«Madame Claude», plus célèbre proxénète de France, n'est plus

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Fernande Grudet, alias «Madame Claude», lors de son procès à la Cour de Cahors, en janvier 1986.

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Catherine MARCIANO
Agence France-Presse
NICE, France

«Madame Claude», Fernande Grudet de son vrai nom, célèbre tenancière française d'un réseau de prostitution de luxe dans les années 1960-1970, est décédée samedi à 92 ans, selon son acte de décès consulté mardi par l'AFP.

Fernande Grudet est morte à Nice (sud-est) où elle était hospitalisée depuis environ deux ans, a précisé l'un de ses proches à l'AFP. «Elle était très fatiguée», a ajouté ce proche souhaitant garder l'anonymat. Elle vivait à Nice depuis une quinzaine d'années.

Cette femme proxénète aux allures de grande bourgeoise a régné pendant une vingtaine d'années sur un réseau de 500 femmes et une poignée de garçons qui se vendaient pour 10 000 ou 15 000 francs la nuit (1500 à 2300 euros - environ 2300 à 3500 $) en lui laissant une commission de 30 %.

Son credo? Rendre «le vice joli» avec des filles qui n'ont pas l'air de prostituées et des clients dans les plus hautes sphères - hommes politiques et chefs d'État français et étrangers, comme le Chah d'Iran ou John F. Kennedy, célébrités du cinéma, hommes d'affaires comme le patron de Fiat Giovanni Agnelli.

Née le 6 juillet 1923 à Angers (ouest) dans une famille très modeste - son père tenait un petit café -, la future Madame Claude s'était inventé une vie de jeune fille de famille bourgeoise et résistante.

Dans son autobiographie, elle assurait même avoir été déportée à Ravensbrück. Fille mère pendant l'Occupation, sans diplôme et sans argent, Fernande Grudet monte à Paris après la Libération et se prostitue près de l'Opéra avant de faire ses débuts de proxénète en 1957. Les maisons closes ont été officiellement fermées en 1946 à Paris et Fernande Grudet devient Madame Claude, munie d'un téléphone et de deux carnets.

Le premier contient le nom et le numéro de téléphone de jeunes femmes repérées dans les boites de nuit chics ou aux terrasses de café, qu'elle prend sous sa coupe.

Le second carnet abrite les noms de ses clients et leurs préférences sexuelles et autres fantasmes: personnalités, hommes politiques et chefs d'État français et étrangers.

En échange des confidences recueillies sur l'oreiller par ses filles, «Madame Claude» s'assure les meilleures protections, celle de la Brigade mondaine et celle du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece, devenu DGSE).

«Elle parlait trop» 

Mais l'arrivée de Valéry Giscard d'Estaing au pouvoir et le renforcement de la lutte contre le proxénétisme au milieu des années 1970 sonnent la fin de ses protections au plus haut niveau. Madame Claude, malgré une fuite aux États-Unis, sera condamnée et incarcérée plusieurs fois, jusque dans les années 1990, après avoir monté un nouveau réseau.

«Elle emporte avec elle secrets d'alcôve et secrets d'État. C'était une légende», a réagi auprès de l'AFP l'ancien patron de la police judiciaire parisienne, Claude Cancès.

Auteur en 2014 d'un livre sur «La brigade mondaine» (Éditions Pygmalion), Claude Cancès rappelle qu'il y eut dans la vie de Fernande Grudet «deux périodes»: «Celle où elle, et son réseau de très belles femmes pour VIP, étaient protégées, dans les années soixante. Et celle où elle est tombée, comme Al Capone, pour fraude fiscale, des années plus tard, puis dans les filets de Martine Monteil», patronne de la brigade mondaine.

«Je me souviens, alors que j'étais jeune inspecteur de la brigade mondaine dans les années soixante, à mes débuts, qu'elle nous renseignait», raconte-t-il. «Et nous avions mission de recueillir ses confidences, afin notamment de rédiger des «notes blanches», pour informer par exemple sur les turpitudes des uns et des autres, célébrités ou hommes politiques. Et pour nos enquêtes sur les julots (proxénètes)».

«Jusqu'à ce que cela cesse, car elle parlait trop. Je suis persuadé qu'elle a travaillé aussi pour les services secrets!»

Le décès de «Madame Claude» survient alors que le Parlement français débat d'une proposition de loi socialiste visant à renforcer la lutte contre la prostitution.

Après l'Assemblée en juin, le Sénat, à majorité de droite, a adopté mi-octobre le texte, mais en supprimant la pénalisation des clients de prostitués.

Mme Claude était «l'incarnation d'une époque qui a changé», a commenté une organisation de prostituées, le syndicat du travail sexuel (STRASS).

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