Le débat sur l'avortement ressurgit en Irlande du Nord

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Des militants pro-choix manifestent pour un assouplissement des lois nord-irlandaises encadrant l'avortement, à Belfast, le 30 avril.

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Douglas DALBY
Agence France-Presse
BELFAST

Après la condamnation d'une jeune femme ayant interrompu sa grossesse, la législation anti-avortement nord-irlandaise est sur la sellette et son assouplissement bénéficie d'un soutien politique de plus en plus large à quelques jours des élections régionales de jeudi.

Début avril, une femme de 21 ans a été condamnée à trois mois de prison avec sursis pour avoir avorté et une autre risque l'emprisonnement à vie pour s'être procuré des médicaments sur l'internet afin d'aider sa fille à mettre fin à une grossesse non désirée.

La législation nord-irlandaise n'autorise actuellement l'avortement que dans un seul cas: si la vie de la mère est en danger. Le viol, l'inceste ou la malformation du foetus ne sont pas des raisons légales d'avorter, et, même dans ces cas, l'avortement constitue un crime passible de la prison à vie.

Dans l'Union européenne (UE), seul un autre pays à une législation encore plus stricte: Malte, où l'avortement est illégal.

Critiquant la semaine dernière la condamnation de la jeune femme de 21 ans, le vice-premier ministre d'Irlande du Nord, Martin McGuinness, a estimé que les différents partis avaient jusqu'ici «fui» le sujet de l'assouplissement de la législation anti-avortement.

En février, l'assemblée nord-irlandaise avait ainsi rejeté une libéralisation bien que la Haute Cour de justice de cette région britannique ait estimé en novembre que cette législation violait les droits des femmes.

Il n'y aura «nulle part où se cacher» à l'avenir, a prévenu Martin McGuinness, soulignant qu'il ne voulait pas vivre dans un endroit «arriéré». Le programme de son parti, le Sinn Fein, qui recueille la plupart des voix des catholiques, promet ainsi d'autoriser le recours à l'avortement en cas de viol, inceste ou malformation du foetus.

La condamnation de début avril «représente un dangereux précédent», a de son côté jugé Ruth Patterson, ancienne membre du principal parti unioniste DUP, appelant aussi à un élargissement du recours à l'avortement.

«Je ne réagis pas d'un point de vue idéologique, mais comme quelqu'un qui vit dans le monde réel», a déclaré cette candidate indépendante aux élections de jeudi, qui verront l'Irlande du Nord renouveler son assemblée.

Son ancien parti, le DUP, principalement soutenu par les protestants, ne mentionne dans son programme ni l'avortement ni le mariage homosexuel - toujours interdit en Irlande du Nord contrairement au reste du Royaume-Uni.

Large soutien à une libéralisation

Mais pour Susan McKay, spécialiste de la société nord-irlandaise et ancienne directrice du groupe de défense des droits des femmes NWCI, ces affaires judiciaires vont encourager les nouveaux députés à faire évoluer la loi.

Alors que de récents sondages ont montré un large soutien à l'adoption d'une législation plus libérale sur l'avortement, nombreux sont ceux qui «seront horrifiés de voir des femmes traînées en justice de cette façon», a-t-elle estimé dans un entretien avec l'AFP.

Même l'évolution préconisée par le Sinn Fein «reste conservatrice et ne règlera pas des cas comme ceux que nous avons vu récemment et que nous continuerons à voir», a-t-elle prévenu.

De leur côté, les évêques catholiques sont intervenus directement dans le débat la semaine dernière en exhortant les électeurs à ne pas voter pour les candidats favorables à une réforme de la législation anti-avortement.

«La question morale n'est pas de savoir si ce qui est proposé est l'avortement "sur demande" ou une forme d'avortement soi-disant "limité"», ont-ils déclaré dans une lettre pastorale.

«D'un point de vue moral, il n'existe pas d'avortement "limité". L'avortement est toujours la prise délibérée et intentionnelle d'une vie humaine innocente et vulnérable, et une violation directe du commandement "Tu ne tueras point"».

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