Turquie: les policiers accusés d'avoir tué un manifestant nient en bloc

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Malgré l'interdiction formelle imposée par le gouverneur local, des centaines de personnes ont défilé dans les rues de la ville en criant des slogans hostiles au gouvernement turc. «L'État assassin va rendre des comptes! Nous sommes tous unis pour Ali», ont scandé les manifestants, réunis à l'appel de plusieurs partis et associations de gauche.

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Burak AKINCI
Agence France-Presse
KAYSERI, Turquie

Quatre policiers turcs jugés pour avoir tué un jeune manifestant pendant la fronde antigouvernementale de juin 2013 en Turquie ont nié lundi les accusations qui pèsent contre eux, au premier jour d'un procès sous haute tension à Kayseri (centre).

Dans un tribunal transformé en camp retranché, les quatre accusés se sont succédé à la barre pour démentir, face à sa famille, avoir frappé à mort la victime.

«J'avais ma matraque, mais je n'avais pas de bâton comme l'affirme l'accusation (...) je n'ai procédé à aucune interpellation et je n'ai frappé personne (...) je n'étais pas là-bas au moment des faits», a assuré au juge le chef des policiers incriminés, Savan Gekvunar.

Deux de ses collègues ont adopté la même ligne de défense, malgré les images des caméras de surveillance versées au dossier. «Je n'étais pas là, je n'ai aucune information sur ce qui s'est passé, je ne sais même pas de quoi vous parlez», a dit l'un d'eux, Huseyin Engin.

Seul le quatrième policier, Mevlut Saldogan, a concédé avoir «donné un petit coup de pied» à la victime lorsqu'elle était à terre.

Dès le début de l'audience, la mère de la victime, Emel Korkmaz, avait défié les huit accusés qui comparaissent devant la cour criminelle. «Comment avez-vous pu tuer mon Ali? Vous n'avez pas honte?», leur a-t-elle lancé en larmes, «j'ai envoyé Ali faire des études à Eskisehir et on me l'a ramené dans un cercueil».

Quelque 2000 policiers ont été déployés autour du palais de justice pour assurer la sécurité des débats dans cette affaire, emblématique de la violente répression ordonnée par le premier ministre Recep Tayyip Erdogan contre les centaines de milliers de manifestants qui ont défié son pouvoir il y a sept mois.

Malgré l'interdiction formelle imposée par le gouverneur local, des centaines de personnes ont défilé dans les rues de la ville en criant des slogans hostiles au gouvernement turc. «L'État assassin va rendre des comptes! Nous sommes tous unis pour Ali», ont scandé les manifestants, réunis à l'appel de plusieurs partis et associations de gauche.

Le 2 juin 2013, Ali Ismail Korkmaz, 19 ans, a été roué de coups par un groupe de plusieurs individus alors qu'il tentait d'échapper à une charge de la police lors d'une manifestation anti-Erdogan à Eskisehir, une grande ville étudiante de l'ouest de la Turquie.

Procès «politique»

Victime d'une hémorragie cérébrale, le jeune étudiant a succombé à ses blessures le 10 juillet après 38 jours de coma.

Le procureur a requis lundi des peines allant de huit ans d'emprisonnement à la réclusion à perpétuité contre les accusés, poursuivis pour «meurtre avec préméditation».

Les débats ont débuté dans un climat électrique. Dès leurs premières déclarations, les avocats de la famille de la victime leur ont donné un tour très politique.

«Cet événement ne peut pas être séparé des manifestations de Gezi. Le pouvoir a eu peur de perdre sa légitimité constitutionnelle et a ordonné une répression massive du mouvement par les forces de l'ordre», a souligné l'un d'eux, Ayhan Erdogan.

Les proches d'autres victimes des manifestations de juin ont tenté, en vain, de se constituer partie civile, mais en ont profité pour mettre en cause M. Erdogan. «Le premier ministre a ordonné personnellement cette répression brutale (...) la police a délibérément massacré nos enfants pour rien», a lancé à la barre le frère de l'une d'elles, Mustafa Sarisuluk.

L'affaire Korkmaz est l'une des rares procédures judiciaires ouvertes contre les forces de l'ordre turques après la fronde de juin 2013.

Selon l'association des médecins de Turquie, la fronde partie de la place Taksim d'Istanbul, avant de se propager à tout le pays, a fait au total six morts et plus de 8000 blessés. Plusieurs milliers de personnes ont été interpellées.

Le premier grand procès de manifestants, que M. Erdogan avait qualifiés de «vandales», doit s'ouvrir au printemps à Istanbul avec 255 accusés.

L'image du chef du gouvernement a été sérieusement écornée par la répression de ce mouvement, qui dénonçait sa dérive autoritaire et sa volonté d'«islamiser» la société turque. Amnistie internationale a dénoncé des violations «à très grande échelle» des droits de la personne.

M. Erdogan, qui règne sans partage sur la Turquie depuis 2002, est à nouveau sérieusement malmené, cette fois par un scandale politico-financier sans précédent qui vise des dizaines de ses proches dans plusieurs enquêtes de corruption.




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