Marine Le Pen ou la détermination à conquérir le pouvoir

La chef du Front National Marine Le Pen... (Photo DENIS CHARLET, AFP)

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La chef du Front National Marine Le Pen lors de son discours dimanche, après le résultat du deuxième tour des régionales, qui donne son parti perdant dans toutes les régions.

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Marie WOLFROM, Guillaume DAUDIN
Agence France-Presse
Paris

Voix de stentor, verbe habile, Marine Le Pen, chef de file depuis cinq ans de l'extrême droite en France, a porté son parti Front national (FN) à des niveaux jamais atteints malgré son échec dimanche dans sa tentative de conquérir une région.

« Rien ne pourra nous arrêter », a-t-elle martelé dimanche, minimisant sa défaite dans le Nord et dénonçant dans les appels à lui faire barrage « les dérives et les dangers d'un régime à l'agonie ».

Âgée de 47 ans, la benjamine des trois filles de Jean-Marie Le Pen, cofondateur du FN en 1972, n'était pas destinée à entrer en politique. Sa soeur Marie-Caroline devait à l'origine reprendre le flambeau d'un parti dominé pendant près de 40 ans par leur père.

Brouilles familiales

Mais la vie politique tumultueuse du FN et les brouilles familiales des années 90 ont ouvert la voie à cette grande blonde à la silhouette carrée, avocate de formation, qui avait tenté dès 1993, à 24 ans, de se faire élire députée de Paris.

Redoutable bretteuse, parfois brutale, Marine Le Pen est apparue au grand public le 5 mai 2002, au soir du second tour de la présidentielle, pour défendre son père, défait par Jacques Chirac. Elle dépeint ce soir-là une France « transformée en camp de rééducation psychologique », allusion aux manifestations monstres dans les rues du pays pour dire « non » au FN.

Montant progressivement en puissance dans l'ombre d'un père vieillissant, cette femme au tempérament volcanique finit par s'imposer en janvier 2011 à la tête du Front, écartant ses caciques.

Elle s'appuie sur une nouvelle stratégie, qualifiée de « dédiabolisation » par la presse. Mme Le Pen répond qu'elle veut « donner une image différente de la caricature » faite, selon elle, du FN.

Se débarrasser de la vieille-garde

Il s'agit de se débarrasser, au moins partiellement, des militants antisémites, nostalgiques de l'Algérie française, voire de la collaboration avec l'Allemagne nazie, et des catholiques intégristes, qui ont été pendant plus de 30 ans parmi les cadres du Front national.

Ce reformatage passe par une mise à l'écart de son père, dont les sorties antisémites ou les diatribes contre les immigrés font régulièrement scandale. Début mai 2015, après de nouveaux propos polémiques de son père, c'est la rupture. Marine Le Pen le fait exclure du parti à l'été.

« La politique nécessite un certain nombre de sacrifices. La vie familiale en fait partie », disait-elle, prophétique, dans son autobiographie À contre flots, parue en 2006.

Objectif, la présidentielle

Deux fois divorcée, mère de trois enfants, aujourd'hui en couple avec l'un des vice-présidents du parti, Louis Aliot, Marine Le Pen veut crédibiliser le discours économique, parent pauvre du FN.

Elle colle au plus près des inquiétudes des Français « déclassés », ces « oubliés » de la politique qui voient le chômage dépasser les 10 % et leur pouvoir d'achat diminuer. Au menu : protectionnisme et sortie de l'euro pour séduire les « perdants » de la mondialisation.

Cette image renouvelée, incarnée par son fidèle bras droit Florian Philippot, fonctionne : le parti a amélioré ses scores à chaque élection depuis la présidentielle de 2012, jusqu'au record du premier tour des régionales le 6 décembre (27,7 %).

Pas question pour autant de toucher aux fondamentaux idéologiques, les « trois i » : dénonciation de l'immigration, des impôts, de l'insécurité.

Comme son père, Marine Le Pen prône la préférence nationale, rebaptisée « priorité nationale », et défend la suppression des aides sociales aux étrangers. Favorable à la peine de mort, elle est opposée au mariage homosexuel, mais n'a pas défilé contre sa légalisation.

«Islamisation» de la France

Après les attentats du 13 novembre, elle dénonce à l'envi le risque d'une « islamisation » de la France.

Face aux djihadistes, « nous n'avons pas d'autre choix que de gagner cette guerre. Si nous échouons, le totalitarisme islamiste prendra le pouvoir dans notre pays » et « la charia remplacera notre constitution », a-t-elle lancé durant sa campagne.

Son véritable objectif reste la présidentielle de 2017 : « si je ne suis pas qualifiée pour le second tour, j'arrête (la politique) », affirmait-elle il y a quelques mois.

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