Viol présumé d'une Canadienne à Paris: deux policiers devant la justice

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Le 36, quai des Orfèvres, est le siège historique de la police judiciaire parisienne.

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Agence France-Presse
Paris

La justice française a ordonné jeudi le renvoi en procès de deux policiers qui avaient initialement bénéficié d'un non-lieu dans l'enquête sur le viol présumé d'une Canadienne dans les locaux de la police parisienne en 2014, a-t-on appris auprès de leurs avocats.

Cette décision est cependant susceptible d'un pourvoi devant la Cour de cassation.

Inculpés, les deux policiers avaient bénéficié d'un non-lieu en juillet 2016, mais le parquet de Paris et la jeune femme avaient fait appel. La cour d'appel de Paris a ordonné que les fonctionnaires de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI), âgés de 39 et 48 ans, soient jugés devant la cour d'assises (jury populaire) de Paris pour «viols en réunion», ont précisé les avocats.

«Cette décision redonne sa dignité à ma cliente, traînée dans la boue pendant l'instruction: la justice reconnaît enfin que cette femme étrangère en situation de vulnérabilité a été abusée sexuellement», a déclaré Me Sophie Obadia.

«Je n'ai jamais menti dans cette affaire», a réagi jeudi soir la Canadienne sur la radio privée RTL. «Je vais pouvoir enfin les regarder en face au tribunal et recommencer une nouvelle vie».

L'affaire avait secoué le 36, quai des Orfèvres, siège historique de la police judiciaire parisienne. Le 22 avril 2014, dans un pub irlandais situé à proximité, des policiers s'étaient liés avec la touriste canadienne, fortement alcoolisée et sous l'emprise de stupéfiants. En pleine nuit, les fonctionnaires, qui n'étaient pas en service, lui avaient fait visiter les locaux. Elle en était ressortie en larmes quelques heures plus tard, extrêmement choquée.

Elle avait porté plainte pour viol. Un des policiers avait évoqué une relation sexuelle «consentie», l'autre démentant tout rapport avant de reconnaître des «attouchements réciproques».

Des empreintes génétiques des deux fonctionnaires avaient été retrouvées sur les sous-vêtements de la touriste canadienne, ainsi qu'une troisième empreinte, inconnue. Une vaste opération de prélèvements ADN sur des fonctionnaires de la police judiciaire avait eu lieu en septembre 2015, mais n'avait rien donné.

La chambre de l'instruction de la cour d'appel a suivi les réquisitions du parquet général qui avait estimé, au cours de l'audience en juin 2017, que le «comportement jovial et libéré» de la jeune femme ne pouvait conduire à dire qu'elle avait «consenti à des relations sexuelles à plusieurs dans les locaux de la BRI».

L'enquête avait de plus mis en lumière le comportement suspect des deux fonctionnaires.

Le soir des faits, le policier de 48 ans avait effacé un texto adressé à un de ses collègues, l'invitant à le rejoindre rapidement car la jeune femme serait une «touseuse» (fêtarde). Le second avait effacé des photos et vidéos prises avec son téléphone.

Nettoyage des bureaux, verres et bouteilles d'alcool retirés, etc.: «De nombreux actes ont été accomplis par les deux policiers pour nettoyer les lieux et supprimer les preuves», a souligné Me Obadia. Ils n'ont pas été placés en détention ce soir-là et ont donc eu «tout le temps de retourner dans les locaux de la BRI après les faits», a-t-elle relevé.




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