Turquie: le gouvernement Davutoglu démissionne

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Selon une source proche du gouvernement, M. Davutoglu, chef du parti arrivé en tête au scrutin de dimanche, ne devrait être chargé de former une nouvelle équipe qu'après l'officialisation des résultats, dans les deux semaines.

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Burak AKINCI
Agence France-Presse
ANKARA -

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accepté mardi la démission du gouvernement d'Ahmet Davutoglu tandis que les tractations sur la formation d'un gouvernement de coalition vont bon train, deux jours après le revers aux législatives de leur parti, qui n'a pas obtenu la majorité absolue.

À l'issue d'un entretien entre les deux hommes dans le palais de M. Erdogan, la présidence a annoncé que, conformément à l'usage, le premier ministre et son équipe resteraient en place «jusqu'à la constitution d'un nouveau gouvernement».

Selon une source proche du gouvernement, M. Davutoglu, chef du parti arrivé en tête au scrutin de dimanche, ne devrait être chargé de former une nouvelle équipe qu'après l'officialisation des résultats, dans les deux semaines.

Au pouvoir depuis treize ans, le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) a obtenu 40,8 % des suffrages et 258 des 550 sièges de députés, en net recul par rapport aux législatives de 2011, quand il avait frôlé les 50 %.

Ce résultat a ouvert les tractations en vue de la formation d'un gouvernement de coalition entre l'AKP et l'opposition, qui s'annonce comme un casse-tête.

Lundi, M. Erdogan a plaidé pour la formation d'une coalition, appelant les partis à préserver la «stabilité» de la Turquie. En cas d'échec des discussions dans les quarante-cinq jours suivant la nomination attendue de M. Davutoglu, il pourrait dissoudre le nouveau Parlement et convoquer des élections anticipées.

Depuis dimanche soir, les conjectures vont bon train sur les scénarios et le visage aux contours très incertains que pourrait prendre le nouveau gouvernement.

Les deux principaux adversaires de l'AKP, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) et le Parti de l'action nationaliste (MHP, droite) ont respectivement eu 25 % et 16,3 % des suffrages, totalisant 132 et 80 sièges.

Grande surprise des élections, le parti kurde HDP (Parti démocratique du peuple) et son charismatique chef de file Selahattin Demirtas ont bouleversé le paysage politique turc en réalisant un score historique de 13,1 % et en obtenant 80 députés.

Ces trois partis ont jusque-là publiquement exclu toute alliance avec l'AKP. «Ce dont nous sommes sûrs, c'est que nous ne participerons pas à une coalition avec l'AKP», a répété mardi M. Demirtas devant la presse.

«Perte de temps»

Tout au long de leur campagne, les trois partis d'opposition ont vertement dénoncé la dérive autoritaire du parti au pouvoir et de l'homme fort du pays.

Dans ces conditions, un accord, quel qu'il soit, s'annonce très compliqué.

«Ils vont sans doute exiger en premier lieu de M. Davutoglu qu'il s'émancipe du président et le cantonne à ses seules prérogatives constitutionnelles», pronostique à l'AFP Deniz Zeyrek, chef du bureau du quotidien Hürriyet à Ankara. «L'abandon de son projet de présidentialisation du régime sera leur condition sine qua non», juge-t-il.

Chef du gouvernement pendant onze ans, président depuis dix mois, M. Erdogan a mis tout son poids dans la bataille des législatives pour défendre la mise en place d'un régime présidentiel fort. Mais la dégringolade de l'AKP, qui devait obtenir 330 députés pour réviser la Constitution, a sonné la fin de son ambition.

Les scénarios alternatifs à une coalition dirigée par l'AKP restent très hypothétiques.

Le chef du CHP Kemal Kiliçdaroglu a évoqué l'idée d'une alliance de l'opposition, car «des élections anticipées ne seront qu'une perte de temps», a-t-il écrit mardi sur Twitter.

Un de ses vice-présidents, Sezgin Tanrikulu, est allé plus loin en préconisant un «gouvernement de restauration» composé des trois partis d'opposition.

Mais les chances d'une telle coopération semblent minces.

Les nationalistes du MHP sont très réticents à s'allier avec le HDP. Ils souhaitent l'arrêt des négociations de paix menées avec les rebelles armés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), alors que le parti prokurde a fait de leur relance une de ses priorités.

Reste l'idée d'un gouvernement AKP minoritaire. «C'est l'éventualité la plus lointaine, inutile d'en parler pour le moment», a tranché son vice-président, Mehmet Ali Sahin.

Par ailleurs, de nouvelles violences entre militants kurdes rivaux ont fait quatre morts mardi à Diyarbakir (sud-est), dont celle du patron d'une ONG islamiste. Elles interviennent après l'attentat à la bombe qui a fait trois morts et une centaine de blessés vendredi dans la même ville de Diyarbakir, au cours d'une réunion électorale du HDP.

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