MH17: le deuil néerlandais

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Les Pays-Bas ont décrété, hier, une journée de deuil national, alors que les premiers corps de victimes du vol MH17 arrivaient au pays.

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(PARIS) «C'est horrifiant», résume le prêtre Rodrick Vonhögen.

Les premiers jours après l'écrasement, les corps des 298 victimes du vol de Malaysia Airlines ont été exposés aux intempéries. Certains effets personnels des victimes ont même été dérobés. Et les Néerlandais en deuil sont outrés du sort réservé aux cadavres des victimes de l'écrasement d'avion survenu au-dessus de l'Ukraine il y a une semaine.

«C'est scandaleux de voir qu'on a volé sur les lieux du drame des appareils photo, des alliances parce que ça avait de la valeur, a dit en entrevue Rodrick Vonhögen, un prêtre catholique néerlandais qui prenait part hier aux cérémonies religieuses à la mémoire des victimes. Quand on entend certains leaders du mouvement prorusse [en Ukraine], on voit des personnes aveuglées par la guerre qui se fichent complètement des sentiments des familles en deuil. Ils se comportent de façon inhumaine.»

Une semaine après l'écrasement de l'avion MH17 - abattu par un missile - , les premières dépouilles des victimes (une quarantaine de corps) sont arrivées hier aux Pays-Bas. Cent quatre-vingt-treize des 298 victimes de l'écrasement du vol MH17 d'Amsterdam vers la Malaisie sont néerlandaises. Les Pays-Bas ont décrété hier un jour de deuil national, observant une minute de silence durant laquelle tout le pays s'est arrêté. «Ce n'est pas la tradition aux Pays-Bas d'avoir des journées de deuil national. La dernière fois, c'était pour le décès de la reine en 1962», dit le prêtre Rodrick Vonhögen.

Environ un millier de membres des familles des victimes ont assisté à l'arrivée des premières dépouilles en compagnie de la famille royale et du premier ministre Mark Rutte. En soirée, des cérémonies à la mémoire des victimes ont eu lieu dans les principales églises catholiques du pays et ont été retransmises à la radio et à la télévision catholiques.

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Des fleurs et des messages antirusses ont été déposés devant l'ambassade néerlandaise à Kiev, le 19 juillet.

PHOTO VALENTYN OGIRENKO, ARCHIVES REUTERS

Deuil collectif

Les Néerlandais n'ont pas attendu le retour des premiers corps pour pleurer les victimes et commencer leur deuil collectif. Lundi soir, des citoyens ont organisé une marche à la mémoire des victimes à Amsterdam. Dimanche, le prêtre Rodrick Vonhögen et ses paroissiens avaient prié pour les victimes durant la messe. «Les gens avaient besoin d'un rituel pour mettre ensemble notre détresse collective, dit-il. Ça fait vraiment du bien aux paroissiens, certains sont venus à l'église expressément pour ça. Nous avons allumé trois cierges: un pour les morts, un pour les familles des victimes et un pour la paix dans le monde. Car c'est la guerre qui a causé ça.»

Prêtre à Amersfoort, Rodrick Vonhögen est venu prêter main-forte à son collègue de la ville voisine d'Hilversum, qui compte 18 personnes parmi les victimes. «Presque tout le monde connaît une personne décédée dans cette tragédie», dit-il.

Quelque 298 cierges ont été allumés en hommage aux... (PHOTO PAUL VREEKER, REUTERS) - image 3.0

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Quelque 298 cierges ont été allumés en hommage aux 298 victimes du vol MH17 à la cathédrale Saint Bavo à Haarlem, aux Pays-Bas, le 20 juillet. 

PHOTO PAUL VREEKER, REUTERS

Le deuil est d'autant plus difficile à vivre que certaines questions sur cette tragédie restent sans réponse définitive pour l'instant. Une enquête internationale est en cours sur la cause de l'écrasement. Les États-Unis font valoir que l'avion a probablement été abattu par un missile en provenance de la zone contrôlée par les rebelles prorusses, qui seraient notamment fournis en armes par la Russie. Moscou dément toute responsabilité et jette plutôt le blâme sur l'Ukraine, qui a relancé à la fin juin les hostilités dans la région où s'est écrasé l'avion de Malaysia Airlines.

Durant la dernière semaine, le premier ministre Mark Rutte a évité d'assigner des blâmes pour cette tragédie, préférant se concentrer sur le rapatriement des corps des victimes. «Il y a beaucoup de gens qui sont fâchés qu'on n'ait pas réagi plus fort, dit le prêtre Rodrick Vonhögen. Certaines personnes disent que c'est à cause de l'économie [la Russie est le plus grand partenaire économique des Pays-Bas en Europe, notamment à cause du gaz et des services financiers]. Pour l'instant, c'est difficile de juger le travail du gouvernement, car on ne connaît pas les progrès diplomatiques qui ont été nécessaires pour rapatrier les corps. Chose certaine, le ministre néerlandais des Affaires étrangères a fait un discours très fort et très émouvant lors de la séance du Conseil de sécurité de l'ONU. Beaucoup de gens ont été touchés par ce discours.»

Selon le prêtre Rodrick Vonhögen, la tragédie du vol MH17 montre «tout ce que la guerre cause comme détresse. Quand on entend parler de guerre en Terre sainte, au Moyen-Orient, en Afrique, on a toujours l'idée que c'est loin de nous. Voir autant de victimes innocentes près de nous, ça montre combien il est important de tout faire pour la paix».




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