L'archevêque Desmond Tutu, artisan de la réconciliation dans l'Afrique du Sud post-apartheid, a invité lundi les Norvégiens à pardonner à l'extrémiste de droite Anders Behring Breivik, le pire criminel de l'histoire contemporaine du pays.

«C'est notre avis et (...) je pense que ce serait aussi l'avis de Dieu», a répondu Desmond Tutu alors qu'on l'interrogeait sur l'opportunité de pardonner à Breivik qui purge une peine de 21 ans de prison, susceptible d'être prolongée au-delà, pour avoir tué 77 personnes en 2011.

«Dieu ne hait personne. Nous sommes tous les enfants de Dieu. Il y en a parmi nous qui sont devenus de mauvais enfants mais nous demeurons des enfants, nous faisons encore partie de la famille», a-t-il dit lors d'une conférence de presse au Centre Nobel pour la paix d'Oslo, 30 ans après avoir reçu le prestigieux Nobel de la paix.

L'archevêque anglican aujourd'hui à la retraite a souligné que pardonner n'excluait pas de considérer les crimes de Breivik comme «la pire des choses imaginables» mais la haine et l'amertume sont «corrosives», a-t-il dit.

Le 22 juillet 2011, Breivik avait d'abord fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, tuant huit personnes, puis ouvert le feu sur un camp d'été de la Jeunesse travailliste sur l'île d'Utoeya, faisant 69 autres victimes, adolescentes pour la plupart.

Président du groupe de soutien aux familles des victimes, Trond Henry Blattmann, qui a lui-même perdu un fils sur Utoeya, a rétorqué qu'il lui était impossible de pardonner à un criminel sans remords.

«Nous avons là un tueur de masse qui ne montre ni regrets ni volonté de changer sa personnalité», a dit M. Blattmann à la radio-télévision publique NRK.

«Au contraire, il dit qu'il aurait souhaité faucher plus de vies et qu'il le referait volontiers», a-t-il ajouté.

Militant anti-apartheid devenu président de la Commission vérité et réconciliation après la chute du régime ségrégationniste, Desmond Tutu devait rencontrer Geir Lippestad, le principal avocat de Breivik, pour un débat sur le thème de la réconciliation mardi soir à Oslo.