Rome évoque des «actions ciblées» contre les trafiquants en Libye

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«L'hypothèse d'une intervention militaire n'est pas sur le tapis», mais ce qui est possible, «ce sont des interventions ciblées pour détruire un racket criminel», a déclaré le premier ministre italien Matteo Renzi (au centre).

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Agence France-Presse
ROME

L'Italie étudie la possibilité d'«interventions ciblées» à l'encontre des passeurs en Libye, a déclaré lundi à Rome le chef du gouvernement italien Matteo Renzi, après des naufrages en Méditerranée qui ont fait des centaines de disparus.

«L'hypothèse d'une intervention militaire n'est pas sur le tapis», mais ce qui est possible, «ce sont des interventions ciblées pour détruire un racket criminel», a déclaré M. Renzi lors d'une conférence de presse aux côtés de son homologue maltais, Joseph Muscat.

«Des attaques contre le racket de la mort, des attaques contre les esclavagistes (les passeurs) font partie du raisonnement», a-t-il souligné, ajoutant que des équipes du ministère de la Défense en Italie étudiaient ces possibilités.

«Les hypothèses techniques sont étudiées par des techniciens», dont «des équipes de la Défense», a-t-il indiqué sans plus de précision.

Le ministre italien des Affaires étrangères Paolo Gentiloni avait déjà évoqué il y a quelques jours cette possibilité.

Dans un entretien au Corriere della Sera, le ministre avait évoqué des «actions antiterroristes ciblées, par exemple dans le cadre de la coalition anti-DAECH, des actions contre le trafic d'êtres humains».

M. Renzi a eu des mots particulièrement durs à l'encontre des trafiquants d'êtres humains qui font fortune sur la misère humaine, les qualifiant d'«esclavagistes des temps modernes».

Le fait qu'en dépit des récentes tragédies en Méditerranée, les passeurs continuent à «expédier» des migrants «est le signe que nous sommes face à une organisation criminelle qui fait beaucoup d'argent, mais qui ruine aussi tant de vies humaines», a-t-il expliqué.

L'Italie et l'Europe ne peuvent «pas tolérer que l'on fasse commerce de la vie humaine», a-t-il encore dit.

M. Renzi a également rejeté la possibilité évoquée en Italie d'un blocus naval de la Libye, point de départ de milliers de migrants fuyant les crises au Moyen-Orient et en Afrique, jugeant que ce serait un «gigantesque cadeau» aux passeurs.

Les navires qui feraient partie de cette opération de blocus naval, dans les eaux internationales, seraient alors obligés de récupérer tous les migrants jetés à la mer par les passeurs, a-t-il expliqué.

Évoquant la possibilité que le chalutier qui a chaviré tôt dimanche ait transporté plus de 900 migrants, M. Muscat a calculé de son côté que les passeurs avaient probablement gagné avec ce «voyage de la mort entre un et cinq millions d'euros (1,3 et 6,6 millions de dollars)».

«Ce ne sont pas des dilettantes. Il ne faut pas qu'ils aillent se coucher le soir en pensant que l'Europe ne sera pas capable de prendre une décision», a déclaré M. Muscat, réclamant une action forte de l'Union européenne.

«Si l'Europe ne se rassemble pas, l'histoire la jugera très, très négativement», a-t-il encore estimé.

L'Union européenne a convoqué en urgence une réunion conjointe des ministres de l'Intérieur et des Affaires étrangères lundi après-midi après le nouveau naufrage en Méditerranée survenu dans la nuit de samedi à dimanche, qui a fait des centaines de disparus.

Réseau de passeurs démantelé

La justice italienne a arrêté lundi 24 membres d'un réseau de passeurs qui faisait transiter des immigrés d'Afrique jusqu'en Europe du Nord, via la Méditerranée et la Sicile, a-t-on appris auprès du parquet de Palerme.

Ces trafiquants avaient organisé au moins 15 voyages depuis mai 2014 et réclamaient aux candidats à l'immigration entre 1500 et 2000 $, a précisé le parquet.

Le président du Conseil Matteo Renzi a confirmé lors d'une conférence de presse que 24 membres de ce réseau avaient été arrêtés lundi matin, portant le nombre total des passeurs arrêtés par l'Italie à 1002 personnes.

Les migrants, venus principalement d'Érythrée, du Soudan et de Somalie, embarquaient près de Zuwarah en Libye à destination de la Sicile, a précisé le parquet devant la presse. Les migrants étaient cantonnés dans des hangars près du littoral avant leur départ.

Selon un volumineux rapport d'enquête du parquet de Palerme, cité par les médias italiens, des centaines de migrants étaient embarqués sur des bateaux en mauvais état, les passeurs les abandonnant en pleine mer après avoir lancé des appels au secours, comptant cyniquement sur les secours italiens pour les recueillir.

Les passeurs organisaient tout le voyage, y compris la fuite depuis les centres d'accueil italiens. Les migrants sauvés en mer sont ensuite transportés dans ces centres disséminés sur tout le territoire italien. Mais quelque deux migrants sur trois préfèrent gagner par leurs propres moyens d'autres destinations en Europe plutôt que d'attendre un hypothétique droit d'asile en Italie, selon les organisations d'aide aux migrants.

Les trafiquants arrêtés avaient recours à des systèmes de paiement sophistiqués comme les transferts d'argent via Moneygram ou Western Union.

À chaque immigré «client» était attribué un numéro, et chaque paiement était consigné dans un dossier, selon le parquet.

Le réseau, fonctionnant comme une véritable agence de voyages avec des relais en Sicile et en Lombardie, organisait le transport jusqu'à Rome et Milan, généralement en voiture ou en autocar, puis le voyage vers les destinations finales: la Norvège, la Suisse, la France, la Grande-Bretagne ou encore l'Allemagne. Les tarifs étaient plus ou moins chers, selon que le moyen de transport était le train, l'autocar ou l'automobile.

Le groupe criminel serait dirigé par l'Érythréen Medhanie Yehdego Mered et l'Éthiopien Ghermay Ermias. Les noms de ces deux trafiquants, décrits comme sans pitié, étaient apparus dans l'enquête ouverte après le naufrage du 3 octobre 2013 au large de l'île de Lampedusa qui avait fait 366 morts.

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