Rita Bosaho, «première députée noire» d'Espagne

Rita Bosaho... (PHOTO PIERRE-PHILIPPE MARCOU, ARCHIVES AFP)

Agrandir

Rita Bosaho

PHOTO PIERRE-PHILIPPE MARCOU, ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Laurence BOUTREUX
Agence France-Presse
MADRID

Née il y a 50 ans en Guinée équatoriale, Rita Bosaho a fait sensation en Espagne en devenant la «première députée noire» depuis le retour de la démocratie, elle, l'aide-soignante issue du mouvement des «indignés».

Tresses africaines en liberté sur une redingote noire, Rita Bosaho apparaît de prime abord presque timide et d'un grand sérieux, en recevant l'AFP dans son petit bureau à l'Assemblée avec vue sur les toits de Madrid.

Le 13 janvier, elle prenait place pour la première fois avec les autres députés du parti de gauche radicale Podemos dans l'hémicycle du XIXe siècle dominé par les représentations d'Espagnols célèbres, de Christophe Colomb à Cervantes.

«Tout était émouvant, mais ce qui m'a marquée, ce sont les visages des élus d'autres partis» quand nous sommes entrés dans «cet espace de pouvoir», dit-elle, gravement. «Subitement, nous représentions ce que nous avions crié dans la rue, nous représentions la citoyenneté» dans sa diversité.

Elle-même devenait la première candidate noire démocratiquement élue députée, depuis la mort du dictateur Franco en 1975.

«Vaincre le patriarcat»

Parmi ses modèles, Rita Bosaho cite d'abord l'Espagnole Clara Campoamor, qui «lutta pour le droit des votes des femmes» il y a 85 ans. Puis le Sud-Africain Nelson Mandela pour «ce qu'a représenté sa lutte» contre la ségrégation raciale.

«Je suis devenue féministe en m'occupant de dames âgées qui me racontaient leur vie à l'hôpital, j'ai compris que la lutte féministe doit être politique. Le patriarcat existe toujours, c'est ce qu'il faut vaincre!», dit cette licenciée en histoire, en «militante de l'égalité» dans tous les domaines.

Aide-soignante dans sa ville portuaire d'Alicante (sud-est), elle s'était mêlée à la foule des «indignés» au printemps 2011, quand la contestation avait soudain envahi les rues d'Espagne.

Cette mère d'un fils de 24 ans assistait aux débats qui dénonçaient «le chômage des jeunes poussés à l'exil par la crise économique, la corruption, la détérioration de la santé publique vendue au privé...»

Puis elle avait rejoint Podemos fondé début 2014 «pour convertir l'indignation en changement politique». Et c'est ainsi que, tête de liste à Alicante, elle s'est retrouvée au Parlement, quand Podemos a obtenu plus de 20 % des suffrages aux législatives de décembre.

Née en Guinée espagnole

La ville de Malabo s'appelait encore Santa Isabel quand Rita Gertrudis Bosaho Gori y est née en 1965, en Afrique centrale, «de nationalité espagnole».

Trois ans plus tard, la Guinée espagnole proclamait son indépendance et se rebaptisait Guinée équatoriale. Mais le pays connut alors la dictature du président Francisco Macias Nguema.

«Des proches en ont été victimes. Et mes parents ont voulu m'envoyer dans un pays où je pourrais avoir un meilleur avenir. Je suis partie à quatre ans et ai grandi en Espagne dans une famille d'accueil».

Dès 1969, son oncle, Enrique Gori Molubela, avait été arrêté comme opposant, accusé d'avoir participé à un coup d'État manqué, puis assassiné en prison en 1972.

Or cet oncle avait auparavant été un homme politique intégré au système colonial, représentant sa province à Madrid, comme député, à une époque où l'assemblée était étroitement contrôlée par l'État franquiste.

Rita Bosaho, ancrée dans la gauche radicale, ne s'appesantit pas sur ce double destin dans la grande Histoire. Mais «le fait d'avoir dû fuir une dictature m'a marquée et cela a une résonance particulière en Espagne où des gens ont vécu la même chose sous le franquisme».

En référence au règne depuis 35 ans à Malabo de Teodoro Obiang Nguema, neveu de Macias, elle dénonce clairement «l'oppression»: «il faut condamner internationalement tout régime qui étouffe les droits de l'homme».

Mais ses «priorités» de députée sont en Espagne, notamment pour «en finir avec les politiques d'austérité».

Si les partis ne s'entendent pas pour former un gouvernement de coalition, elle pourrait ne siéger que six mois, de nouvelles élections étant envisagées fin juin.

Son étiquette de «première députée noire» lui restera: «c'est une grande responsabilité, mais ça ne me pèse pas, je la porte avec fierté».

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer