• Accueil > 
  • International > 
  • Europe 
  • > Turquie: la levée de l'immunité parlementaire approuvée, le parti prokurde menacé 

Turquie: la levée de l'immunité parlementaire approuvée, le parti prokurde menacé

Le premier ministre Ahmet Davutoglu enregistre son vote... (PHOTO BURBAN OZBILICI, AP)

Agrandir

Le premier ministre Ahmet Davutoglu enregistre son vote au Parlement, à Ankara, le 20 mai.

PHOTO BURBAN OZBILICI, AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Fulya OZERKAN, Gokan GUNES
Agence France-Presse
ANKARA et ISTANBUL

Le Parlement turc a largement approuvé une réforme constitutionnelle controversée pour lever l'immunité des députés visés par des procédures judiciaires, suscitant l'inquiétude sur l'avenir des élus prokurdes, qui s'estiment visés, et sur celui de la démocratie.

Ce texte présenté par le parti au pouvoir a reçu, lors d'un vote à bulletin secret, l'aval de 376 des 550 députés de la Grande Assemblée nationale de Turquie (TBMM), a annoncé vendredi son président Ismail Kahraman, soit plus que les deux tiers (367) requis pour une adoption directe.

Le texte doit encore recevoir l'aval du président Recep Tayyip Erdogan pour entrer en vigueur. À ce jour, 138 députés, de tous les partis représentés au Parlement sont exposés à des poursuites judiciaires sans leur immunité, dont 50 élus (sur 59) du Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde).

Le HDP, accusé par le pouvoir turc d'être la «vitrine politique» du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation classée terroriste par Ankara, Washington et Bruxelles, estime que cette réforme constitutionnelle vise à l'écarter du Parlement, où il est actuellement la troisième force.

Un affaiblissement du HDP pourrait bouleverser l'équilibre des puissances au Parlement en faveur du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, en plein débat sur la présidentialisation du régime voulue par M. Erdogan, accusé par ses détracteurs de vouloir étouffer toute forme d'opposition.

Avant même l'annonce des résultats définitifs, Berlin a exprimé vendredi sa préoccupation au sujet de la «polarisation du débat de politique intérieure» et indiqué que la chancelière allemande Angela Merkel évoquerait l'état de la démocratie avec M. Erdogan lundi à Istanbul, où se tiendra le premier Sommet humanitaire mondial.

«Pour la stabilité intérieure de toute démocratie, il est important que tous les groupes sociétaux pertinents soient représentés aussi au Parlement. Et l'ensemble de ces questions fera très certainement partie des thèmes que la chancelière abordera avec le président de la Turquie», a déclaré Steffen Seibert, le porte-parole de Mme Merkel.

«Vote historique»

Peu avant l'annonce du résultat, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait évoqué «un vote historique» sur cette réforme contestée qui a donné lieu à des rixes lors de son examen en commission parlementaire.

«Mon peuple ne veut pas voir dans ce Parlement des députés qui ont commis des crimes», a-t-il dit à Rize (nord-est), «et surtout pas ceux qui soutiennent l'organisation terroriste séparatiste», expression désignant le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Le projet de révision constitutionnelle survient alors que le sud-est à majorité kurde de la Turquie est de nouveau ensanglanté par des combats quotidiens entre le PKK et les forces de sécurité. Nombre de députés du HDP sont accusés par les dirigeants turcs de soutenir les rebelles kurdes, ce qu'ils nient.

Les deux leaders de la formation prokurde, Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, figurent parmi les députés exposés à des poursuites judiciaires.

Au regard du résultat, l'AKP a semblé avoir donné en bloc son accord lors de ce scrutin qui avait également valeur de test d'unité pour le parti, deux semaines après l'annonce du retrait du premier ministre Ahmet Davutoglu en raison de désaccords avec M. Erdogan. Le vote à bulletin secret, selon les observateurs, aurait pu favoriser l'expression des divisions.

Signe des tensions entourant ce texte, son examen en commission parlementaire avait donné lieu à des rixes entre élus de l'AKP et du HDP. Vendredi matin, des élus de la principale formation d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), ont quitté l'hémicycle peu après le début de la séance en guise de protestation.

M. Demirtas, visé par pas moins de 75 demandes de poursuites, avait dénoncé mardi la réforme souhaitée par l'AKP, affirmant que s'il était emprisonné, il serait «bien plus influent».

En 1994, une députée kurde, Leyla Zana, avait été arrêtée avec trois autres élus de son parti après la levée de leur immunité parlementaire. Elle avait reçu l'année suivante le prix Sakharov du Parlement européen.

Ces quatre députés ont purgé dix ans de prison.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer