Des insurgés s'emparent de deux secteurs de Bagdad

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Sur cette image de propagande fournie par les djihadistes, des combattants de l'EIIL avancent dans une région non identifiée de la province Ninive, en Irak, le 11 juin.

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Mohamad Ali Harissi
Agence France-Presse
BAGDAD

Des insurgés se sont emparés jeudi soir de deux secteurs à Diyala, une province au nord-est de Bagdad, après le retrait des forces de sécurité, ont indiqué des officiers à l'AFP.

Ces insurgés ont pris les localités de Jalawla et de Saadiyah, situées au nord-est de Baqouba, chef-lieu de Diyala, ont indiqué ces officiers, précisant que les forces de sécurité avaient abandonné leur poste face à l'avancé d'hommes armés.

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Face à la tourmente dans laquelle est plongé le pays depuis la prise mardi de la deuxième ville d'Irak, Mossoul, de sa province Ninive, et de régions des provinces voisines de Kirkouk et Salaheddine, le président américain Barack Obama a affirmé que son équipe de sécurité nationale étudiait «toutes les options».

«Nous travaillons sans relâche pour identifier comment (...) fournir l'aide la plus efficace (aux autorités irakiennes). Je n'exclus rien», a-t-il ajouté, sans autres précisions.

Les États-Unis, qui ont retiré fin 2011 leurs troupes d'Irak après huit ans d'engagement, pourraient envisager des frappes menées par des drones, avait indiqué plus tôt un responsable américain.

Le Conseil de sécurité de l'ONU tenait lui à huis clos des discussions sur cette offensive fulgurante de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), un groupe également présent en force en Syrie qui ambitionne d'installer un État islamique dans la zone frontalière.

À Londres, le ministre irakien des Affaires étrangères Hoshyar Zebari a admis que les forces de sécurité s'étaient «effondrées» à Mossoul. Mais maintenant, «nous essayons (...) de bouter ces terroristes hors de nos villes principales», a-t-il indiqué.

L'armée a d'ailleurs lancé des raids aériens sur Tikrit, le chef-lieu de Salaheddine tombé mercredi entre les mains des jihadistes, selon des témoins.

Dans un enregistrement sonore mercredi, l'un des dirigeants de l'EIIL, Abou Mohammed al-Adnani, avait appelé les insurgés à «marcher sur Bagdad».

Jeudi, ils étaient à 90 km au nord de la capitale, après s'être emparés de Dhoulouiya, selon un policier et des habitants.

'Population livrée à elle-même' 

À Bagdad, l'appréhension régnait. «La population se sent livrée à elle-même, sans protection», s'est inquiété Abou Alaa, un verrier de 54 ans.

L'EIIL a d'ailleurs revendiqué sur Twitter les attentats anti-chiites qui ont fait mercredi plus de 30 morts à Bagdad et annoncé une nouvelle vague d'attaques.

Face à la débandade de l'armée, qui n'est pas parvenue à se reconstruire après la dissolution de celle de Saddam Hussein en 2003, le premier ministre Nouri al-Maliki a appelé «toutes les tribus à former des unités de volontaires» pour combattre avec ses forces les insurgés.

Illustrant la crise politique qui paralyse le pays depuis des mois, la session du Parlement qui devait se réunir pour décréter l'état d'urgence a été annulée, faute de quorum.

Outre des territoires du nord, l'EIIL, considéré comme l'un des groupes «les plus dangereux au monde» par Washington, contrôle déjà des régions de la province occidentale d'Al-Anbar depuis janvier.

À Mossoul, les jihadistes continuaient de détenir une cinquantaine de citoyens turcs pris en otages au consulat, de même que 31 chauffeurs turcs.

Environ un demi-million d'habitants de Mossoul ont fui leurs foyers, craignant pour leur vie.

À Kirkouk, c'est la première fois que les forces kurdes contrôlent totalement cette ville pluriethnique où la sécurité est habituellement assurée par une force de police conjointe formée d'éléments arabes, kurdes et turcomans.

En plus de Kirkouk, elles ont pris le contrôle des autres territoires disputés avec Bagdad, selon un responsable des Peshmergas.

'Échec total des États-Unis'

Le ministre kurde chargé des Peshmergas, Jaafar Moustafa, a cependant échappé à un attentat dans la province de Kirkouk qui a fait un mort, selon un autre responsable.

Et un photographe est mort dans des combats entre Peshmergas et jihadistes près de Kirkouk, selon un médecin.

Pour la Russie, les derniers développements illustrent «l'échec total» de l'intervention américaine et britannique en Irak en 2003.

L'Iran chiite, allié de M. Maliki, a lui promis de «lutter contre le terrorisme» en Irak, sans dire comment il comptait faire.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a estimé pour sa part que l'avancée jihadiste mettait «gravement en danger l'unité» de l'Irak, appelant les responsables irakiens à apporter une «réponse politique» à cette situation.

L'EIIL, qui compte de nombreux combattants étrangers selon des analystes, reçoit l'appui de tribus anti-gouvernementales et jouit d'un certain soutien parmi la minorité sunnite qui s'estime marginalisée et persécutée par le pouvoir chiite.

Selon Riad Kahwaji, directeur de l'Institute for Near East and Gulf Military Analysis, au moins 10 000 à 15 000 jihadistes sont présents dans le nord de l'Irak.

L'EIIL s'est infiltré, via la frontière très poreuse, en Syrie où il tient de larges secteurs de la province de Deir Ezzor (nord-est). Il y combat aujourd'hui d'autres groupes rebelles qui l'accusent de multiples exactions.




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