Vol 4U9525: le copilote a caché qu'il était en «arrêt maladie»

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Céline JANKOWIAK, Yannick PASQUET
Agence France-Presse
DÜSSELDORF et BERLIN

Le copilote de Germanwings, soupçonné d'avoir provoqué délibérément la chute de l'Airbus A320 dans les Alpes françaises, a caché qu'il faisait l'objet d'un arrêt maladie le jour de l'accident, a révélé l'enquête vendredi, alors que des troubles psychiatriques semblent l'hypothèse privilégiée.

Le procureur de Düsseldorf (ouest), Christoph Kumpa, a annoncé à la presse que des attestations d'arrêt maladie avaient été retrouvées déchirées chez Andreas Lubitz, mais pour l'heure aucune lettre d'adieu qui dévoilerait un acte prémédité à l'origine de la catastrophe qui a fait 150 morts.

Ces documents saisis viennent «appuyer la thèse» selon laquelle le jeune homme «a caché sa maladie à son employeur (la compagnie aérienne Germanwings) et à son environnement professionnel», selon le magistrat.

Les documents retrouvés attestent d'une «maladie existante et de traitements médicaux correspondants», a précisé M. Kumpa qui n'a pas révélé la nature de la maladie. Mais selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, qui ne cite pas de source, les arrêts seraient «apparemment» signés d'un «neurologue et psychiatre».

Il y a six ans, alors qu'il suivait sa formation de pilote, Andreas Lubitz avait souffert d'une grave dépression, a révélé le quotidien Bild, sur la base de documents officiels auxquels il a eu accès. Le pilote, originaire de la petite ville tranquille de Montabaur, dans l'ouest de l'Allemagne, faisait l'objet d'un suivi «médical particulier et régulier» depuis lors, selon le quotidien.

Bild souligne que ces informations avaient été transmises par la Lufthansa, maison-mère de Germanwings, à l'autorité allemande de supervision du transport aérien (Luftfahrtbundesamt, LBA).

Une clinique de Düsseldorf a en revanche démenti des informations de presse affirmant qu'elle avait soigné le copilote pour dépression. Elle a tout de même reconnu l'avoir reçu pour «des diagnostics», notamment le 10 mars dernier, sans plus de précision.

Présenté par ses proches comme sportif et «très compétent», Andreas Lubitz avait interrompu son apprentissage «pendant un certain temps» avant de l'achever normalement et d'entamer sa carrière de copilote en 2013, selon des indications fournies jeudi par le patron de la Lufthansa, Carsten Spohr.

Le dirigeant avait souligné ne pas avoir le droit d'en dire plus sur le motif de l'interruption de sa formation. Il avait insisté sur le fait que Andreas Lubitz avait passé avec succès tous les tests, y compris psychologiques, au moment du recrutement.

L'enquête sur le drame, conduite par la justice française, s'est étendue jeudi à l'Allemagne après les révélations sur un possible acte volontaire du copilote, soupçonné d'avoir précipité l'appareil au sol tout en empêchant le commandant de bord de regagner le cockpit qu'il venait de quitter pour quelques minutes.

La catastrophe a notamment tué 75 Allemands, dont quatre disposaient d'une double nationalité, et 52 Espagnols, dont 4 binationaux, selon un bilan du ministère allemand des Affaires étrangères.

Vendredi, à Montabaur, dans l'État régional de Rhénanie-Palatinat, frontalier de la France, le domicile des parents du copilote, qui y résidait lui-même une partie du temps, était sous protection policière.

50 000 euros par passager

Le maire de cette petite cité proprette a dit ressentir «de la compassion» pour les parents du copilote, ainsi que pour les victimes et leurs proches. Dans le club d'aviation voisin, un adhérent, Dieter Wagner, a souligné qu'Andreas Lubitz était «un jeune homme tout à fait normal» dont il ignorait la maladie. Il a toutefois précisé ne pas l'avoir vu «depuis cinq ou six ans».

En France, l'accueil des proches des victimes se poursuivait avec «un très gros dispositif d'accompagnement», 1300 hébergements et jusqu'à 40 interprètes «dans huit langues», selon les autorités locales. Une cérémonie religieuse aura lieu samedi à 10H30 (9H30 GMT) à Digne-les-Bains (sud), d'après la gendarmerie.

Une quarantaine de personnes ont par ailleurs poursuivi jusqu'à 18H00 leurs recherches sur la zone de l'écrasement, balayée selon la gendarmerie par «un vent très prononcé», pour tenter de retrouver la deuxième boîte noire. Les enquêteurs s'efforcent également d'identifier les corps au plus vite.

Germanwings a annoncé une première aide aux proches des victimes, allant «jusqu'à 50.000 euros par passager», pour faire face aux dépenses immédiates. Elle est indépendante des indemnités qui devraient être versées par ailleurs au titre de la responsabilité civile de la compagnie.

Les circonstances de l'accident, apparemment provoqué par un homme seul aux commandes, ont poussé depuis jeudi plusieurs compagnies à décréter la présence permanente de deux personnes dans le cockpit de leurs avions, déjà obligatoire pour les compagnies américaines.

L'Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) a préconisé vendredi l'adoption de cette règle, destinée à éviter qu'un geste suicidaire ne détruise un appareil. D'après Bild, le commandant de bord resté à l'extérieur a tenté de forcer la porte blindée du cockpit avec une hache, sans succès.

À 10h53 locales mardi, l'Airbus A320 s'est écrasé contre la montagne.

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