Un ex-gardien d'Auschwitz condamné à cinq ans de prison

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La cour a reconnu l'ancien SS de 94 ans coupable de « complicité » dans la mort de 170 000 personnes.

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Coralie FEBVRE
Agence France-Presse
DETMOLD

Soixante et onze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la justice allemande a infligé vendredi cinq ans de prison à un ex-gardien d'Auschwitz, Reinhold Hanning, qui pourrait être le dernier condamné pour les crimes nazis.

« Vous avez contribué à la mort d'au moins 170 000 personnes », a déclaré à l'accusé de 94 ans la présidente du tribunal de Detmold (ouest), Anke Grudda, prononçant une peine légèrement inférieure aux six ans de prison requis par le parquet, et susceptible de recours.

Le verdict englobe pour la première fois « toutes les formes d'extermination à Auschwitz », des chambres à gaz aux exécutions sommaires en passant par « les conditions de vie » infligées aux déportés - famine, froid, travail forcé, mauvais traitements -, un pas qualifié « d'historique » par les avocats des parties civiles.

« Ce procès est le minimum qu'une société puisse faire (...) pour donner au moins un semblant de justice, même 70 ans après », a poursuivi la présidente, revenant sur l'incapacité allemande à juger les crimes nazis pendant des décennies.

Venus du Canada et des États unis, plusieurs rescapés d'Auschwitz se sont réjouis d'avoir pu témoigner « devant un tribunal allemand », face à leurs enfants et petits-enfants venus les soutenir.

Sentence méritée

« Vos récits ont été immensément importants, non seulement pour notre décision, mais pour rappeler le passé et éviter qu'un tel génocide ne se reproduise », leur a dit Anke Grudda.

Expliquant son verdict, la magistrate a reconnu qu'il n'existait « pas de sentence adéquate » pour des crimes « aussi atroces ». « Une peine plus faible aurait été inappropriée », mais l'audience, face à une salle comble et de nombreux médias étrangers, « a été une épreuve » dont l'accusé « ne se remettra probablement pas », a-t-elle estimé.

Le président du Congrès juif mondial, Ronald S. Lauder, a salué dans un communiqué la condamnation : « Il a eu la sentence qu'il méritait ». Il a néanmoins regretté que ce procès ait lieu « des décennies trop tard ».

Arrivé debout au premier jour du procès, le 11 février, Reinhold Hanning a écouté le verdict dans un fauteuil roulant, sans mot dire. Il n'a rompu le silence qu'une fois en quatre mois, transmettant fin avril une confession écrite dans laquelle il exprimait sa « honte ».

Jeune ouvrier dans une usine de vélo, engagé à 18 ans dans les Waffen SS, Hanning avait combattu aux Pays-Bas, dans les Balkans et sur le front russe. Blessé, il avait été transféré début 1942 à Auschwitz dans l'unité Totenkopf (tête de mort), y a été promu sous-officier et est resté jusqu'à l'été 1944.

« Je n'ai jamais pu parler de mon expérience à Auschwitz avec d'autres personnes. Ni à ma femme, ni à mes enfants, ni à mes petits-enfants », expliquait l'ex-soldat, devenu laitier-fromager après la guerre.

Il « savait », a-t-il reconnu. « Je pouvais voir comment les cadavres étaient transportés. (...) Je percevais les odeurs d'incinération », a raconté Reinhold Hanning

« Observateur distant »

« J'ai honte d'avoir laissé cette injustice se produire et de n'avoir rien fait pour l'empêcher », avait-il dit, dépeignant un « cauchemar » qu'il a tenté « de refouler ».

Revenant sur cette déclaration, la présidente a déploré qu'il se soit exprimé « comme un observateur distant », sans montrer « de réels remords ».

M. Hanning est le troisième accusé d'une vague de procédures entamées avec la condamnation en 2011 de John Demjanjuk, ex-gardien de Sobibor, puis celle l'an dernier d'Oskar Gröning, ex-comptable d'Auschwitz, après des décennies de relative indulgence judiciaire.

Deux autres gardiens du camp emblématique de la Shoah devaient comparaître cette année. Mais le procès du premier est suspendu à l'avis des experts médicaux, et le second est mort une semaine avant d'être jugé.

Les avocats de Reinhold Hanning avaient réclamé l'acquittement, relevant l'absence de preuve d'une « participation directe » de leur client aux meurtres, un argument clé sur lequel la jurisprudence allemande a beaucoup varié. Saisie par Oskar Gröning, la Cour fédérale doit trancher sur ce point avant la fin de l'année.

Quelque 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs, ont péri entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau, alors situé en Pologne occupée, un camp libéré par les troupes soviétiques fin janvier 1945. Au total, six millions de Juifs ont été exterminés par les nazis.

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