Attentat d'Ankara: la Turquie accuse le PKK et les Kurdes de Syrie

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Des soldats et des membres des forces de sécurité turcs examinent un véhicule militaire endommagé près de Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie, le 18 février. Jeudi matin, un convoi militaire a été visé par une attaque dans la province éponyme, tuant au moins six soldats et faisant de nombreux blessés.

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Burak AKINCI
Agence France-Presse
ANKARA

La Turquie a accusé le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les milices kurdes de Syrie d'avoir perpétré l'attentat qui a fait 28 morts mercredi soir en plein centre d'Ankara et menace d'accroître un peu plus les tensions autour du conflit syrien.

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Des experts médico-légaux des forces de l'ordre turques arrivent près des lieux de l'attentat survenu mercredi à Ankara, le 18 février. 

PHOTO UMIT BEKTAS, REUTERS

Le président turc Recep Tayyip Erdogan et son premier ministre Ahmet Davutoglu ont affirmé jeudi sans l'ombre d'un doute que l'attaque, qui a visé un convoi de bus transportant des militaires, avait été planifiée par le PKK et les combattants des Unités de protection du peuple (YPG) kurdes.

«Cette attaque terroriste a été commise par des éléments de l'organisation terroriste (PKK) en Turquie et un milicien des YPG», a lancé M. Davutoglu lors d'une visite à l'état-major. «L'attaque a un lien direct avec les YPG», a-t-il ajouté.

Directement mis en cause, le chef de Parti de l'union démocratique (PYD), Saleh Muslim, a démenti à l'AFP «toute implication» de son bras armé, les YPG.

L'un des chefs du PKK a lui aussi réfuté ces allégations.

M. Erdogan a balayé ces dénégations. «Bien qu'ils disent n'avoir rien à voir avec cette attaque, les informations du ministère de l'Intérieur et des services de renseignement montrent qu'ils sont les responsables», a-t-il déclaré devant la presse.

Dernier en date d'une série d'attaques meurtrières qui ont frappé la Turquie depuis l'été, l'attentat s'est produit au coeur de la capitale turque, à proximité de nombreux ministères, de l'état-major des armées et du Parlement.

D'une violence telle qu'elle a été entendue dans une bonne partie de la ville, la déflagration a tué au moins 28 personnes et en a blessé 81 autres, selon le dernier bilan publié par le ministère de la Santé.

Vingt-deux étaient toujours hospitalisées jeudi, dont sept en soins intensifs.



«Hypocrisie»

Il y a à peine quatre mois, Ankara avait déjà été visée par un attentat-suicide, attribué par les autorités au groupe État islamique (EI), qui avait fait 103 morts.

L'attentat de mercredi intervient alors que l'artillerie turque bombarde depuis cinq jours des positions des YPG, qui ont profité de l'offensive des forces du régime de Damas dans la province d'Alep (nord), appuyées par les raids aériens russes, pour prendre le contrôle de nouveaux territoires proches de la Turquie.

Mercredi, les Turcs ont également fait passer la frontière à 500 rebelles syriens venus «prêter main-forte aux insurgés face à la progression des forces kurdes» dans la région d'Azaz, au nord d'Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Le gouvernement islamo-conservateur d'Ankara accuse les YPG et le PYD d'être des organisations «terroristes», car proches du PKK. À l'inverse, les États-Unis arment ces deux mouvements, à la pointe du combat contre les djihadistes.

«L'hypocrisie de ceux qui envoient des armes aux organisations terroristes et nous envoient des messages de condoléances doit cesser», a déploré sur Twitter son vice-premier ministre Yalçin Akdogan, très agacé par ce soutien.

Les ambassadeurs des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et l'Allemagne ont d'ailleurs été «invités» jeudi au ministère turc des Affaires étrangères pour y être informés des détails de l'enquête, a indiqué à l'AFP un de ses responsables, notamment sur l'implication kurde dans l'attaque.

Damas et Moscou en cause

Selon M. Davutoglu, le chauffeur de la voiture bourrée d'explosifs qui a détruit les bus militaires a été identifié comme un Syrien de 23 ans, Salih Necar.

Les quotidiens Yeni Safak (progouvernement) et Sözcü (opposition) ont rapporté que le kamikaze, déchiqueté par l'explosion, avait été identifié grâce à ses empreintes digitales, enregistrées lors de son arrivée en Turquie en tant que réfugié.

Quatorze personnes liées à l'attentat ont été arrêtées, a annoncé M. Erdogan.

«Cela va continuer, car on a vu que les auteurs de ce crime ont des ramifications à l'intérieur et à l'extérieur», a-t-il ajouté.

Fidèle à sa rhétorique, M. Davutoglu a mis en cause la «responsabilité» du président syrien Bachar al-Assad, accusé d'instrumentaliser les YPG. «Nous nous réservons le droit de prendre toute mesure contre le régime syrien», a-t-il menacé.

Le chef du gouvernement turc a également mis en garde la Russie, alliée de Damas. «Si ces actes terroristes continuent, elle sera tenue pour responsable», a-t-il averti.

Comme l'avait promis dès mercredi soir M. Erdogan, l'aviation turque a riposté par une série de frappes visant un camp du PKK dans le nord de l'Irak.

Un des principaux responsables du PKK, Cemil Bayik, a toutefois démenti jeudi tout lien de son mouvement avec l'attaque d'Ankara. «Nous ne savons pas qui l'a commise», a déclaré M. Bayik, interrogé par l'agence de presse prokurde Firat.

Après deux ans de cessez-le-feu, des affrontements meurtriers ont repris l'été dernier entre les forces de sécurité turques et le PKK dans le sud-est à majorité kurde du pays.

Jeudi matin, un convoi militaire a été visé par une attaque dans la province de Diyarbakir, tuant au moins six soldats et faisant de nombreux blessés, a-t-on appris auprès des services de sécurité.

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