Première femme à la tête de Paris: Hidalgo, l'ambitieuse

La ville de Paris a pris position à... (PHOTO JOËL SAGET, AFP)

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La ville de Paris a pris position à gauche. La première femme maire de la capitale, la socialiste Anne Hidalgo, pourra notamment compter sur l'appui stratégique de Christophe Najdovski (à gauche sur la photo), chef de file parisien d'Europe Écologie Les Verts, et de Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement et membre du PS (à droite en arrière-plan), pour mener à terme ses idées.

PHOTO JOËL SAGET, AFP

(PARIS) Pour la première fois de son histoire, Paris a une femme maire, Anne Hidalgo. Dimanche, elle a été élue par une confortable majorité, devançant sa redoutable adversaire Nathalie Kosciusko-Morizet. Qui est Anne Hidalgo? Portrait d'une femme qui n'avait qu'une idée en tête depuis six ans: devenir maire de Paris.

Un dimanche matin d'hiver. Anne Hidalgo se promène dans un marché, un foulard rose autour du cou, la couleur de sa campagne électorale.

La foule est compacte, la rue étroite. Elle se promène d'étal en étal entre le camembert, les saucissons et la tête de veau. Le temps est frisquet, une brise légère rougit les mains des commerçants, qui la saluent poliment.

À un mois des élections, Anne Hidalgo ne compte pas ses heures: activités électorales et porte-à-porte le jour, réunions politiques le soir, visites des marchés le week-end. Dans les sondages, elle devance légèrement sa rivale, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM).

Paris vote à gauche depuis 2001. Hidalgo est à gauche (socialiste) et NKM, à droite (UMP).

Anne Hidalgo serre des mains, embrasse, sourit. Une dame s'approche et lui parle en espagnol. Hidalgo lui répond en espagnol. «J'ai deux langues maternelles, espagnole et française, explique-t-elle après avoir tenu les mains de la dame entre les siennes. À la maison, je parlais en espagnol avec mes parents.»

Hidalgo fend la foule avec aisance. Entre deux poignées de main, elle écoute les doléances des électeurs. «Qu'est-ce que vous allez faire pour moi?», lui demande un homme dans la cinquantaine.

Il ne lâche pas Anne Hidalgo, qui l'expédie habilement entre les mains d'un de ses adjoints, qui note son nom et son numéro de téléphone. «On s'occupe de vous», lui promet l'adjoint.

La visite du marché est organisée au quart de tour, rien n'est laissé au hasard. Anne Hidalgo se déplace en troupeau. Au moins une quinzaine de personnes l'accompagnent: des adjoints, son attaché de presse, des bénévoles qui distribuent des dépliants et un photographe qui papillonne autour d'elle.

Anne Hidalgo sait où elle met les pieds. Elle n'a qu'un but, une idée fixe: devenir maire de Paris.

«Elle se prépare depuis 2008, explique son mari, le député socialiste Jean-Marc Germain. On lui a proposé d'être ministre, mais elle a refusé parce qu'elle voulait se consacrer entièrement à la mairie. Elle a créé une association, Paris qui ose, il y a deux ans. Elle se prépare minutieusement. Elle sait ce qu'elle veut, elle est très déterminée.»

Elle est l'adjointe du maire de Paris, Bertrand Delanoë, depuis 13 ans. Elle connaît les rouages de la ville par coeur. Pendant six ans, elle a été responsable de l'urbanisme. C'est Delanoë qui l'a convaincue de prendre la relève et de se jeter dans la course à la mairie.

NKM l'a appelée l'héritière, laissant entendre qu'elle n'avait aucun mérite, puisque Paris lui a été offert sur un plateau d'argent par Delanoë.

Son entourage s'est insurgé. Anne Hidalgo, elle, était agacée. «Héritière? C'est ridicule, c'est du mépris social, proteste son directeur de campagne, Jean-Louis Missika. Hidalgo est un pur produit de la méritocratie. C'est une enfant d'immigrés espagnols qui a été élevée dans un HLM à Lyon. Ses camarades de classe se moquaient de l'accent de ses parents. Elle l'a vécu, le mépris social. C'est NKM, l'héritière, elle vient d'une grande famille bourgeoise.»

Son équipe peaufine son image de fille du peuple qui prend le métro. C'est vrai qu'elle vient du peuple, et elle ne se gêne pas pour le rappeler.

La fille du peuple

Anne Hidalgo a appris à se battre jeune. «Elle a vécu une enfance pauvre en banlieue de Lyon, rappelle la journaliste Christine Clerc, qui a écrit un livre sur les femmes au pouvoir. Pour ne pas se faire embêter par les petits caïds du quartier, elle se faisait passer pour une boiteuse. Elle démontrait déjà une maîtrise de soi et une capacité de dissimulation.»

Elle vient d'une famille républicaine qui a combattu Franco. En 1939, son grand-père a été emprisonné et condamné à mort, mais les franquistes ne l'ont jamais exécuté. Il a passé quatre ans en prison. Sa femme - la grand-mère d'Anne - est morte en 1939, au tout début de son emprisonnement. Le père d'Anne s'est retrouvé sans parents. À 10 ans, il a été placé dans un orphelinat qui «redressait les fils de rouges».

«Anne a été très marquée par l'histoire dramatique de son père, dit son mari. Il a quitté l'Espagne dans les années 60 pour trouver du travail. Il s'est installé à Lyon et il est devenu électricien. Sa femme était couturière. Anne est très attachée à la république.»

Anne Hidalgo avait 2 ans lorsqu'elle a quitté l'Espagne pour Lyon. Elle a obtenu la nationalité française à 14 ans. Elle parle sans accent. Elle est un parfait modèle d'intégration.

Une dame de fer

Pendant que sa rivale, NKM, affiche un style flamboyant et multiplie les coups de gueule, Hidalgo parle de ses enfants, entretenant soigneusement l'image de la mère de famille qui n'a pas de voiture et qui se promène en métro. Encore et toujours la fille du peuple.

À la fin des années 90, elle travaille pour la ministre de l'Emploi, Martine Aubry, une grande amie. Elle est divorcée et mère de deux enfants. Elle tombe amoureuse du directeur de cabinet d'Aubry, Jean-Marc Germain, qui a six ans de moins qu'elle. C'est Bertrand Delanoë qui les marie en 2004. Ils ont un enfant, un troisième pour Anne Hidalgo.

«Je mène la vie d'une femme qui a des enfants et qui galère parce qu'elle doit trouver une place en crèche et aller au boulot», dit Hidalgo.

Mais sous cette apparence anodine de mère de famille se cache une battante, une dame de fer.

«Elle n'a jamais d'états d'âme, affirme son mari. Elle n'est jamais en train de se demander: «Est-ce que je suis faite pour ça?» Elle n'a pas de doute, elle ne se lamente pas et elle ne se laisse pas déstabiliser.»

Pas d'états d'âme, sauf pour son apparence. Son affiche de campagne a été retouchée. Ses rides de femme de 51 ans ont été escamotées. Les réseaux sociaux se sont moqués de ce soudain rajeunissement.

Hidalgo est rancunière. Elle s'est chicanée avec sa grande amie Martine Aubry, aujourd'hui maire de Lille. Leur chicane tournait autour du parachutage d'une candidate des Verts à Paris pendant les élections législatives de 2012, parachutage piloté par Martine Aubry. Anne Hidalgo était contre. Les deux femmes se sont mutuellement accusées d'être des menteuses.

Aujourd'hui, Hidalgo lui bat froid, pas question de passer l'éponge. «Quand elle se sent trahie, elle ne pardonne pas, constate Jean-Louis Missika. Elle est très fâchée.»

Son mari est pris entre deux feux. «Je suis encore proche de Martine Aubry, dit-il. Avec Anne, je ne reviens jamais là-dessus. Elle ne regarde pas en arrière.»

Rancunière, déterminée, organisée et bûcheuse. Anne Hidalgo n'est pas une oratrice-née. Elle le sait, son mari aussi. Son débit est monotone et ses phrases tournent en boucle. Elle a embauché une comédienne pour placer sa voix et donner du mordant à ses discours.

Ses journées sont longues, de 6h15 à 23h. «On s'était promis d'aller à la piscine au moins une fois par semaine, mais on n'y arrive pas», avoue son mari.

Tous les matins, ils quittent la maison à 7h20. Ensemble, ils vont reconduire leur fils de 12 ans à l'école.

Anne Hidalgo plonge ensuite dans la campagne électorale avec une seule idée en tête: le pouvoir. Elle y travaille depuis six ans, les yeux fixés sur le fauteuil du maire. À peine 100 mètres séparent son bureau de celui de Delanoë. Aujourd'hui, elle n'aura plus à les franchir, elle est enfin maire de Paris.




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