Turquie: Öcalan appelle le PKK à déposer les armes

Partager

Sur le même thème

Nicolas CHEVIRON
Agence France-Presse
Diyarbakir, Turquie

Le chef rebelle emprisonné Abdullah Öcalan a ravivé jeudi l'espoir d'une issue au conflit kurde, qui déchire la Turquie depuis vingt-neuf ans, en demandant aux combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) de déposer les armes et de se retirer du pays, un geste prudemment salué par Ankara.

«Nous sommes arrivés à une phase dans laquelle les armes doivent se taire (...) les éléments armés doivent se retirer en dehors des frontières de la Turquie», a lancé M. Öcalan dans un message lu à Diyarbakir (sud-est) par un élu kurde devant une foule de plusieurs centaines de milliers de personnes.

«Je le dis devant les millions de personnes qui écoutent mon appel, une nouvelle ère se lève où la politique doit prévaloir, pas les armes», a-t-il ajouté à l'occasion des célébrations du Nouvel An kurde (Newroz).

Très attendu, son appel au cessez-le-feu a été accueilli favorablement par le gouvernement turc comme un geste «positif».

«S'il n'y a plus d'actions armées (du PKK), nos troupes n'entreprendront plus d'opérations militaires», a réagi devant la presse le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan lors d'une visite aux Pays-Bas. Il a espéré que le cessez-le-feu «aura un effet le plus vite possible».

Interrogé depuis son quartier général du nord de l'Irak, le commandant militaire du PKK Murat Karayilan a promis que son mouvement respecterait l'appel de son fondateur. «Tout le monde doit savoir que le PKK est aussi bien prêt à la paix qu'à la guerre», a-t-il assuré, cité par l'agence de presse pro-kurde Firat News.

Dans son message, le fondateur du PKK n'a pas précisé de calendrier pour le retrait de ses combattants, dont le nombre est estimé à 5000, éparpillés entre le sud-est de la Turquie et les bases arrières du mouvement dans le nord de l'Irak.

A quatre reprises déjà depuis le début de sa rébellion en 1984, Abdullah Öcalan a proclamé des cessez-le-feu unilatéraux. Aucun n'a jusque-là débouché sur une solution à ce conflit qui a fait plus de 45 000 morts.

Dans son message, M. Öcalan, âgé de 63 ans, a justifié sa conversion à la paix en expliquant que «la période de la résistance armée a ouvert une porte à un processus de politique démocratique». «Les sacrifices n'ont pas été fait en vain», a-t-il assuré, «ce n'est pas la fin du combat, c'est le début d'un nouveau combat».

Sa déclaration a été acclamée par la foule rassemblée depuis des heures pour l'écouter sur une immense esplanade de Diyarbakir. Les 12 à 15 millions de Kurdes du pays considèrent cette métropole du sud-est de la Turquie comme leur capitale.

Obstacles

Très attendu cet appel lancé par le chef rebelle concrétise plusieurs mois d'intenses discussions entamées fin 2012, au terme d'une année de combats particulièrement meurtriers et d'une grève de la faim de détenus kurdes.

Les gestes de bonne volonté des deux parties se sont enchaînés depuis. Le premier ministre Erdogan, qui s'est dit prêt à «avaler du poison» pour faire la paix, a fait lever les mesures d'isolement frappant Öcalan, qui purge depuis 1999 une peine de réclusion à perpétuité sur l'île-prison d'Imrali (nord-ouest).

Son gouvernement a aussi déposé au Parlement un «paquet» législatif pour permettre la libération de centaines de Kurdes incarcérés pour leurs liens avec le PKK.

En retour, le mouvement rebelle, considéré comme une organisation terroriste en Turquie et dans de nombreux pays occidentaux, a libéré la semaine dernière huit prisonniers turcs détenus en Irak depuis deux ans.

Mais les obstacles sur le chemin de la paix restent nombreux, à commencer par le sort réservé à Öcalan. Ankara a écarté toute idée d'amnistie générale mais les Kurdes insistent pour sa remise en liberté ou, à défaut, son assignation à résidence.

En outre, une majorité de Turcs répugne à toute négociation directe avec le chef kurde, souvent considéré comme un «terroriste» ou un «tueur d'enfants».

La déclaration du chef rebelle a suscité la colère des députés du parti ultranationaliste MHP, qui ont accroché à leurs pupitres des cartes de la Turquie frappées du drapeau turc. «Là-bas (à Diyarbakir), on a défié le peuple turc et son État. Nous avons hissé à l'Assemblée le drapeau de la révolte», a lancé l'un d'eux, Mehmet Sandir.

Et des élus du MHP ont étalé dans l'hémicycle des photos de militaires tombés lors des combats avec les rebelles kurdes.

L'opposition soupçonne M. Erdogan de vouloir accorder de nouveaux droits aux Kurdes en échange du soutien de leurs députés à une réécriture de la Constitution pour renforcer les pouvoirs du président. Contraint de quitter son poste en 2015, Erdogan souhaite briguer la magistrature suprême en 2014.

Des affrontements ont, par ailleurs, opposé jeudi matin des jeunes manifestants kurdes aux forces de l'ordre dans à Sirnak, près de la frontière irakienne, signe que l'appel du chef du PKK ne fait pas l'unanimité dans ses propres rangs.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer