À 94 ans, un ancien garde d'Auschwitz comparaît en Allemagne

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Plus de 71 ans après la libération du camp par l'Armée rouge, «chaque rescapé porte en lui "son" Auschwitz», a rappelé mercredi à la presse Thomas Walther, l'un des avocats de la quarantaine de parties civiles venues des États-Unis, du Canada, d'Israël ou d'Angleterre.

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Coralie FEBVRE
Agence France-Presse
DETMOLD

Le procès de Reinhold Hanning, ancien gardien d'Auschwitz âgé de 94 ans, s'ouvre jeudi en Allemagne pour complicité dans la mort de dizaines de milliers de personnes et sera d'emblée consacré aux témoignages de plusieurs survivants de la Shoah.

Plus de 71 ans après la libération du camp par l'Armée rouge, «chaque rescapé porte en lui "son" Auschwitz», a rappelé mercredi à la presse Thomas Walther, l'un des avocats de la quarantaine de parties civiles venues des États-Unis, du Canada, d'Israël ou d'Angleterre.

Trois d'entre eux, les Allemands Leon Schwarzbaum, Erna de Vries et Justin Sonder, déposeront jeudi et vendredi devant le tribunal de Detmold (ouest), juste après la lecture de l'acte d'accusation visant Reinhold Hanning, jugé au moins jusqu'au 20 mai.

L'ancien gardien de camp, dont l'état de santé ne permet que deux heures d'audience par jour, répond de «complicité» dans la mort d'au moins 170 000 personnes entre janvier 1943 et juin 1944. Il encourt 3 à 15 ans de prison, une menace essentiellement symbolique vu son âge.

L'homme est le troisième accusé d'une vague de procédures tardives entamées avec la condamnation en 2011 de John Demjanjuk, ex-gardien de Sobibor, puis celle l'an dernier d'Oskar Gröning, ex-comptable d'Auschwitz. Deux autres anciens SS seront jugés fin février à Neubrandenburg (nord-est) puis mi-avril à Hanau (ouest).

«L'âge n'a pour moi aucune importance», martèle depuis des années le procureur de Dortmund Andreas Brendel, qui portera l'accusation contre Hanning, estimant que l'Allemagne «doit aux victimes et à leurs proches» de poursuivre jusqu'au bout les crimes du IIIe Reich.

«Pas trop tard»

Il s'agit aussi de rattraper in extremis «les manquements de la justice allemande», rappelle Christoph Heubner, vice-président du Comité International Auschwitz. Sur les 6500 SS du camp qui ont survécu à la guerre, moins de 50 ont été condamnés, dans un climat longtemps marqué en Allemagne par l'envie de tourner la page et la forte présence d'anciens nazis dans la magistrature.

«Ce procès aurait dû se tenir il y a 40 ou 50 ans. Mais même maintenant, il n'est pas trop tard pour se représenter ce qui a eu lieu», estimait à la veille de l'audience Justin Sonder, 90 ans, qui a perdu 22 membres de sa famille sous le régime nazi et a été déporté à 17 ans. Rentré chez lui après guerre, il est devenu commissaire dans l'ex-RDA, avec le désir de bâtir «une meilleure Allemagne».

Angela Orosz, 71 ans, fut l'un des deux seuls bébés à survivre à Auschwitz et témoignera pour «maintenir en vie» la mémoire des victimes de la Shoah, et parce qu'elle estime que tout le personnel du camp «contribuait à la machine de mort».

«Sans ces gens et leur soutien actif à l'Holocauste (...), le meurtre de 1,1 million de personnes en quelques années n'aurait pas été possible, et de nombreux membres de ma famille seraient peut-être vivants», a expliqué à l'AFP cette retraitée canadienne d'origine hongroise, née peu avant Noël 1944.

Peine symbolique 

Comme pour Demjanjuk et Gröning, condamnés avant lui, le parquet ne reproche à Reinhold Hanning aucun geste criminel précis mais l'accuse d'avoir été l'un des «rouages» de l'extermination. A la différence des précédents procès, l'accusation ne se limite plus aux meurtres dans les chambres à gaz, mais englobe les exécutions sommaires et «l'extermination par les conditions de vie».

Jeune ouvrier engagé à 18 ans dans les Waffen SS, parti combattre dans les Balkans puis sur le front russe, Hanning a été transféré début 1942 à Auschwitz. Membre des Totenkopf, unité SS sanglée dans un uniforme à tête de mort, il était affecté au camp de base Auschwitz-I tout en surveillant à l'occasion la rampe d'arrivée de Birkenau, dit Auschwitz-II.

S'il aura la parole en début d'audience, jeudi matin, rien n'indique qu'il s'exprimera. Contrairement à Oskar Gröning, qui avait témoigné dans un mémoire distribué à ses proches puis dans les médias pour «lutter contre le négationnisme», avant de demander pardon aux victimes à l'ouverture de son procès, Hanning n'a jamais évoqué publiquement son passé.

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