Portugal: un gouvernement de gauche suspendu à l'aval du président

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Olivier DEVOS
Agence France-Presse
Lisbonne

Après la chute mardi du gouvernement de droite, le Portugal était suspendu à la décision du président Anibal Cavaco Silva, qui devra décider s'il charge les socialistes de former le nouvel exécutif malgré l'apparente fragilité de l'union inédite de la gauche.

«Le scénario le plus probable est qu'il désigne le chef des socialistes, Antonio Costa, comme premier ministre, mais sa décision dépendra de la solidité de l'accord qui lui sera présenté», prévoit le politologue Antonio Costa Pinto.

Avant toute décision, le chef de l'État pourrait prendre le temps de consulter tous azimuts, dans la mesure où la Constitution portugaise ne lui impose aucun délai pour nommer un Premier ministre. Il a d'ailleurs prévu de rencontrer les partenaires sociaux dès jeudi.

M. Cavaco Silva, un conservateur qui n'a jamais caché sa réticence à nommer un gouvernement soutenu par les partis de gauche «anti-européens» et «opposés à l'OTAN», pourrait exiger des garanties de stabilité supplémentaires de M. Costa.

Le président pourrait aussi laisser en place un gouvernement de gestion de droite en attendant de nouvelles élections. Une hypothèse qui ne semble toutefois pas du goût du Premier ministre démissionnaire Pedro Passos Coelho, qui s'est entretenu dans la soirée avec le chef de l'État, sans faire de commentaire à la presse.

En tout état de cause, le Parlement ne peut pas être dissous dans les six premiers mois de la législature, ce qui empêche la convocation immédiate d'un scrutin législatif.

Reçu peu auparavant par M. Cavaco Silva, le président de l'Assemblée de la République, le socialiste Eduardo Ferro Rodrigues, a réclamé une solution rapide, estimant qu'«une impasse prolongée serait très mauvaise pour le pays, d'un point du vue politique et financier».

Accords a minima 

Les trois accords distincts conclus avec les partis de gauche radicale «permettent de former un gouvernement stable pour l'ensemble de la législature», avait fait valoir M. Costa après le vote unanime de la gauche au Parlement contre le gouvernement.

Au pouvoir depuis 2011, M. Passos Coelho avait été reconduit à la tête du gouvernement après avoir remporté les élections législatives du 4 octobre, mais il avait perdu sa majorité absolue.

C'est en s'élevant contre la politique d'austérité de la droite que M. Costa a réussi à obtenir le soutien du Bloc de gauche, proche de Syriza au pouvoir en Grèce, du Parti communiste et des Verts, une alliance jamais vue en 40 ans de démocratie portugaise.

Mais les trois documents signés mardi à huis clos sont des accords a minima: ils ne garantissent pas l'approbation d'un budget, pourtant indispensable pour gouverner. Et aucun des partis de la gauche antilibérale n'a souhaité entrer dans un gouvernement socialiste.

Ils ne font, de plus, aucune référence aux engagements européens du Portugal, l'un des points d'achoppement entre le PS, très europhile, et ses partenaires, traditionnellement critiques envers Bruxelles.

Dans la capitale européenne, on refuse pourtant de comparer la situation du Portugal à celle de la Grèce. Et le Parti socialiste européen a déjà appelé le président portugais à nommer M. Costa Premier ministre.

Antonio Costa a assuré à maintes reprises que le Portugal «respectera ses engagements européens», tablant notamment sur un déficit revenu dès 2016 dans les limites fixées par Bruxelles, à 2,8% du PIB.

«À moins d'un miracle économique, les socialistes devront choisir entre les promesses faites aux Portugais et les engagements internationaux», prévient toutefois le professeur d'économie Joao Duque.

En attendant, la droite se prépare à une opposition dure, déterminée à ne laisser passer aucun faux pas d'un gouvernement de M. Costa, avant d'éventuelles élections anticipées. Mais cette option est entre les mains du futur président dont l'élection est prévue en janvier.

Interrogé sur l'éventualité d'une motion de censure fratricide de l'un des partis de gauche radicale, Antonio Costa a reconnu mardi que «si ça devait arriver un jour, ce serait comme déposer une demande de divorce. Ce jour là, ce serait la fin du mariage, la fin du gouvernement».

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