Procès du «comptable d'Auschwitz»: peut-être le dernier nazi devant la justice

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Engagé dans les Waffen SS en 1941, transféré dans l'administration d'Auschwitz en 1942, Oskar Gröning jure n'avoir «jamais donné une gifle» à quiconque. L'accusation ne lui reproche d'ailleurs aucune violence directe, mais le dépeint en «rouage» de l'extermination.

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Coralie FEBVRE
Agence France-Presse
BERLIN

L'ancien comptable d'Auschwitz comparaît à partir de mardi en Allemagne et pourrait être le dernier soldat du IIIe Reich à répondre des crimes du nazisme, marquant la fin d'une épopée judiciaire au bilan controversé.

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Oskar Gröning, qui aura 94 ans le 10 juin, sera jugé pour «complicité de meurtres aggravés».

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Oskar Gröning, qui aura 94 ans le 10 juin, sera jugé pour «complicité de meurtres aggravés» par le tribunal de Lunebourg (nord). On l'accuse d'avoir contribué à l'envoi dans les chambres à gaz de 300 000 Juifs hongrois déportés au printemps 1944 vers le camp d'Auschwitz, en Pologne occupée, devenu le symbole mondial de la Shoah.

«L'aspect positif, c'est la volonté de juger les criminels nazis jusqu'au dernier souffle. Mais puisqu'il est trop tard pour les décisionnaires, on étend la notion de culpabilité à un point qui ne me plaît pas.»

Serge Klarsfeld
«chasseur de nazis»

Son procès, 70 ans après la libération des camps de concentration et d'extermination, est le dernier prévu d'un ancien nazi. Une douzaine d'enquêtes préliminaires sont en cours en Allemagne, mais leurs chances d'aboutir sont compromises par l'âge des suspects.

Engagé dans les Waffen SS en 1941, transféré dans l'administration d'Auschwitz en 1942, Gröning jure n'avoir «jamais donné une gifle» à quiconque. L'accusation ne lui reproche d'ailleurs aucune violence directe, mais le dépeint en «rouage» de l'extermination.

On lui reproche d'avoir trié les devises des déportés pour les envoyer à Berlin et d'avoir assisté au moins une fois à la «sélection» séparant, à l'entrée du camp, les déportés jugés aptes au travail de ceux qui étaient immédiatement tués.

En «gardant les bagages» du précédent convoi pour les soustraire aux yeux des nouveaux arrivants, le jeune sergent a évité un mouvement de panique et sciemment favorisé une mise à mort sans heurts, affirme le parquet.

Le tournant Demjanjuk

La tenue du procès Gröning, qui durera au moins jusqu'à fin juillet et attire des médias du monde entier, du New York Times aux télévisions russes, illustre la sévérité accrue de la justice allemande à l'égard des derniers nazis.

«L'aspect positif, c'est la volonté de juger les criminels nazis jusqu'au dernier souffle. Mais puisqu'il est trop tard pour les décisionnaires, on étend la notion de culpabilité à un point qui ne me plaît pas», déplore auprès de l'AFP l'avocat et «chasseur de nazis» Serge Klarsfeld.

Le tournant remonte à 2011, avec la condamnation à cinq ans de prison pour «complicité de 27 900 meurtres aggravés» de John Demjanjuk, ancien gardien de Sobibor. Une condamnation basée sur sa seule fonction au sein du camp, sans preuve d'actes criminels précis.

Prononcé à Munich (sud), ce verdict a relancé une cinquantaine de procédures contre des gardiens qui n'avaient jamais été inquiétés. Gröning, témoin dans trois procès, a lui-même bénéficié d'un non-lieu en 1985.

Sa mise en cause tardive confirme la rupture avec la ligne des tribunaux allemands pendant des décennies, souvent jugée trop indulgente. L'écrivain et journaliste Ralph Giordano y avait même vu une «deuxième faute» historique de l'Allemagne.

Faute d'introduction dans la loi des «crimes contre l'humanité», les juges exigeaient la preuve d'une participation directe à un crime, et ne condamnaient pour «meurtre aggravé» que les accusés ayant tué de leur propre chef ou avec une cruauté particulière. Les autres étaient jugés pour «complicité».

Rendre «une voix» aux victimes

En 1966, le chef du département administratif d'Auschwitz, qui avait fourni le Zyklon B utilisé dans les chambres à gaz, avait par exemple été condamné à huit ans de prison. Un kapo, qui avait battu à mort un autre déporté, s'était vu infliger l'année suivante la perpétuité.

Si la justice avait appliqué les critères actuels, «des dizaines de milliers de citoyens allemands» auraient dû comparaître, calculait l'universitaire Cornelius Nestler lors du procès Demjanjuk. Or seules 6656 condamnations ont été prononcées depuis 1945, sur des fondements allant de la dénonciation mensongère au meurtre, avec 91 % de peines inférieures à 5 ans de prison, selon l'historien Andreas Sander.

Avec une cinquantaine de parties civiles à Lunebourg, le procès permettra aussi aux survivants et proches des victimes de la Shoah de rendre à leurs défunts «une voix», expliquait Thomas Walther, l'un de leurs avocats, à l'agence de presse allemande DPA.

«Chacun de nous tente de mesurer l'énormité du crime et nous n'y parvenons pas», soulignait Cornelius Nestler en 2011, invitant son auditoire à détailler la photo d'un groupe de femmes et d'enfants conduits aux chambres à gaz de Treblinka.

«Chaque victime a un visage et un corps, ce n'est pas seulement l'une des 100, 3000 ou même 1,5 million de personnes assassinées, chacune est un être humain», insistait M. Nestler, qui représentera les parties civiles lors du procès Gröning.

Quelque 1,1 million de personnes, dont environ un million de juifs d'Europe, ont péri entre 1940 et 1945 dans le camp d'Auschwitz-Birkenau.

Le 27 janvier, les dirigeants du monde entier ont marqué avec quelque 300 derniers survivants le 70e anniversaire de sa libération par l'Armée soviétique.

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