France: grèves, manifestations et blocages se multiplient contre la loi travail

Des travailleurs bloquent l'accès au site nucléaire de... (PHOTO FRANCOIS NASCIMBENI, AFP)

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Des travailleurs bloquent l'accès au site nucléaire de Nogent-sur-Marne, en région Île-de-France, le 26 mai.

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Aurélie CARABIN, avec les bureaux de l'AFP, Pascale JUILLIARD
Agence France-Presse
PARIS

La contestation contre la loi travail est restée forte jeudi partout en France avec une multiplication des blocages, des arrêts de travail et des manifestations parfois émaillées de violences, tandis que le gouvernement est toujours à la recherche d'une sortie de crise.

À un peu plus de deux semaines de l'Euro de football et face aux effets du conflit sur l'économie, le premier ministre Manuel Valls a jugé «inacceptable» de «bloquer un pays» et de «s'en prendre ainsi aux intérêts économiques de la France».

Cette 8e journée d'action nationale, à l'appel de sept syndicats (CGT-FO-Solidaires-FSU-Unef-Fidl-UNL), a rassemblé à Paris de 18 000 à 19 000 personnes selon la police (contre 14 000 jeudi dernier), 100 000 selon FO et la CGT.

Sans compter «les milliers de salariés sur les barrages et (les) grévistes qui occupent leur entreprise», la CGT a recensé dans tout le pays «près de 300.000 manifestants» (400 000 jeudi dernier). Les autorités en ont dénombré 153 000.

Parmi les villes mobilisées: Toulouse (6000 selon la police, 20 000 selon les organisateurs), Bordeaux (3000 à 13 000), le Havre (7400 à 30 000), Clermont-Ferrand (1550 à 7000), Saint-Nazaire (2500 à 4500), Rouen (3300 selon la police), Lyon (3000) ...

De nouveaux incidents ont éclaté dans la capitale, des manifestants cagoulés ont brisé des vitrines, dégradé des véhicules, lancé des projectiles et poussé un chariot de supermarché enflammé vers des policiers, qui ont répliqué en tirant des gaz lacrymogènes. 36 personnes y ont été interpellées - 77 au total dans l'Hexagone-, selon le ministère de l'Intérieur et la préfecture de police.

À Rennes, où de 3500 (police) à 8000 personnes (FO) ont manifesté, le trafic SNCF a été interrompu près d'une heure après une invasion des voies.

À Nantes, une manifestation, interdite par la préfecture, a rassemblé au moins 1300 personnes. Les forces de l'ordre, cibles de jets de projectiles, ont fait usage de grenades lacrymogènes et de lances à eau. Deux agences bancaires et des abribus ont été endommagés.

À Caen, après une manifestation autorisée avec 2000 à 7000 participants, trois personnes ont été interpellées lors d'une «manifestation sauvage».

«Tout le monde déteste le PS»

Une vidéo diffusée par 14actu a montré un manifestant à terre recevant des coups de matraque et de pied de la part d'un policier. Selon ce site d'information locale, le directeur de la sécurité publique a invoqué la «légitime défense» après des jets de projectiles sur des policiers.

À Lille (2100 à 10 000 personnes), les slogans «Tout le monde déteste le PS» prenaient le pas sur les chants anti-policiers.

Inédite sous un gouvernement socialiste depuis 1981, la mobilisation entamée le 9 mars, est montée d'un cran depuis le week-end dernier, avec l'entrée en lice des salariés des sites pétroliers et des difficultés d'approvisionnement en carburant. Quatorze dépôts ont été débloqués sans incident, selon l'Intérieur.

Principal point de crispation: l'article 2 du projet qui consacre la primauté aux accords d'entreprise dans l'aménagement du temps de travail, une ligne rouge pour les syndicats qui redoutent le dumping social.

La confusion face à des discours contradictoires dans la majorité et le gouvernement a été exacerbée jeudi lorsque Manuel Valls a recadré en direct son ministre des Finances Michel Sapin, réaffirmant qu'il «ne toucherait pas» à l'article 2. Depuis le Japon, François Hollande lui a donné raison.

Le leader de la CGT Philippe Martinez a ironisé, estimant que le président Hollande «n'a(vait) plus la majorité».

L'Ouest a été à nouveau très touché. Le blocage de la zone aéroportuaire de Nantes durant une grande partie de la journée devait reprendre vendredi à 4h00, selon la CGT Airbus Nantes. Également en Loire-Atlantique, la raffinerie Total de Donges était «à l'arrêt complet» depuis  jeudi, d'après la CGT.

À Cherbourg, fief du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, l'usine de sous-marins nucléaires du groupe DCNS (2000 salariés) a été «totalement bloquée» jusqu'en début d'après-midi.

En marge du mouvement, un syndicaliste CGT a été tué à Cherbourg et un autre grièvement blessé dans un accident de la route.

À Fos-sur-Mer, un  manifestant a été sérieusement blessé par un véhicule qui a voulu forcer un barrage CGT, et deux manifestants ont été blessés à Vitrolles par un chauffeur de poids lourd. Ce dernier, pris à parti par les manifestants, a été molesté avant l'intervention des forces de l'ordre, puis hospitalisé et placé en garde à vue.

Neuf centrales nucléaires, sur les 19 du parc français, ont connu des baisses de production, selon la CGT, mais la grève n'entraînait pas de problème d'approvisionnement électrique, a assuré RTE, gestionnaire du réseau national à haute tension.

Peu de perturbations à la SNCF également (10,6% de salariés en grève, selon la direction).

Avec six raffineries sur huit à l'arrêt ou au ralenti et environ un cinquième des quelque 11 500 stations-service en rupture partielle ou totale d'approvisionnement, les sites pétroliers retenaient toute l'attention du gouvernement. Manuel Valls recevra les acteurs du secteur samedi.

Selon un sondage Ifop pour RTL, six Français sur dix estiment le mouvement contre la loi travail «justifié». Selon une autre enquête Tilder/LCI/Opinionway, 66% pensent que le gouvernement doit retirer la loi travail.

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