Le conflit syrien s'étend-t-il à la Turquie?

Une femme kurde assiste aux funérailles de combattants... (PHOTO ARIS MESSINIS, AFP)

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Une femme kurde assiste aux funérailles de combattants des Unités de protection du peuple (YPG, branche syrienne des rebelles kurdes du PKK) qui se tenaient hier à Suruc, dans la province turque de Sanliurfa.

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La guerre en Syrie contaminera-t-elle la Turquie? C'est ce que plusieurs craignent depuis que le pays de l'OTAN a attaqué des rebelles kurdes sur son propre territoire.

Selon le journal turc Hurriyet, des F-16 et des F-4 de l'armée turque ont bombardé des positions kurdes dans le district de Daglica, près de la frontière de l'Irak, lundi. Le premier ministre turc Ahmet Davutoglu a affirmé qu'un poste des forces de sécurité turques dans la même région a été la cible de «tirs incessants» pendant trois jours avant que l'armée turque prenne les «mesures nécessaires».

Les autorités turques ont accusé hier leur vieil ennemi, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), d'avoir été à l'origine des tirs. Ce groupe armé, formé de Kurdes de Turquie, a combattu l'armée turque pendant 30 ans avant de déclarer un cessez-le-feu unilatéral en mars 2013. La confrontation de Daglica est le premier accroc à l'accalmie entre les deux anciens belligérants.

Une confrontation annoncée

Expert de la question kurde, David Romano, de l'Université du Missouri, explique que la colère des Kurdes de Turquie n'a fait que croître depuis que la ville de Kobané, contrôlée par les Kurdes syriens, est attaquée par le groupe État islamique (EI). À ce jour, l'armée turque, postée sur la frontière, refuse de leur venir en aide.

«Les Kurdes de Turquie sont furieux de voir l'armée turque imposer un blocus à la ville de Kobané. Non seulement l'armée turque ne fait rien, mais encore elle empêche des renforts de passer à la frontière. Même la nourriture et l'eau», explique le politologue, ajoutant que plusieurs Kurdes dénoncent l'appui tacite de la Turquie à l'EI.

Le gouvernement turc de son côté affirme qu'il ne s'aventurera pas dans le conflit tant que la coalition internationale qui bombarde actuellement les combattants de l'EI ne lui garantira pas une zone d'exclusion aérienne ainsi qu'un corridor humanitaire. La Turquie, qui négocie toujours sa participation à la coalition avec les États-Unis, demande aussi une solution au conflit en Syrie et souhaite le renversement du régime de Bachar al-Assad, un scénario que l'administration Obama écarte pour le moment.

Émeutes meurtrières

Avant la confrontation armée à la frontière, c'est dans la rue que la tension entre les Kurdes de Turquie et leur gouvernement a commencé à monter à la mi-septembre. Principal parti kurde de Turquie, le Parti pour la paix et la démocratie (BDP) a invité ses partisans à manifester contre l'inaction du gouvernement islamoconservateur. Les émeutes ont fait plus de 35 morts, soit trois fois plus que pendant les grandes manifestations du parc Gezi de 2013 et 2014.

Chef historique du PKK, Abdullah Öcalan, qui est actuellement emprisonné, a annoncé du fond de sa cellule la fin du cessez-le-feu cette semaine et la reprise de la guérilla si Kobané tombe aux mains de l'EI. D'autres chefs du PKK ont ajouté que les quelque 5000 combattants du PKK qui s'étaient retirés dans les montagnes de l'Irak après le cessez-le-feu se préparent à revenir combattre la Turquie.

Trop à perdre?

Malgré les menaces, certains experts croient que le PKK a peu à gagner en mettant fin au désormais fragile cessez-le-feu. «Je ne suis pas convaincu que les Kurdes de Turquie sont prêts à remettre en jeu tout ce qu'ils ont acquis en 10 ans. Les choses se sont beaucoup améliorées pour eux», note Stefan Winter, professeur d'histoire à l'Université du Québec à Montréal, joint hier à Ankara, la capitale turque. Depuis l'arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan, les Kurdes ont notamment acquis plusieurs droits linguistiques et politiques.

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