Le déni du camp Clinton

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Hillary Clinton n'a pas vraiment admis la moindre erreur, pas plus que ne l'ont fait les autres membres de son équipe depuis l'élection du 8 novembre.

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) L'occasion se prêtait à une première autocritique de la part des perdants de l'élection présidentielle américaine. Le 1er décembre, l'Université Harvard tenait la deuxième et dernière journée d'un colloque postélectoral réunissant les stratèges des deux principaux candidats. Mais l'activité a vite pris les allures d'une émission de Jerry Springer.

«Oseriez-vous me le dire en face que j'ai mené une campagne ayant servi de tribune aux suprémacistes blancs?», a déclaré Kellyanne Conway, directrice de campagne de Donald Trump, en s'adressant à Jennifer Palmieri, responsable des communications au sein de l'équipe de Clinton.

«C'est un fait», a répondu la démocrate, avant de lâcher sur son adversaire une remarque illustrant l'amertume des stratèges de Clinton et leur refus de parler de leurs propres erreurs : «J'aime mieux perdre que de gagner comme vous l'avez fait!»

Près de trois semaines se sont écoulées depuis le rendez-vous de Harvard. Aujourd'hui, le camp Clinton devrait recevoir une autre confirmation de sa défaite cinglante du 8 novembre. Les 538 grands électeurs se réuniront dans la capitale de leur État respectif pour remplir le rôle que leur assigne la Constitution américaine. À moins d'une surprise inimaginable, ils éliront à la présidence le magnat de l'immobilier, qui a gagné le vote populaire dans 30 États comptant un total de 306 grands électeurs.

Une surprise inimaginable, sauf pour certains démocrates, qui s'accrochent à l'espoir d'une défection de plusieurs grands électeurs républicains. La semaine dernière, John Podesta, président de la campagne de Clinton, a alimenté cet espoir. Il s'est joint à l'appel de grands électeurs de son parti qui ont demandé à James Clapper, directeur du renseignement national, d'organiser pour eux un breffage sur les cyberattaques russes pendant la campagne présidentielle.

«Notre équipe a dénoncé l'interférence des Russes dans notre campagne, ainsi que leur objectif apparent de nuire à notre campagne afin d'aider Donald Trump», affirme M. Podesta.

Le breffage réclamé n'a pas eu lieu. Mais Podesta aura légitimé l'idée que les grands électeurs, démocrates et républicains, devraient tenir compte du rôle de la Russie dans l'élection de Trump. Interviewé hier à NBC, il a refusé de dire que l'élection présidentielle avait été «juste et équitable».

Après un reportage du New York Times publié la semaine dernière, Podesta a également dénoncé le FBI, qui aurait mis plusieurs mois avant d'informer les dirigeants du Comité national du Parti démocrate des cyberattaques dont ils avaient été la cible.

«La comparaison entre la réponse massive du FBI au scandale exagéré des courriels [de Clinton] et la réponse apparemment nonchalante au complot russe très réel visant à subvertir une élection nationale démontre qu'il y a quelque chose de profondément brisé au FBI», a écrit Podesta dans une tribune publiée par le Washington Post.

Le même jour, Hillary Clinton s'est elle-même longuement étendue sur le sujet des cyberattaques russes lors d'une rencontre à New York avec les principaux donateurs de sa campagne. Elle a affirmé que ces piratages avaient été l'un des deux événements «sans précédent» qui ont mené à sa défaite. L'autre est la lettre publiée par le directeur du FBI, James Comey, ramenant à l'avant-scène l'affaire de ses courriels à 11 jours du scrutin présidentiel.

Aucun tort avoué

Mais Clinton n'a pas vraiment admis la moindre erreur, pas plus que ne l'ont fait les autres membres de son équipe depuis le 8 novembre. Elle aurait pu avouer que la Fondation Clinton avait alimenté contre elle de tenaces soupçons de conflits d'intérêts qui l'avaient empêchée de dénoncer ceux encore plus nombreux et nébuleux qui ne manqueront pas de hanter la présidence de Trump.

Elle aurait pu reconnaître qu'elle avait commis une erreur majeure en qualifiant d'«irrécupérable» une partie de l'électorat de Trump. Elle faisait bien sûr référence aux racistes, xénophobes, homophobes, islamophobes et sexistes qui avaient jeté leur dévolu sur son adversaire. Mais des électeurs blancs pas plus intolérants que la moyenne des Américains ont eu l'impression que la candidate démocrate les mettait dans le même panier de «pitoyables».

Elle aurait pu admettre sa trop grande confiance envers les sondages et les «modèles» de ses stratèges, qui l'ont convaincue de l'inutilité de faire campagne, ne serait-ce qu'un jour, dans des États acquis d'avance comme le Michigan et le Wisconsin. Tu parles!

Elle aurait pu cibler plusieurs autres facteurs ayant contribué à sa défaite, dont la propension naturelle des électeurs à choisir le candidat qui incarne le plus le changement à leurs yeux.

Mais Clinton vit encore dans le déni, comme plusieurs membres de son équipe, comme plusieurs démocrates. Il est vrai que la défaite est d'autant plus difficile à accepter que la démocrate a remporté 2,8 millions de voix de plus que son adversaire. Il est vrai que la Russie et le FBI n'ont pas eu un impact nul sur l'élection.

Mais les démocrates s'assurent d'autres défaites amères s'ils se complaisent dans le déni du camp Clinton.




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