Attentat à l'aéroport d'Istanbul: 41 morts, 239 blessés

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Un triple attentat-suicide a frappé mardi soir l'aéroport international Atatürk d'Istanbul.

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Pascale TROUILLAUD, Burak AKINCI
Agence France-Presse
ISTANBUL, ANKARA

La Turquie montrait du doigt le groupe État islamique mercredi après que des kamikazes ont ouvert le feu dans l'aéroport international Atatürk d'Istanbul avant de se faire sauter, tuant 41 personnes, dont 13 étrangers, dans un triple attentat-suicide capturé sur des vidéos saisissantes.

Ces attaques coordonnées, qui ont fait 239 blessés, sont les plus meurtrières dans la première grande métropole de Turquie, déjà visée trois fois cette année par des djihadistes ou des Kurdes, et surviennent avant une période de vacances. Une journée de deuil national a été décrétée ce mercredi.

Au lendemain de l'attentat de mardi soir, aucune information n'a été fournie sur les kamikazes dont le gouverneur d'Istanbul avait indiqué dans la nuit qu'ils étaient trois.

Le gouvernorat a annoncé que 13 ressortissants étrangers figuraient parmi les 41 morts et que 130 blessés étaient toujours hospitalisés. Parmi les 13 étrangers tués figurent plusieurs Saoudiens, deux Irakiens, un Tunisien, un Ouzbek, un Chinois, un Iranien, un Ukrainien et un Jordanien, selon un responsable turc.

Venu d'Ankara dans la nuit, le premier ministre Binali Yildirim avait estimé que « les indices point(ai)ent DAECH », acronyme arabe de l'EI, face à laquelle la Turquie, initialement accusée de bienveillance, a dû changer de pied, adoptant une approche plus musclée.

Et pour le chef de la CIA, John Brennan, l'attentat « porte sans aucun doute la marque de la dépravation de l'EI ». « Dans la plupart des cas, si ce n'est tous », l'EI n'a jamais revendiqué les attaques qu'il a lancées en Turquie, a souligné M. Brennan.

Les djihadistes « mènent ces attaques » pour « envoyer un signal à notre partenaire turc », mais ne veulent pas non plus « potentiellement s'aliéner certains des individus en Turquie dont ils pourraient essayer d'obtenir le soutien », a déclaré M. Brennan.

L'attentat n'a toujours pas été revendiqué. L'EI n'a jusqu'ici jamais revendiqué les attaques qu'Ankara lui a attribuées sur le sol turc.

Il s'agit d'une attaque « touchant la Turquie en son coeur », a estimé Soner Cagaptay, analyste pour la Turquie au Washington Institute, ajoutant que si l'« EI était effectivement derrière cet attentat, cela serait une déclaration de guerre » et « la vengeance de la Turquie s'abattra sur l'EI ».

Mardi soir vers 22 h (15 h, heure de Montréal), des explosions ont d'abord eu lieu à l'entrée du terminal des vols internationaux. Trois assaillants ont mitraillé des passagers ainsi que des policiers en faction, une fusillade a éclaté puis les kamikazes se sont fait sauter.

Le mode opératoire rappelle les attentats djihadistes ayant ensanglanté Paris en novembre 2015 (130 morts) et Bruxelles (32 morts dans le métro et à l'aéroport) en mars dernier.

L'aéroport de Bruxelles a tweeté ses condoléances: « Nos pensées aux victimes de l'attaque de @istanbulairport ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a rapidement exhorté la communauté internationale à une « lutte commune » contre le terrorisme. « Cette attaque, qui s'est déroulée pendant le mois du ramadan, montre que le terrorisme frappe sans considération de foi ni de valeurs », a dit le chef de l'État.

La présidence a indiqué que le président Barack Obama avait téléphoné à son homologue turc pour « condamner fermement les attentats d'Istanbul ».

Énorme boule de feu

Le président français François Hollande a condamné un « acte abominable » tout en appelant à un renforcement de la coopération internationale antiterrorisme, et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a lui aussi « condamné l'attaque terroriste » et réclamé une coopération internationale accrue.

Des photos et vidéos-chocs diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une énorme boule de feu à l'entrée du terminal des vols internationaux et des membres de la sécurité en train de faire évacuer des passagers hurlant dans des couloirs.

Sur l'une des vidéos-chocs, l'un des kamikazes apparaît au sol, blessé par un tir de policier, se tordant avant de déclencher sa ceinture d'explosifs.

Un grand mouvement de panique s'est emparé du terminal des vols internationaux lorsque deux violentes explosions suivies de coups de feu ont d'abord été entendues.

Un photographe de l'AFP a vu des corps recouverts de draps à l'aéroport, jonché de bagages abandonnés.

Oftah Mohammed Abdullah, une Somalienne, a raconté à l'AFP avoir vu l'un des assaillants : « Il avait une écharpe rose, une veste courte et avait caché un fusil (dessous). Il l'a sorti et a commencé à tirer sur les gens. Il marchait comme un prophète ».

Si le premier ministre a affirmé que la sécurité à l'aéroport n'était pas en cause, un rescapé, Huseyn Kohmus, homme d'affaires iranien, a indiqué à l'AFP : « cela fait 15 ans que je viens à Istanbul, mais je pense que je ne reviendrai plus jamais ».

Des scènes de détresse se sont déroulées devant l'hôpital de Bakirkoy proche de l'aéroport, submergé par des proches cherchant à avoir des nouvelles. Des femmes ont été vues en pleurs devant une morgue.

Rebelles kurdes ou djihadistes

Tous les vols ont été suspendus quelques heures au départ d'Atatürk, le plus grand de Turquie et le 11e dans le monde, avec ses 60 millions de passagers en 2015.

Puis le trafic aérien a pu reprendre et une partie des dégâts ont été réparés très rapidement. Mercredi, l'enregistrement des passagers n'était quasiment pas perturbé, a constaté l'AFP.

Istanbul et Ankara ont été secouées depuis l'an dernier par une série d'attentats qui ont fait quelque 200 morts et créé un climat de forte insécurité.

Istanbul avait déjà été visée en janvier (12 touristes allemands tués, attaque imputée à l'EI), en mars (4 touristes tués - trois Israéliens et un Iranien - attribuée aussi à l'EI) et début juin (11 morts, dont six policiers, attentat revendiqué par les combattants kurdes).

Les attentats en Turquie ont visé des lieux touristiques emblématiques, provoquant une chute immédiate du tourisme, ou les forces de sécurité turques.

Ils ont été attribués soit à l'EI ou aux rebelles kurdes, notamment aux TAK, une émanation du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK).

Obama offre à Erdogan l'aide des États-Unis

Le président américain Barack Obama a offert mercredi lors d'un appel téléphonique à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan l'aide des États-Unis à la Turquie après le triple attentat-suicide.

M. Obama va « proposer toute aide dont les Turcs peuvent avoir besoin pendant qu'ils mènent l'enquête et qu'ils prennent des mesures pour renforcer la sécurité dans leur pays », a déclaré le porte-parole de l'exécutif américain, Josh Earnest.

M. Earnest a précisé que Barack Obama, qui est au Canada pour un sommet des dirigeants nord-américains, s'était entretenu au téléphone avec M. Erdogan dans la matinée.

Cette attaque sera probablement évoquée lors des discussions entre M. Obama, le premier ministre canadien Justin Trudeau et le président mexicain Enrique Peña Nieto.

« Toute information qu'on obtiendrait et qui pourrait être utile à l'enquête turque sera évidemment partagée » avec eux, a insisté le porte-parole américain, assurant ne pas disposer d'éléments sur les auteurs du triple attentat-suicide. L'attaque semble porter la marque du groupe État islamique (EI), a affirmé mardi le premier ministre turc Binali Yildirim.

« Nous continuons d'être préoccupés par la capacité de l'EI à mener ce genre d'attaques terroristes, pas seulement en Irak et en Syrie, mais dans d'autres lieux », a souligné M. Earnest alors que l'attentat n'a pas été revendiqué.

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