Alexis Tsipras, génial stratège ou apparatchik inconscient ?

Alexis Tsipras livre un discours à ses partisans... (PHOTO ARIS MESSINIS, AFP)

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Alexis Tsipras livre un discours à ses partisans à Athènes, vendredi soir, appelant le peuple grec à voter «non» au référendum de dimanche.

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Pauline FROISSART, Odile DUPERRY
Agence France-Presse
ATHÈNES

Génial stratège ou apparatchik inconscient? En lançant le peuple dans un référendum risqué qui prend acte de la rupture des négociations avec les créanciers de la Grèce, Alexis Tsipras, le premier ministre de gauche radicale, se montre en tout cas un joueur de poker intrépide.

En dehors de Grèce, comme à Bruxelles face aux créanciers du pays, l'espoir des gauches européennes affiche en permanence son franc sourire. En Grèce, devant le Parlement ou à la télé publique, il dénonce en revanche le «chantage» des mêmes créanciers avec un visage grave et le ton belliqueux.

Mais depuis cinq mois que son gouvernement est au pouvoir, il y a un visage qu'Alexis Tsipras ne montre jamais, outre celui de la fatigue, c'est celui de la peur ou du doute.

C'est ainsi qu'à une heure sans doute très calculée, 1 h du matin samedi, juste après la fermeture des derniers marchés mondiaux pour le week-end, il a lancé son annonce de référendum, huit jours seulement avant la date, et sans paraître trembler à l'idée que le choix porte, selon ses propres termes,  sur «des décisions dont dépendront les prochaines générations».

Décision improvisée par un jeune Premier ministre excédé qu'on le prenne de haut ou tactique mûrement réfléchie?

Pour l'historien Olivier Delorme, le référendum n'est qu'«une étape dans le processus pédagogique qu'il mène depuis 5 mois» pour convaincre que le gouvernement doit reprendre la main sur les négociations.

Tsipras, 41 ans à la fin du mois, avait en tout cas prévenu : «Si je me retrouve avec un accord au-delà des limites (de mon mandat), je n'aurai pas d'autre choix, le peuple décidera», disait-il en avril. À l'époque, il était toutefois «convaincu que nous n'en arriverions pas là».

Souvent depuis cinq mois, il a donné cette impression d'avoir pensé à tout, jamais déconcerté en apparence, troublant le groupe des créanciers par des suggestions inattendues, ou s'adaptant à toute allure à leurs réactions.

Il aura au moins réussi à faire bannir des conversations le mot «troïka» pour désigner les créanciers, synonyme honni à Athènes de ces gris fonctionnaires étrangers venus d'ailleurs pour forcer les Grecs à des réformes difficiles.

À 17 ans déjà 

Il a aussi imposé sa volonté de porter le débat grec au niveau «politique», contraignant à plusieurs reprises les dirigeants européens, comme Angela Merkel et François Hollande, à se plier à des rencontres presqu'improvisées, à Bruxelles ou ailleurs.

Et si peu de dirigeants européens sont allés jusqu'à vanter ses mérites publiquement, peu aussi ont jugé qu'il n'était «pas à la hauteur» comme l'a fait l'ancien président français Nicolas Sarkozy.

Sous ses airs juvéniles, Alexis Tsipras est manifestement un homme déterminé.

Après avoir fait ses classes dans les Jeunesses communistes grecques (KNE), il a rejoint le Synaspismos, petit parti eurocommuniste et altermondialiste, réussissant à 33 ans le tour de force de se faire élire président de cette nébuleuse de partis devenue en 2008 Syriza.

Son engagement remonte à l'adolescence : «Nous devons pouvoir choisir à quel moment nous allons en cours», assénait déjà sur un plateau de télévision le jeune rebelle âgé de 17 ans, leader d'un mouvement lycéen.

Pas de cravate, pas de mariage, pas de prestation de serment religieuse au moment de son entrée en fonctions. Le pouvoir n'a pas changé les manières de cet ingénieur civil, qui vit toujours en concubinage avec une ancienne camarade de lycée. Ils ont deux enfants, dont le second porte comme deuxième prénom «Ernesto», comme «le Che».

Et dans sa détermination à défendre la souveraineté de la Grèce, il n'a pas craint de s'allier, non pas avec un autre parti de gauche, mais avec ANEL, formation très à droite, dont le leader Panos Kammenos, le ministre de la Défense, orthodoxe convaincu, a autant de faconde que M. Tsipras semble pudique.

Pour Olivier Delorme, le pari de dimanche, est basé sur «la dignité retrouvée» des Grecs, et suscite l'admiration de la gauche antilibérale européenne.

Pour l'immédiat, cette belle idée s'est surtout traduite par l'instauration d'un strict contrôle bancaire, n'autorisant les Grecs qu'à retirer 60 euros par jour qu'ils semblent mettre soigneusement de côté. Cela paralyse un peu plus une économie déjà exsangue, en attendant de voir si leur premier ministre a d'autres atouts dans sa manche ou s'il a joué le coup de trop.

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