Irlande: quand le crime organisé s'invite dans la campagne électorale

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Des proches de David Byrne assistent aux funérailles du boxeur assassiné, à Dublin, le 15 février.

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Maureen COFFLARD, Naomi O'LEARY
Agence France-Presse
DUBLIN

Deux meurtres à Dublin et des menaces contre des journalistes ont propulsé la criminalité organisée au coeur de la campagne des législatives irlandaises où le gouvernement sortant pourrait être privé de la majorité absolue nécessaire à sa reconduction.

Tout a commencé le 5 février avec le meurtre de David Byrne, 33 ans, tué devant les yeux d'une foule venue assister à une pesée de boxe à la veille d'une compétition dans un hôtel du nord de Dublin.

L'un des deux groupuscules dissidents de l'Armée républicaine irlandaise (IRA), l'IRA-Continuité, avait revendiqué, trois jours plus tard, cette fusillade qui avait également fait deux blessés. Il accusait la victime d'avoir été impliquée, en septembre 2012, dans le meurtre d'Alan Ryan, un membre important d'un autre groupe dissident de l'IRA, l'IRA-Véritable.

Le lendemain de cette revendication, Eddie Hutch, 59 ans, oncle du criminel irlandais Gary Hutch, assassiné en 2015 en Espagne, était à son tour abattu dans une rue résidentielle de Dublin.

«C'est le début d'une nouvelle guerre des gangs à Dublin» entre une bande du nord de la capitale et un groupe criminel irlandais basé en Espagne, le «gang Kinahan», a déclaré à l'AFP Stephen Rae, le rédacteur en chef du groupe de presse le plus important d'Irlande, Independent News and Media (INM), qui publie notamment le Sunday Independent, le journal le plus vendu du pays.

Intervenant au début de la campagne électorale, ces meurtres ont «fait de la criminalité une question centrale» de ces élections, a-t-il ajouté.

Deux journalistes d'investigation de son groupe ont été prévenus par la police que leur vie était menacée par ces gangs, alors que le journal s'apprête à marquer le triste anniversaire des 20 ans de la mort de Veronica Guerin, une journaliste spécialiste des affaires criminelles tuée par balle en juin 1996.

«Plus dangereux» qu'il y a 20 ans

«C'est particulièrement triste pour moi de voir que 20 ans après, la situation est pire et encore plus dangereuse», a confié à l'AFP Jimmy Guerin, le frère de la journaliste aujourd'hui candidat indépendant aux législatives.

En 1996, à l'époque de ce meurtre immortalisé au cinéma dans «Veronica Guerin» (2003) avec Cate Blanchett dans le rôle-titre, «les gangs devenaient de plus en plus puissants, ils ont commencé à faire beaucoup d'argent via l'importation de drogue depuis l'Espagne et la Hollande», se souvient Stephen Rae qui était alors journaliste spécialisé dans le crime organisé.

«Nous sommes à nouveau dans une situation où l'Irlande vient de connaître une récession et où, de ce fait, peu d'argent est dépensé pour la police et le maintien de l'ordre. Du coup, les gangs jouent à nouveau les gros bras», explique-t-il.

Niall O'Connor, un ancien policier, confirme à l'AFP que les restrictions budgétaires avaient eu un impact néfaste considérable sur la surveillance de ces criminels.

«Nous avons eu ces dernières années la suppression de 2500 postes de policiers (...), la fermeture de 140 bureaux de police, des réductions du nombre de voitures de patrouille», a également dénoncé pendant la campagne Pádraig Mac Lochlainn, le porte-parole pour les questions de police et de défense du parti nationaliste de gauche Sinn Fein.

Ce parti est cependant taxé d'indulgence envers les criminels pour avoir été le seul à appeler à la suppression de la Cour spéciale criminelle, un tribunal d'exception créé pour juger les crimes de l'IRA et aujourd'hui compétent pour les affaires de terrorisme et de crime organisé.

Mais pour le Sinn Fein comme les autres partis d'opposition, ce retour de la violence dans les rues de Dublin est l'illustration des conséquences néfastes des mesures d'austérité mises en place par le gouvernement de coalition sortant du Fine Gael (centre-droit) et du Labour (centre-gauche) à la suite du plan de sauvetage du pays consécutif à la crise économique de 2008.

Le Fine Gael est attendu en tête du scrutin de vendredi, mais sans majorité suffisante pour constituer un gouvernement, sur fond de rejet général de l'austérité.

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