Élections aux Pays-Bas: un baromètre du populisme en Europe

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Le premier ministre Mark Rutte est assis derrière le candidat populiste Geert Wilders avant un débat télévisé.

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Jan HENNOP, Sophie MIGNON
Agence France-Presse
LA HAYE

Des millions de Néerlandais, pour beaucoup encore indécis après une campagne marquée par des questions d'identité et une crise diplomatique avec la Turquie, votaient mercredi pour des législatives considérées comme un baromètre du populisme en Europe.

Après le Brexit au Royaume-Uni et la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, tous les yeux sont braqués sur la formation du député islamophobe Geert Wilders, qui est redescendu dans les derniers sondages après avoir caracolé en tête pendant de nombreux mois.

Celui-ci a voté vers 9h15 locales dans une école de la banlieue de La Haye, devant de très nombreux journalistes. «Quel que soit le résultat des élections aujourd'hui, le génie ne rentrera pas dans sa lampe et cette révolution patriotique est là pour rester», a-t-il affirmé.

«Je pense que les événements aux États-Unis, et peut-être dans d'autres pays européens, montrent que les gens normaux veulent de nouveau être souverains dans leur propre pays», a-t-il ajouté.

De l'autre côté de La Haye, le premier ministre Mark Rutte, qui a tenté de transformer l'élection en duel avec M. Wilders, a lui aussi voté avant d'échanger quelques mots avec des écoliers scandant son nom et promettant d'«un jour voter pour vous».

«Cette élection est cruciale pour les Pays-Bas», a-t-il déclaré à la presse. «C'est l'opportunité pour une démocratie comme la nôtre de mettre un terme à l'effet domino du mauvais populisme».

Les 12,9 millions d'électeurs potentiels pourront voter jusqu'à 21h00 (16h00 à Montréal) dans des milliers de bureaux de vote installés dans les écoles, les gares, les magasins, au musée ou parfois même chez des particuliers. Les premiers sondages de sorties des urnes sont attendus peu après.

Aux dernières législatives, la participation était de 74,3%. Vers 10h30, elle était de 15% mercredi, contre 13% aux dernières élections en 2012, assure Ipsos.

Baisse de Wilders

Alors qu'un nombre record d'électeurs ignorent encore vers quel candidat se portera leur crayon rouge une fois dans l'isoloir, les derniers sondages montrent que le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) de Mark Rutte distance le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders.

Le résultat de la formation populiste sera considéré comme un test, avant des élections dans les mois qui viennent en France puis en Allemagne. Pour la candidate française Marine Le Pen, le député aux cheveux peroxydés «est un patriote», a-t-elle affirmé sur RFI et France 24.

Dans la longue file du bureau de vote, Esther Zandt, 52 ans, assure à l'AFP ne pas «vouloir vivre dans un monde où la droite populiste crée la peur» et a donc «voté contre» Wilders.

Dans son programme politique qui tient en un feuillet, celui-ci a promis de fermer les frontières aux immigrants musulmans, d'interdire la vente du Coran et de fermer les mosquées, dans un pays dont la population compte environ 5% de musulmans.

Le parti de Mark Rutte est crédité de 24 à 28 sièges sur les 150 que compte la chambre basse du parlement néerlandais, loin pourtant de ses 40 sièges actuels. Celui de Geert Wilders est crédité de 19 à 22 sièges et est talonné par les partis traditionnels, comme l'Appel Chrétien-démocrate (CDA) et les progressistes de D66.

Le CDA, qui a longtemps dominé la politique néerlandaise, est presque assuré de se retrouver au gouvernement. Pendant la campagne, il a proposé d'obliger les écoliers à chanter l'hymne national et a rouvert le débat sur la double nationalité.

62 829 votes

Même s'il finit en tête, Geert Wilders ne devrait pas figurer au gouvernement, les autres partis ayant promis de ne pas collaborer avec lui. Or le système électoral néerlandais à la proportionnelle presque intégrale - il avait fallu en 2012 à peine 62 829 voix pour obtenir un siège - oblige à créer des coalitions.

Un nombre record de 28 partis ont présenté des listes et dans un paysage aussi fragmenté, la formation du gouvernement pourrait prendre des mois et aboutir à un accord à quatre ou cinq partis.

Compliquant le paysage politique, une crise diplomatique a éclaté pendant le week-end entre La Haye et Ankara, après l'interdiction faite par les autorités néerlandaises à des ministres turcs de participer à des réunions en faveur du président Recep Tayyip Erdogan.

Par peur d'attaques internet, les voix seront cette année intégralement comptées à la main et les résultats officiels seront communiqués la semaine prochaine.




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