Turquie: la presse anti-Erdogan dans le collimateur de la justice

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Des partisans du mouvement Gülen ont manifesté devant le palais de justice d'Istanbul, le 19 décembre.

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Burak AKINCI
Agence France-Presse
ISTANBUL

La justice turque a inculpé vendredi de terrorisme le patron d'une chaîne de télévision d'opposition et trois policiers interpellés dimanche, et un mandat d'arrêt a été requis contre Fethullah Gülen, ex-allié du président Erdogan.

Cet imam de 73 ans exilé depuis 1999 aux États-Unis est accusé par le Parquet d'être à la tête d'un groupe criminel, selon l'agence officielle de presse Anatolie. M. Gülen est aussi accusé d'être à la tête d'une organisation terroriste armée, d'après une copie du document publiée par des médias turcs. Le régime du président islamoconservateur Recep Tayyip Erdogan l'accuse de chercher à miner l'État turc.

Même si elle était confirmée, une telle mesure n'aurait qu'une portée symbolique, car les États-Unis ont par le passé toujours refusé de livrer Fethullal Gülen aux autorités turques.

Conformément à son habitude, le Département d'État «ne fait pas de commentaires sur les demandes d'extradition en cours, ni ne confirme ou ne dément qu'une demande d'extradition a été faite», s'est à cet égard bornée à déclarer la porte-parole de ministère américain des Affaires étrangères, Jennifer Psaki.

La télévision d'État turque TRT avait plus tôt annoncé l'émission du mandat d'arrêt, avant de revenir sur cette information.

Le directeur de la chaîne Samanyolu, Hidayet Karaca, a quant à lui été inculpé d'«appartenance et direction d'une organisation armée», et écroué.

Il avait été interpellé dimanche dans le cadre d'une vague d'arrestations à Istanbul et dans d'autres villes, qui avait visé au total 30 personnes (journalistes, policiers, scénaristes et réalisateurs de télévision) dans les milieux présumés proches du réseau dirigé par M. Gülen.

Ekrem Dumanli, directeur de publication du journal Zaman du même groupe de presse, qui frôle le million d'exemplaires, a pour sa part été relâché.

Trois policiers également arrêtés ont été inculpés de complicité de terrorisme.

Les 26 autres personnes interpellées dimanche ont été libérées après cette vague d'arrestations controversée et qualifiée en Turquie et à l'étranger de nouveau tour de vis autoritaire du régime d'Ankara et d'atteinte à la liberté de la presse.

Accueilli à sa sortie du palais de justice par une foule nombreuse de sympathisants brandissant le drapeau turc, M. Dumanli s'en est vivement pris au pouvoir.

Un «État dans l'État»

«Ils ont humilié la Turquie aux yeux de la communauté internationale. La Turquie a été sérieusement blessée», a-t-il dit, affirmant que la procédure judiciaire, orchestrée selon lui par des autorités gouvernementales «corrompues», était digne des «films d'Hollywood».

M. Erdogan, premier ministre de 2003 à 2014 avant d'être élu à la magistrature suprême en août dernier, répète sans cesse sa détermination à neutraliser les partisans de la confrérie Gülen qu'il accuse d'avoir constitué un «État dans l'État» et d'avoir comploté dans l'ombre pour provoquer sa chute en orchestrant et manipulant des enquêtes de corruption.

«Nous allons les poursuivre jusque dans leur repaire», a-t-il lancé mercredi, accusant le mouvement Gülen, d'être une «structure parallèle utilisée par un pays du sud», à savoir Israël.

Soupçonné d'être à l'origine des enquêtes pour corruption visant personnellement M. Erdogan et son entourage politique, qui avaient provoqué une grave crise politique à l'hiver 2013-2014, le mouvement a nié toute implication

L'homme fort de la Turquie était parvenu à mettre un coup d'arrêt à cette enquête en procédant au limogeage de milliers de policiers et d'un certain nombre de juges et en faisant adopter des lois renforçant le contrôle de l'État sur l'appareil judiciaire et sur internet.

Après l'arrestation de journalistes, le chef de file du principal parti d'opposition, le CHP (Parti républicain du peuple, laïque), Kemal Kilicdaroglu, a dénoncé «un gouvernement putschiste».

Face au durcissement du régime, que de nombreux intellectuels d'opposition comparent à celui de Vladimir Poutine en Russie, les critiques de Bruxelles dénonçant les atteintes à la démocratie en Turquie ont eu peu d'effets et ont provoqué un coup de froid entre Ankara et le bloc européen auquel elle souhaite adhérer.

M. Erdogan a contre-attaqué avec une virulence particulière. «Mêlez-vous de vos affaires», a-t-il lancé à l'attention des dirigeants européens.

Dans une lettre ouverte, le groupe de presse incriminé a dénoncé jeudi une «chasse aux sorcières» et une atteinte à la liberté de la presse.

En effet, créant au long des années ses propres médias, M. Erdogan s'en est ouvertement pris à la presse indépendante en Turquie. En 2012, ce pays détenait le triste record de 76 reporters sous les verrous.

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