Catalogne: les militants proréférendum occupent des écoles

La majorité des habitants de la Catalogne souhaite... (Photo Pierre-Philippe Marcou, Agence France-Presse)

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La majorité des habitants de la Catalogne souhaite un référendum légal même s'ils sont très divisés sur l'indépendance.

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Marianne Barriaux, Anna Cuenca
Agence France-Presse
Barcelone

Des occupations pacifiques se sont organisées vendredi soir dans des dizaines d'école en Catalogne où les séparatistes ont prévu un référendum d'autodétermination interdit dimanche, alors que devant des milliers de supporters, leur dirigeant promettait de défendre leur droit au «respect».

Le président régional catalan Carles Puigdemont a tenu un dernier rassemblement avant une journée de réflexion, devant quelque dix mille personnes, qui ont chanté et scandé «Votarem», «nous voterons» en catalan.

«En ces moments incroyablement intenses et très émouvants, nous sentons que notre rêve est à portée de main», a-t-il lancé à la foule. «Nous avons le droit d'être respectés!».

Le face-à-face entre Madrid et les séparatistes en Catalogne, l'une des pires crises traversées par l'Espagne depuis le rétablissement de la démocratie, s'est rapproché vendredi de son paroxysme.

«Moi je reste dormir ici, en principe avec mon fils aîné», a déclaré à l'AFP Gisela Losa, une mère de trois enfants rencontrée dans l'école primaire Reina Violant, du quartier de Gracia, à Barcelone, occupée par des parents d'élèves.

En dépit des menaces de sanctions, d'amendes, de perquisitions, de mises en examen, les indépendantistes vont de l'avant, même si la région de 7,5 millions d'habitants est profondément divisée sur le sujet.

Car si une bonne moitié des Catalans ne souhaite pas l'indépendance, plus des deux tiers veulent un référendum légal.

Telegram

Vendredi soir, à J-2, des «comités de défense du référendum» s'étaient organisés, quartier par quartier, et ont distribué des consignes que l'AFP a pu consulter, par le biais du réseau social Telegram, invitant notamment les militants à rester pacifiques avant tout.

Plusieurs dizaines d'établissements étaient occupés, selon les différents messages postés sur les réseaux sociaux.

Continuant à cultiver l'esprit «festif» de leur mobilisation, des parents d'élèves occupaient ces sites en organisant des activités justifiant l'ouverture des écoles: pique-nique, soirée pyjama, chocolat chaud, cinéma à la belle étoile...

Les dirigeants séparatistes au pouvoir dans cette région du Nord-Est depuis début 2016, avaient auparavant assuré qu'ils disposeraient dimanche de 2315 bureaux de vote, dont 207 à Barcelone.

Mais la commission électorale a été dissoute en raison du risque d'amende... et elle était composée uniquement de séparatistes, ce qui la rend difficilement crédible au regard des critères appliqués par les missions d'observation électorale.

Une urne en plastique translucide portant l'écusson de l'exécutif catalan, qui servira pour le référendum, a aussi été présentée.

«Les responsables (de ces agissements) se rendent coupables d'un acte de déloyauté très grave», a dit à la mi-journée le porte-parole du gouvernement espagnol, Inigo Mendez de Vigo, promettant qu'ils auraient à répondre de leurs actes devant la justice.

En banlieue de Barcelone, 2000 personnes ont de leur côté participé à un rassemblement du parti Ciudadanos, opposé à l'indépendance, en agitant des drapeaux espagnols.

«Ils veulent tout détruire l'Espagne et la Catalogne», se lamentait Dolores Molero, 53 ans, de la ville de Tarragone, une ville du sud.

Les forces de l'ordre, qui avaient saisi depuis la mi-septembre des millions de bulletins de vote, recherchent toujours les milliers d'urnes que les indépendantistes veulent utiliser pour ce référendum interdit par la Cour constitutionnelle.

«Il n'y aura pas de  référendum», a martelé Inigo Mendez de Vigo.

Madrid a multiplié les mesures judiciaires et les opérations de police ces dernières semaines, provoquant des manifestations d'indignation de débardeurs, de pompiers et de milliers d'étudiants.

La justice a aussi ordonné mercredi à la police de fermer les locaux qui devraient accueillir des bureaux de vote, parmi lesquels des écoles.

Risques de troubles

La police régionale catalane - les Mossos d'Esquadra -, proche de la population, a annoncé vendredi soir qu'en cas d'occupation de bureaux de vote, elle ferait savoir aux organisateurs qu'ils ont l'obligation de quitter les lieux avant «dimanche à 6 h 00 du matin», selon un document interne consulté par l'AFP, préférant donc ne pas appliquer la manière forte d'office.

Madrid a envoyé en renfort quelque 10 000 agents de la police nationale et de la Garde civile qui pourraient être mobilisés. Mais vendredi soir, le calme semblait régner.

L'indépendantisme a progressé de façon exponentielle depuis la crise économique de 2008 et surtout après la décision de la Cour constitutionnelle en 2010 de retoquer le statut d'autonomie de la Catalogne à la suite d'un recours du Parti populaire (conservateur, au pouvoir) de Mariano Rajoy.

En septembre 2015, les indépendantistes ont obtenu la majorité des sièges au parlement régional, avec 47,6% des voix. Mais le dernier sondage commandé par le gouvernement indépendantiste, publié en juillet, montre que les adversaires de l'indépendance sont plus nombreux que ses partisans (49,4% contre 41,1%).

Les anti-indépendantistes ont donné pour consigne de ne pas voter.




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