Un fichage présumé d'élèves musulmans suscite l'indignation en France

Robert Ménard, ancien patron de l'organisation Reporters sans... (PHOTO SYLVAIN THOMAS, ARCHIVES AFP)

Agrandir

Robert Ménard, ancien patron de l'organisation Reporters sans frontières, a déjà suscité plusieurs polémiques depuis son élection à la mairie de Béziers en mars 2014.

PHOTO SYLVAIN THOMAS, ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Martine NOUAILLE, Rémi ZAKA
Agence France-Presse
PARIS, MONTPELLIER

Un maire d'extrême droite fait scandale en France pour avoir publiquement affirmé qu'il effectuait un décompte des élèves musulmans de sa commune, une pratique strictement prohibée et qui a déclenché mardi l'ouverture d'une enquête.

Le maire de Béziers (sud-ouest) Robert Ménard, élu l'an dernier avec le soutien du Front National et abonné aux controverses, a assuré lundi qu'il y avait «64,6% d'élèves de confession musulmane» dans les écoles de sa ville, lors d'un débat politique sur la chaîne de télévision France 2.

«Ce sont les chiffres de ma mairie», a-t-il précisé en réponse à une question. «Je sais que je n'ai pas le droit de le faire. Pardon de le dire, les prénoms disent les confessions. Dire l'inverse, c'est nier l'évidence».

Les statistiques fondées sur la religion ou sur l'appartenance ethnique des habitants sont illégales en France. Les déclarations de Robert Ménard ont entraîné mardi l'ouverture d'une enquête judiciaire, à la demande de la ministre de l'Éducation Najat Vallaud Belkacem, et les locaux de la mairie ont été perquisitionnés à la recherche d'un éventuel fichier.

Elles ont dans le même temps provoqué une levée de boucliers dans la classe politique et, à Riyad où il se trouve en visite officielle, le président François Hollande a vivement réagi.

«Dans un pays comme la France, il ne peut y avoir de fichage d'élèves dans les écoles, en fonction de leurs noms (qui suggérerait) leur religion. C'est contraire à toutes les valeurs de la République», a-t-il asséné.

«Honte au maire», avait auparavant déclaré son premier ministre Manuel Valls dans un tweet, ajoutant que «la République ne fait aucune distinction parmi ses enfants».

«Ficher des enfants selon leur religion, c'est renvoyer aux heures les plus sombres de notre histoire», a renchéri le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, faisant allusion à la période de l'occupation nazie, quand les juifs étaient pourchassés par le régime collaborationniste de Vichy.

Des représentants des musulmans ont aussi fait part de leur indignation. «Avec de telles attitudes, il ne faut pas s'étonner que des jeunes se révoltent», a réagi Abdallah Zekri, président de l'Observatoire national contre l'islamophobie au Conseil français du culte musulman (CFCM).

«En plus on peut se prénommer Mohammed sans être musulman pratiquant !», a-t-il fait remarquer.

Relancer le débat 

Mardi après-midi, le maire de Béziers s'est défendu lors d'une conférence de presse en affirmant qu'«il n'y a pas de fichage des élèves scolarisés» dans sa ville, disant réserver à la justice ses explications sur la méthode employée pour aboutir au chiffre de «64,6%» d'élèves de confession musulmane.

Il a contre-attaqué en affirmant que «cette polémique a le mérite de relancer le débat sur les statistiques ethniques», dont les partisans se trouvent aussi bien dans l'opposition de droite que dans la majorité de gauche au pouvoir.

M. Ménard a ainsi rappelé que Manuel Valls, alors député et maire d'Evry, une ville populaire de la banlieue de Paris, avait annoncé fin 2009 son intention de déposer une proposition de loi allant en ce sens.

Certains estiment en effet qu'il est difficile de mettre en oeuvre des politiques d'intégration efficaces et de lutter contre les discriminations sans cet outil statistique. En revanche ce débat n'a jamais concerné des statistiques fondées sur la confession.

Le nombre de musulmans en France reste imprécis, entre 2 et 10 millions selon les sources, sur une population de quelque 66 millions de personnes.

Robert Ménard, 61 ans, qui avait fondé en 1985 l'association Reporters sans frontières, fait parler de lui depuis plusieurs années par son engagement à l'extrême droite. Électron libre élu en mars 2014 à la tête de Béziers avec le soutien du Front national, il a pris plusieurs décisions controversées.

Il a notamment interdit de pendre du linge aux fenêtres du centre-ville et assumé une campagne d'affichage faisant d'un énorme pistolet le «nouvel ami» de la police de sa ville. Il a également donné le nom d'une rue à un officier partisan de l'Algérie française qui avait participé à un putsch manqué contre le président d'alors, le général Charles de Gaulle.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer