervalle, le projet de résolution russe impose au JIM «de geler ses conclusions» sur l'attaque de Khan Cheikhoun.

60 dossiers en cours

À l'opposé de cette approche, le projet de résolution américain, transmis également aux membres du Conseil de sécurité et obtenu par l'AFP, prévoit un renouvellement pour deux ans du mandat du JIM.

Il souligne «la profonde inquiétude» du Conseil après le dernier rapport des enquêteurs impliquant la responsabilité de Damas dans l'attaque du 4 avril.

Le texte réaffirme aussi le «soutien» du Conseil de sécurité aux enquêteurs et demande à toutes les parties en présence sur le terrain de faciliter leur travail d'investigation.

Dans leur rapport diffusé le 26 octobre, les enquêteurs internationaux se disaient «convaincus que la République arabe syrienne était responsable de l'usage de sarin sur Khan Cheikhoun le 4 avril 2017». Le «scénario privilégié» est que «le gaz sarin a été propagé via une bombe aérienne lancée d'un avion», indique le rapport.

Pour plusieurs diplomates, l'enjeu de la bataille en cours à l'ONU entre Washington et Moscou n'est autre que la survie du groupe d'experts créé à l'origine par les deux grandes puissances pour enquêter sur des cas d'utilisation de chlore. Le nombre de dossiers a considérablement grossi au cours des dernières années avec une suspicion de recours à des armes chimiques encore plus dangereuses comme celles contenant du gaz sarin.

Selon des diplomates, les enquêteurs sont saisis aujourd'hui d'une soixantaine de dossiers en Syrie et une suspension ou un arrêt définitif de leur travail à partir du 16 novembre affecterait considérablement leurs expertises et compétences.

Avec ces deux projets de résolution au contenu «très éloigné», la question désormais revient à se demander si l'on peut «sauver le JIM», résume un diplomate sous couvert d'anonymat. «Les Russes veulent tuer le JIM sans en endosser la responsabilité», juge un autre diplomate, lui aussi sous couvert d'anonymat. Cette source estime que le texte radical proposé par Moscou «n'est pas une base de travail» pour trouver un consensus entre les 15 membres du Conseil de sécurité.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer