Afghanistan: les États-Unis veulent éviter le fiasco de l'Irak

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Selon le calendrier dressé fin mai par le président Barack Obama, la présence militaire américaine sera réduite «de moitié» fin 2015, jusqu'à un retrait complet un an plus tard, avec une force résiduelle de 200 militaires à l'ambassade.

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Nicolas REVISE, Daniel DE LUCE
Agence France-Presse
Washington

Pour éviter en Afghanistan le fiasco de l'Irak, où les États-Unis n'avaient laissé aucun soldat, Washington devra continuer longtemps de former et de financer les forces afghanes, jusqu'à un éventuel accord de paix entre Kaboul et les talibans, estiment des experts.

Et pour ces spécialistes interrogés par l'AFP, les Américains devront non seulement poursuivre l'équipement et l'entraînement de l'armée afghane au combat et à la lutte «antiterroriste», mais aussi instiller un véritable sentiment national chez ses soldats. Un processus complexe de construction institutionnelle d'une authentique armée nationale qui prendra nécessairement des années.

Après plus d'un an de tractations, l'Afghanistan a signé mardi un accord de sécurité bilatéral (BSA) avec les États-Unis et un texte similaire avec l'OTAN: 12 500 soldats étrangers, dont 9800 Américains, resteront dans le pays en 2015, après la fin de la mission de combat de l'Alliance atlantique.

Selon le calendrier dressé fin mai par le président Barack Obama, la présence militaire américaine sera réduite «de moitié» fin 2015, jusqu'à un retrait complet un an plus tard, avec une force résiduelle de 200 militaires à l'ambassade.

Après le départ d'Irak fin 2011, le président Obama verrait ainsi ses derniers soldats rentrer d'Afghanistan en janvier 2017, juste avant la fin de son mandat, et tournerait la page d'une décennie de guerres de l'après 11-Septembre.

Mais pour Bruce Riedel, un ancien agent de la CIA aujourd'hui expert à la Brookings Institution, cette «date-butoir arbitraire» de janvier 2017 a «sapé la mission» et donné le sentiment à «toute la région que nous partons en courant».

«Si nous maintenons ce calendrier de l'option zéro (soldat) en 2017, l'Afghanistan sera un nouvel Irak», met en garde l'analyste, qui avait l'oreille de la Maison-Blanche sur ce dossier jusqu'en 2009.

En Irak, l'absence d'un BSA, due à un désaccord entre Bagdad et Washington sur l'immunité des soldats américains, avait entraîné leur retrait total fin 2011, dans un pays aujourd'hui en partie sous la coupe du groupe État islamique. Et le président Obama a reconnu dimanche que ses services avaient sous-estimé la menace représentée par ces ddjihadistes et n'avaient pas non plus anticipé la débâcle de l'armée irakienne.

Les leçons de l'Irak 

Mais pour l'Afghanistan, Washington assure avoir retenu les leçons de l'Irak.

L'ambassadeur à Kaboul, James Cunningham, s'est même déclaré «plutôt optimiste sur le fait que ce qui s'est passé en Irak ne se reproduira pas en Afghanistan». Les forces armées afghanes «savent pourquoi elles se battent et (elles) le font», a-t-il affirmé mercredi, en allusion à la lutte contre l'insurrection des talibans que 13 années d'aide militaire étrangère n'ont pas réussi à juguler.

Pour y parvenir et «éviter en Afghanistan une débâcle comme en Irak», il faudrait «maintenir le financement et la formation au combat des forces armées afghanes, assez longtemps jusqu'à sceller un règlement avec les talibans», plaide Stephen Biddle, professeur de sciences politiques à la George Washington University.

Les islamistes afghans ont réagi à la signature du BSA par un «Mort à l'Amérique». Ce qui n'a pas empêché le nouveau président Ashraf Ghani de les appeler à participer à des pourparlers de paix, une très hypothétique «réconciliation» entre Afghans auquel les États-Unis sont favorables.

Afin de rester plus longtemps en Afghanistan, il faudra aussi s'assurer du soutien financier continu du Congrès, relève M. Biddle. Les sénateurs républicains John McCain et Lindsey Graham semblent convaincus puisqu'ils ont exhorté le «président Obama à réviser son projet de retrait sans condition d'Afghanistan».

«Nous avons déjà fait l'expérience des conséquences dangereuses du retrait sans condition d'Irak et nous ne pouvons pas nous permettre de faire la même erreur en Afghanistan», ont averti mardi les deux élus.

Mais au-delà de la simple formation des troupes afghanes, le général à la retraite Paul Eaton, qui a servi en Irak, pense que les États-Unis devraient oeuvrer à la naissance d'une véritable armée nationale en Afghanistan, qui serait l'un des piliers institutionnels du pays. A la manière, compare ce membre du National Security Network, de ce que les Britanniques avaient bâti avec l'armée indienne du temps de leur présence coloniale.

M. Eaton pense que «l'opinion publique américaine serait favorable à une présence plus longue» en Afghanistan, «s'il y va de l'intérêt national des États-Unis».

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