Turquie: deux journalistes d'opposition risquent la prison à vie

Des journalistes turcs manifestent pour réclamer la libération... (PHOTO ADEM ALTAN, ARCHIVES AFP)

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Des journalistes turcs manifestent pour réclamer la libération de leurs collègues Can Dünbar et Erdem Gül, à Ankara, le 10 janvier.

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Agence France-Presse
ISTANBUL

La justice turque a requis mercredi la prison à vie à l'encontre de deux journalistes d'opposition, dans la ligne de mire du président Recep Tayyip Erdogan pour un article accusant le régime d'avoir livré des armes aux islamistes syriens.

Deux mois après leur mise en détention et malgré le tollé qu'elle a suscité, un procureur d'Istanbul a encore alourdi les charges qui pèsent sur Can Dündar, rédacteur en chef de Cumhuriyet, et Erdem Gül, le chef du bureau de ce quotidien à Ankara.

Déjà poursuivis pour «espionnage» et «divulgation de secrets d'État», les deux hommes sont désormais aussi accusés de «tentative de coup d'État» et d'«assistance à une organisation terroriste», a expliqué l'agence de presse Dogan.

Le parquet de la plus grande ville de Turquie a en conséquence réclamé contre eux une peine de réclusion à perpétuité aggravée, la sanction la plus lourde prévue par le Code pénal turc, dans son réquisitoire de 473 pages cité par Dogan.

Can Dündar et Erdem Gül ont été incarcérés et inculpés pour avoir diffusé des photos et une vidéo de l'interception, en janvier 2014 à la frontière syrienne, de camions appartenant aux services secrets turcs (MIT) et transportant des armes.

Tous deux sont enfermés depuis le 26 novembre dans le centre pénitentiaire de Silivri, dans la lointaine banlieue stambouliote.

Publié en mai 2015, leur article a provoqué la fureur de M. Erdogan, dont le gouvernement islamo-conservateur a toujours catégoriquement nié tout soutien aux groupes islamistes hostiles au président syrien Bachar al-Assad.

Les autorités avaient alors affirmé que le convoi intercepté contenait de «l'aide» destinée aux populations turcophones de Syrie.

Le chef de l'État, qui a personnellement porté plainte contre les deux journalistes, de même que le chef du MIT Hakan Fidan, avait dénoncé une «trahison» et promis à la télévision que ses auteurs allaient en payer «le prix fort».

«Acharnement coupable»

Leur incarcération a suscité un tollé en Turquie comme à l'étranger et relancé les accusations de dérive autoritaire portées contre M. Erdogan, au pouvoir depuis 2003.

Le gouvernement turc est régulièrement épinglé par les ONG de défense de la liberté de la presse, qui lui reprochent ses pressions de plus en plus importantes sur les médias et l'accusent de vouloir faire taire toute voix critique en Turquie.

Mercredi, Reporters sans Frontières (RSF) a dénoncé un «acharnement coupable» contre les deux journalistes. Évoquant des «accusations absolument délirantes», son secrétaire général Christophe Deloire a déploré le «manque d'indépendance» de la justice turque.

«Il est absolument clair pour nous que Can Dündar et Erdem Gül (...) ont fait leur travail de journaliste et rien de plus», a réagi Emma Sinclair Webb, de l'ONG Human Rights Watch, qui présentait son rapport annuel mercredi à Istanbul.

«Les dirigeants politiques turcs, surtout le président, ont fait montre ces dernières années d'une détermination sans précédent pour instaurer un climat de peur chez leurs détracteurs et diaboliser leurs adversaires», a-t-elle ajouté.

Le commissaire européen à l'élargissement Johannes Hahn s'est lui déclaré «choqué» par les réquisitions du parquet. Il a aussi rappelé à la Turquie, dont le processus d'adhésion à l'UE a été relancé à la faveur de la crise des migrants, qu'elle devait «assurer un respect total des droits de l'homme, y compris la liberté d'expression».

En visite en Turquie, le vice-président américain Joe Biden avait ostensiblement reçu vendredi la femme et le fils de Can Dündar et accusé sans détour les dirigeants turcs de ne pas montrer «le bon exemple» en matière de liberté de parole.

Dans un éditorial écrit de sa cellule et publié mardi dans Cumhuriyet, M. Dündar a à nouveau défié le régime.

«Ils essaient de nous limiter et de limiter cette société, ce pays et ce monde à une seule couleur. (...) Même si vous nous faites payer le prix fort, nous continuerons à dire et à écrire la vérité. Vous ne pouvez pas nous vaincre», a-t-il assuré.

Lui et son collègue ont reçu mercredi le soutien des représentants de plusieurs ONG internationales, qui ont exigé leur libération «sans délai».

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