Trump, «gaslighter» en chef

L'administration Trump réserve aux États-Unis et au monde... (Photo Joshua Roberts, Reuters)

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L'administration Trump réserve aux États-Unis et au monde quantité de surprises. Mais il semble déjà évident qu'elle participera à un effort systématique pour manipuler la réalité, nier les vérités qui dérangent le président, y compris les plus insignifiantes, et attaquer ceux qui tentent de les révéler.

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Des photos montrent Melania Trump tenant un parapluie et d'autres dignitaires se couvrant de ponchos anti-pluie pendant le discours d'investiture du 45e président des États-Unis. Mais ces photos mentent, à en croire le nouveau locataire de la Maison-Blanche.

« Dieu a regardé d'en haut et il a dit : "Nous n'allons pas faire tomber la pluie pendant ton discours"... et il s'est mis à pleuvoir dès mon départ », a-t-il déclaré samedi lors d'un discours au siège de la CIA, décrivant un enchaînement météorologique qu'il est le seul à avoir observé à Washington vendredi.

D'autres images permettent de constater que la cérémonie d'investiture de Donald Trump a attiré une foule beaucoup plus modeste que celle de Barack Obama en 2009. Mais ces images trahissent la vérité, selon Trump.

« Je me réveille ce matin et je regarde la télévision et ils montrent des pelouses vides et parlent de 250 000 personnes. J'ai dit, attendez une minute, j'ai fait un discours, j'ai levé les yeux et, honnêtement, j'ai vu un million, un million et demi de personnes », a-t-il dit lors de son allocution devant des employés de la CIA.

Quelques heures plus tard, le nouveau porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, est allé plus loin en affirmant que son patron avait attiré la foule la plus énorme à n'avoir jamais assisté à l'investiture d'un président américain, « point barre ».

UNE EXPRESSION CONSACRÉE

Sur les réseaux sociaux, et en particulier sur Twitter, une expression s'est propagée pour décrire les propos de Trump et de Spicer : « gaslighting ». Apparu pendant la campagne présidentielle, ce mot mérite désormais une place dans le lexique politique américain et une traduction française adéquate.

Le terme a pour origine une pièce de théâtre de 1930 dont la version hollywoodienne (Gaslight, littéralement « bec de gaz ») met en scène un mari manipulateur qui tente de détruire la santé mentale de sa femme jouée par Ingrid Bergman. Le terme « gaslighting » désigne donc les manoeuvres psychologiques qui visent à créer chez ses victimes des sentiments d'anxiété et de confusion tels que celles-ci se mettent à douter de leur propre mémoire, de leur propre perception et de leur propre jugement.

De là à dire que Donald Trump sera à la Maison-Blanche le « gaslighter en chef », il y a un pas que la chroniqueuse du Miami Herald Frida Ghitis a déjà franchi.

« Les techniques incluent de dire et de faire des choses et de les nier par la suite, d'attribuer à d'autres les malentendus, de réduire leurs préoccupations à de la sensiblerie, de prétendre que des déclarations outrancières étaient des blagues ou des malentendus, et d'autres formes de manipulation de la vérité », a-t-elle écrite.

Donald Trump a donné un autre exemple frappant d'une des techniques décrites par Ghitis lors de son allocution au siège de la CIA.

« [Les médias] ont fait croire que je suis à couteaux tirés avec la communauté du renseignement. C'est exactement le contraire. Personne n'a plus de respect que Donald Trump pour le renseignement », a déclaré le président, donnant l'impression d'avoir oublié notamment ses déclarations accusant les renseignements américains d'agir comme « l'Allemagne nazie ».

« LES PIRES INSTINCTS »

Sean Spicer a démontré que le porte-parole présidentiel n'hésitera pas à employer les mêmes techniques. Mais, en matière de « gaslighting », il aura sans doute du mal à rivaliser avec Kellyanne Conway, conseillère de Trump. Un exemple : au lendemain du discours de Meryl Streep à la soirée des Golden Globes, Conway a exprimé la crainte que l'actrice n'éveille « les pires instincts des gens ».

Streep, rappelons-le, avait dénoncé l'intimidation et la violence reflétées par les propos et le comportement d'un candidat présidentiel qu'elle n'a jamais nommé.

L'administration Trump réserve aux États-Unis et au monde quantité de surprises. Mais il semble déjà évident qu'elle participera à un effort systématique pour manipuler la réalité, nier les vérités qui dérangent le président, y compris les plus insignifiantes, et attaquer ceux qui tentent de les révéler.

Sean Spicer n'a pas manqué d'annoncer ses couleurs à cet égard samedi. « Nous allons demander à la presse de rendre des comptes », a-t-il déclaré après avoir évoqué la foule historique ayant assisté, selon lui, à l'investiture de Trump.

D'un certain point de vue, le « gaslighting » pourrait s'avérer utile à la Maison-Blanche en cas de révélations médiatiques sur les conflits d'intérêts du président, sur les liens de son entourage avec la Russie ou sur toute autre affaire embarrassante.

Il est entendu qu'une partie du public américain restera imperméable aux techniques de manipulation qui seront déployées par le président et les membres de son entourage. La question est de savoir si Donald Trump perdra un jour son emprise psychologique sur l'autre partie.




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