Regain de polémique sur le voile en France

Une musulmane dans les rues de Marseille, en... (Photo: archives AFP)

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Une musulmane dans les rues de Marseille, en France.

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Charlotte PLANTIVE
Agence France-Presse
AUBERVILLIERS

Certaines le portent depuis l'enfance, d'autres l'ont adopté récemment. Elles le choisissent noir intégral ou fleuri. Quel que soit leur parcours, les musulmanes voilées ne comprennent pas le rejet que leur foulard suscite dans la société française.

«Les débats autour du voile, ça me heurte», confie une Française voilée de 37 ans, interrogée par l'AFP à Aubervilliers, en banlieue parisienne, alors que la polémique renaît en France après l'annulation par la Cour de cassation du licenciement d'une employée voilée par une crèche privée.

«En quoi ça gêne les gens? Ce n'est ni une revendication, ni une provocation», poursuit cette femme élégante, un châle beige négligemment posé sur ses cheveux.

L'arrêt de la Cour de cassation, annoncé mardi, a suscité une volée de critiques parmi les défenseurs d'une stricte laïcité, notamment le ministre de l'Intérieur Manuel Valls qui a «regretté» cette décision.

Et une pétition a été lancée par plusieurs personnalités, intellectuelles ou politiques, appelant à une modification de la loi de 1905 sur la laïcité qui, selon la plus haute juridiction française, ne concerne que les services de l'État et non les entreprises privées.

Une distinction sur laquelle la Cour s'est appuyée pour annuler le licenciement de l'employée d'une crèche privée, dans un quartier défavorisé près de Paris, au motif qu'elle refusait d'ôter son voile islamique.

Or, selon un sondage Ifop, 84% de Français sont opposés au port du voile pour les femmes travaillant dans des lieux privés accueillant du public (commerces, supermarchés, cabinets médicaux, crèches, écoles privées).

«Une fois, une femme m'a dit "vous et moi, on n'est pas pareilles", j'étais choquée», explique une jeune algérienne de 21 ans, qui a choisi il y a un an de couvrir tout son corps d'un grand voile noir.

«Je porte le jilbab, parce que la religion est très importante pour moi», explique-t-elle, en glissant d'un sourire: «si je fais ça, c'est pour avoir le paradis.»

Sa famille s'est opposée à cette décision, par peur qu'elle peine à trouver un travail. À juste titre: après un court contrat dans un centre de loisirs de Pantin, elle n'a pas été reconduite, car des parents se sont plaints à la mairie, dit-elle. «Pourtant, je mettais juste un bandeau et des faux cheveux à l'école.»

«Choisir entre mon employeur et Dieu»

Depuis, cette titulaire d'un diplôme Petite Enfance travaille dans une boulangerie, dont le patron est musulman. Réjouie par la décision de la Cour de cassation, elle espère retrouver un emploi avec des enfants. «Vous savez, ils s'en fichent du voile et ne posent aucune question...»

Comme elle, et un certain nombre de jeunes filles de sa génération, Fatiha, une Française d'origine tunisienne de 21 ans, a choisi récemment de se couvrir les cheveux après avoir lu et suivi des conférences à la télévision et sur internet.

Employée dans une sandwicherie, qui appartient à un musulman, elle se dit «indifférente» aux polémiques sur le voile. Mais s'il lui fallait renoncer à son foulard pour un emploi, son refus serait net: «c'est comme si on me demandait de choisir entre mon employeur et Dieu.»

À quelques pas de sa boutique, une Marocaine de 23 ans, arrivée en France en 2012, ne peut pas se permettre ces états d'âme. «Je vis seule, il faut bien travailler». Son voile, qu'elle a toujours porté au pays, a donc disparu quand elle a trouvé un poste de secrétaire.

Elle n'a même pas demandé si elle pouvait le garder, persuadée qu'en France «les personnes avec le foulard ne peuvent pas travailler. Je ne sais pas pourquoi...»

Pourtant, explique Lionel Honoré, Professeur des universités à Sciences Po, «l'entreprise privée n'est pas concernée par l'application du principe de laïcité comme l'est le secteur public, car elle est justement un espace privé».

«Rien, écrit-il dans une tribune publiée par Libération, n'interdit à un salarié de porter un signe religieux, que ce soit une croix, une kippa, un foulard ou même de prier».

«Le fait religieux (...) renvoie à la foi et aux convictions de la personne sur ce qu'elle est et ce qu'est son rapport au monde», poursuit-il. «Il est constitutif de la personne telle qu'elle se pense et en cela il est à mettre sur le même plan que des préférences sexuelles ou une couleur de peau».

L'islam est aujourd'hui la deuxième religion de France avec 3,5 millions de croyants et 800 000 pratiquants.




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