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Catalogne: Puigdemont refuse de se rendre à Madrid et dénonce un «procès politique»

Démis de ses fonctions par Madrid le 27... (REUTERS)

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Démis de ses fonctions par Madrid le 27 octobre, quelques heures après la proclamation unilatérale de la «république» catalane, Carles Puigdemont s'est rendu en Belgique lundi alors qu'étaient concrètement enclenchées les mesures de mise sous tutelle par Madrid des institutions catalanes.

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Gaël BRANCHEREAU, Laurence BOUTREUX
Agence France-Presse
Madrid, Barcelone

Carles Puigdemont, le dirigeant indépendantiste catalan destitué, ne se rendra pas à la convocation de la justice espagnole qui a ouvert contre lui une enquête pour sédition et rébellion qu'il qualifie depuis Bruxelles de «procès politique».

Avec 13 de ses conseillers (ministres), Carles Puigdemont est convoqué jeudi à Madrid par une juge de l'Audience nationale, juridiction spécialisée dans les dossiers complexes, qui pourrait l'inculper si elle suit les réquisitions du ministère public.

Alors que le vice-président du gouvernement catalan destitué, Oriol Junqueras, a l'intention de comparaître, le dirigeant indépendantiste a confirmé mercredi soir qu'il ne rentrerait pas à Madrid.

«Les conseillers et le président qui restent à Bruxelles n'ont aucunement l'intention de fuir la justice» mais ils répondront aux convocations «selon les mécanismes prévus par l'Union européenne dans ces circonstances», a-t-il expliqué dans un communiqué.

Il a fustigé un «procès politique» conduit «sous les ordres de l'État espagnol» dans lequel les peines encourues sont «équivalentes à celles prévues pour des crimes comme l'assassinat et le terrorisme».

Le bras de fer entre Madrid et Barcelone sur les compétences et l'autonomie de la région a culminé vendredi avec la proclamation par le parlement catalan de la «République» indépendante de Catalogne.

Quelques heures après, le gouvernement espagnol destituait Carles Puigdemont et ses ministres et convoquait de nouvelles élections régionales le 21 décembre.

Et lundi, le procureur général de l'État a annoncé qu'il engageait des poursuites en demandant l'inculpation des dirigeants indépendantistes pour sédition et rébellion, délits passibles de 15 et 30 ans de prison.

Il a demandé les mêmes poursuites contre la présidente et les membres du bureau du Parlement catalan qui, en raison de leur privilège parlementaire, doivent être entendus par un juge d'instruction de la Cour suprême.

M. Puigdemont et son cabinet risquent d'être placés en détention provisoire, comme deux présidents de mouvements associatifs indépendantistes écroués mi-octobre pour «sédition» après avoir appelé à une manifestation pendant laquelle des gardes civils avaient été empêchés de sortir d'un bâtiment et trois de leurs véhicules endommagés.

S'ils ne répondent pas à leur convocation, le parquet devrait demander leur arrestation, et pour ceux qui se trouvent à Bruxelles, l'Espagne devra délivrer un mandat d'arrêt européen.

Stratégie médiatique et électorale

Selon son avocat belge, M. Puigdemont, un indépendantiste de la première heure, demande à être entendu en Belgique.

«Il ne va pas à Madrid, et j'ai proposé qu'on l'interroge ici en Belgique, a déclaré Me Paul Bekaert mercredi à la télévision catalane TV3.

M. Puigdemont avait assuré mardi à Bruxelles qu'il ne reviendrait pas en Espagne sans l'assurance de bénéficier d'un procès impartial.

Plusieurs centaines de personnes ont accompagné mercredi jusque dans la gare de Barcelone un groupe d'au moins deux députés partant pour la capitale, scandant «Liberté» et «Vous n'êtes pas seuls» en catalan, a rapporté une journaliste de l'AFP.

L'ambiance était radicalement différente à leur arrivée à Madrid où ils ont été accueillis sous les insultes et les huées par des dizaines de manifestants unionistes brandissant des drapeaux espagnols, selon des images de télévision.

En s'exilant volontairement à Bruxelles, M. Puigdemont «joue plus à capter l'attention médiatique qu'à échapper à la justice», a déclaré à l'AFP à Madrid le politologue Fernando Vallespin.

À Barcelone, son collègue, Oriol Bartomeus, a vu lui aussi dans l'attitude de M. Puigdemont une stratégie électorale. «S'il ne se présente pas devant le juge, il deviendra un fugitif et cela pourra conduire le juge à décider sa mise en détention provisoire: or, un Puigdemont libre ne génère pas de retombées électorales mais un Puigdemont en prison, si», a-t-il estimé.

Dissensions

Les indépendantistes estiment avoir reçu mandat du peuple pour proclamer l'indépendance après le oui au référendum d'autodétermination interdit par Madrid et émaillé de violences policières.

Malgré sa destitution, le gouvernement catalan s'affirme toujours «légitime» et en capacité d'assumer sa charge, même si le projet d'indépendance est manifestement «ralenti», de l'aveu même de M. Puigdemont.

«Un mois depuis le référendum catalan du 1er oct. Malgré la violence et les menaces passées et présentes, nous continuons à travailler», a-t-il écrit mercredi sur son compte Twitter.

Le départ de M. Puigdemont et la reprise en main de la région par Madrid commencent à faire émerger les divisions dans le camp indépendantiste.

L'ex-»ministre» des Entreprises du gouvernement catalan, Santi Vila, qui avait démissionné juste avant la déclaration d'indépendance, a déploré «l'ingénuité» de certains de ses anciens collègues, sans citer M. Puigdemont.

Fissures et récriminations au sein de l'indépendantisme catalan

(Alfons Luna, Barcelone) - Les dirigeants sécessionnistes de Catalogne ont commencé à admettre l'échec de la proclamation d'indépendance de leur «République» et à échanger des reproches.

Cinq jours après que le Parlement catalan eut proclamé la création d'un «État indépendant» du Royaume d'Espagne, les fonctionnaires de la nouvelle république travaillaient sous les ordres du gouvernement espagnol, qui a placé la région sous tutelle.

Le président catalan destitué par Madrid, Carles Puigdemont, a déclaré mardi depuis Bruxelles accepter les élections régionales convoquées le 21 décembre par le chef du gouvernement Mariano Rajoy.

Il a demandé aux indépendantistes de se préparer pour «un long chemin» en estimant qu'il valait mieux «ralentir» l'indépendance.

«L'indépendantisme n'est pas ralenti, il a été stoppé», a répliqué sous couvert d'anonymat une source du gouvernement espagnol à Barcelone.

«Tout est normal en Catalogne et nous espérons que cela continuera ainsi jusqu'aux élections» régionales du 21 décembre, a ajouté cette source. Le préfet Enric Millo assurait de son côté n'avoir «pas trouvé un seul cas de fonctionnaire qui ne remplisse pas son devoir».

L'ex-"ministre» des Entreprises du gouvernement catalan, Santi Vila - qui avait démissionné juste avant la déclaration d'indépendance - a admis que la Catalogne n'avait pas les moyens de concrétiser la sécession promise, en reprochant à ses collègues leur naïveté.

«Où est le contrôle du territoire, des ports, des aéroports?», a-t-il demandé.

«Nous avons manqué d'intelligence politique», a dit M. Vila à la radio Rac 1, rejetant l'idée que l'exécutif ait voulu tromper les électeurs.

«Je ne crois pas qu'on puisse parler de tromperie, mais c'est certain que j'ai des collègues de gouvernement qui ont fait preuve d'une ingénuité qui surprend à leur âge», a-t-il lancé.

«Mince, que s'est-il passé ici?»

Et aussitôt Santi Vila s'est offert pour prendre la tête du PDeCAT (Parti démocrate européen catalan, conservateur indépendantiste), la formation de Puigdemont.

Le PDeCAT fait partie de la coalition qui gouverne la région avec le parti ERC (Gauche républicaine de Catalogne) dont le chef Oriol Junqueras était vice-président de l'exécutif de la région et «ministre» de l'Économie.

Après avoir poussé à la proclamation unilatérale d'indépendance, ERC participera aux élections régionales, parce que «nous sommes les champions de la démocratie», a lancé M. Junqueras.

Quant au parti d'extrême gauche indépendantiste CUP, un de ses députés Benet Salellas, a constaté que «le gouvernement catalan n'était pas prêt pour un scénario de déclaration unilatérale» d'indépendance puisqu'aucune structure étatique n'avait été préparée.

L'indépendantisme catalan a attendu en vain le soutien de l'Union européenne après les violences policières qui ont émaillé le référendum interdit du 1er octobre, puis le placement en détention provisoire de deux dirigeants d'associations indépendantistes pour «sédition».

La porte-parole du PDeCAT, Marta Pascal, a évoqué mardi «sinon une désillusion, une sensation de 'mince, que s'est-il passé ici?'», quand on constate que la «République» n'a été reconnue par aucun pays étranger et que la police régionale, les Mossos d'Esquadra, applique les ordres de Madrid.

Elle a reconnu que les indépendantistes pouvaient avoir eu «l'impression que ce serait du gâteau»...

Récriminations

«Il s'est produit une déclaration d'indépendance en laquelle beaucoup de gens avaient cru et, soudain, il n'y a pas de scénario clair». En réponse, «le mouvement s'affole», dit à l'AFP Sandra Leon, analyste politique et enseignante à l'université britannique de York.

«Il y aura des récriminations», dit-elle. «Chacun va essayer de présenter ce qui s'est passé comme ça l'arrange» alors que la pré-campagne électorale a déjà démarré.

«Il faudra analyser comment l'autonomie a été perdue pour une déclaration symbolique (d'indépendance) qui n'était pas magique, comme certains avaient osé le dire publiquement», écrivait mercredi la directrice du journal indépendantiste Ara.

L'ex-président catalan socialiste (2006-2010) José Montilla, adversaire des indépendantistes, a été particulièrement sévère.

«Ces messieurs ont menti aux gens, ils les ont embrouillés, ils leur ont vendu une chose dont ils savaient que c'était une tromperie, impossible», a-t-il dit à la télévision publique catalane.




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