L'ultranationaliste serbe Seselj sème le trouble dans les Balkans

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Le Parlement croate a adopté une déclaration demandant à la justice internationale de revenir sur sa décision de libérer Vojislav Seselj.

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Jovan MATIC
Agence France-Presse
Belgrade

L'ultranationaliste serbe Vojislav Seselj, remis en liberté provisoire sans aucune restriction par le TPIY, n'a eu besoin que de deux semaines pour détériorer par ses déclarations les relations entre la Croatie et la Serbie et pour refroidir celles de Belgrade, candidat à l'adhésion à l'UE, avec Bruxelles.

M. Seselj, qui était jugé pour crimes de guerre en Croatie (1991-95) et en Bosnie (1992-95) depuis près de douze ans par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), a été autorisé à rentrer à Belgrade à la mi-novembre pour des raisons de santé, sans qu'un verdict ne soit prononcé.

Dès son retour en Serbie, l'homme, qui a été opéré d'un cancer du côlon, a renoué avec la rhétorique nationaliste, en prônant la création d'une «Grande Serbie» incluant de vastes territoires de la Croatie. D'autres sujets, tels la Bosnie ou le Kosovo, ancienne province serbe à majorité albanaise qui a proclamé son indépendance en 2008, pourraient se retrouver prochainement au menu de son verbe violent.

«Nous ne pouvons pas renoncer à la "Grande Serbie" car notre parti (ndlr: le Parti radical) perdrait alors sa raison d'être», avait déclaré dès son retour M. Seselj, 60 ans.

La Croatie - où des paramilitaires se revendiquant de la mouvance Seselj ont commis de nombreuses atrocités - a immédiatement réagi, trahissant la fragilité du processus de normalisation des relations dans l'ex-Yougoslavie après les sanglants conflits qui ont accompagné le démantèlement dans les années 1990 de l'ancienne fédération.

Le Parlement croate a adopté une déclaration demandant à la justice internationale de revenir sur sa décision de libérer M. Seselj, et le Premier ministre Zoran Milanovic a annulé une visite en Serbie.

Zagreb insiste d'autant plus que les actuels président et Premier ministre serbes, Tomislav Nikolic et Aleksandar Vucic, ont été de proches collaborateurs de Vojislav Seselj dans les années 1990.

«L'actuel pouvoir à Belgrade s'est démarqué de Seselj en 2008 lorsqu'il lui a tourné le dos», fait valoir l'analyste politique serbe Bosko Jaksic dans un éditorial. MM. Nikolic et Vucic ont créé en 2008 le Parti serbe du progrès, une formation pro-UE.

Le Parlement européen s'est joint aux débats en adoptant une résolution appelant Belgrade à sévir contre les appels publics à la haine de M. Seselj, ce qui n'a pas manqué de provoquer une réaction virulente en Serbie.

Belgrade rejette toute la responsabilité sur le TPIY 

Belgrade a martelé qu'il ne pouvait pas être tenu pour responsable des agissements de M. Seselj, qui incarne «une politique du passé», selon le ministre des Affaires étrangères Ivica Dacic.

Les analystes serbes approuvent l'attitude du pouvoir consistant à ignorer les déclarations de M. Seselj. Cela évite selon eux de faire de la publicité à l'ultranationaliste et à son parti, qui n'est pas représenté au Parlement serbe, où n'est d'ailleurs présente aucune formation d'extrême droite ou même eurosceptique.

Pour la Serbie, il faut chercher le responsable du côté du TPIY.

«Excusez-moi! Qui l'a remis en liberté (...)? Nous ou vous? Est-ce que vous nous avez demandé notre avis?», a réagi M. Vucic.

«Le TPIY a fait un cadeau empoisonné à Belgrade en libérant M. Seselj. C'est une situation qui ne convient en aucun cas au gouvernement», a noté l'analyste politique Sasa Popov.

Car M. Seselj a fait une priorité de son intention de chasser du pouvoir ses anciens proches alliés, MM. Nikolic et Vucic, qu'il a qualifiés de «renégats» et de «traîtres».

La présence de M. Seselj en Serbie est avant tout un problème pour le pouvoir et c'est le TPIY qui en est responsable, a également affirmé Natasa Kandic, figure emblématique de la lutte pour les droits de l'Homme dans la région.

«M. Seselj a fait les mêmes déclarations pendant onze ans alors qu'il était à La Haye (...) quelqu'un qui aurait dû être condamné est en liberté», a-t-elle déploré.

Face au comportement de l'ultranationaliste, le parquet du TPIY a demandé sa réincarcération, mais cette mesure, si elle venait à être décidée par les juges, comporte son lot de risques, M. Seselj ayant clairement affirmé qu'il ne retournerait pas de son gré à La Haye.

Cela forcerait Belgrade à l'arrêter, un scénario qu'affectionnerait particulièrement le maître provocateur qu'est M. Seselj.

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