Trump et le CIA: «Une situation sans précédent»

Les critiques de Donald Trump à l'égard de... (Photo Kirill KUDRYAVTSEV, archives AFP)

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Les critiques de Donald Trump à l'égard de la CIA ont été diffusées sur Fox dans la foulée d'une exclusivité du Washington Post faisant état de la conclusion de la CIA selon laquelle la Russie s'est ingéré dans l'élection présidentielle américaine pour aider le magnat de l'immobilier à l'emporter.

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Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(New York) Comme plusieurs Américains, Mel Goodman est resté bouche bée, hier matin, en prenant connaissance des propos de Donald Trump ridiculisant les conclusions de l'agence centrale du renseignement sur le rôle de la Russie dans l'élection présidentielle américaine.

Mais cet expert du renseignement américain jouit d'une perspective unique pour analyser l'affrontement entre le président désigné et la CIA. Durant les années 70 et 80, il a occupé un poste d'analyste de haut rang à la CIA, où il était chargé des questions soviétiques.

« Une telle situation est absolument sans précédent, a dit à La Presse Mel Goodman en faisant référence aux critiques formulées par Donald Trump envers la CIA. Le fait que le président désigné ne reçoive pas de breffages réguliers du renseignement est également sans précédent. Sa réaction à son tout premier breffage - il a suggéré que le langage corporel de ses interlocuteurs trahissait leur opposition à Obama - était également sans précédent. Et ses critiques de la CIA sur une question spécifique qui fait l'unanimité au sein de la communauté du renseignement sont également sans précédent. »

« Nous entrons dans une dimension totalement nouvelle ici », a ajouté l'expert, qui occupe aujourd'hui des postes de professeur à l'Université Johns Hopkins et de chercheur au Centre pour la politique internationale, un groupe de réflexion établi à Washington.

Les critiques de Donald Trump ont été diffusées sur Fox dans la foulée d'une exclusivité du Washington Post faisant état de la conclusion de la CIA selon laquelle la Russie s'est ingérée dans l'élection présidentielle américaine pour aider le magnat de l'immobilier à l'emporter. Selon une opinion partagée par l'ensemble de la communauté du renseignement américain, des personnes liées à Moscou ont fourni au site WikiLeaks des courriels piratés du Parti démocrate et de l'ancien directeur de campagne d'Hillary Clinton, John Podesta, entre autres.

UNE ENQUÊTE RÉCLAMÉE

Quelques heures avant la publication de l'article du Post, Barack Obama avait ordonné aux services de renseignement américains de lui présenter un rapport complet avant son départ de la Maison-Blanche sur les piratages informatiques menés pendant la campagne présidentielle. Hier, des sénateurs de haut rang, dont les républicains John McCain et Lindsey Graham, ont publié une déclaration commune réclamant une enquête bipartite sur cette question.

« C'est clair qu'il y a eu ingérence de la part des Russes. Quant à savoir s'ils ont cherché à faire élire un certain candidat, je pense que c'est un sujet d'enquête. » - Le sénateur McCain, sur les ondes de CBS

Pour Mel Goodman, la question ne fait pas de doute. Le président russe Vladimir Poutine ne voulait pas que Clinton soit élue à la présidence.

« Je pense que les indices étaient très clairs dès le mois de septembre, a-t-il dit. Poutine était vivement opposé à Hillary Clinton. Il l'accuse de s'être ingérée dans les élections russes en 2011 et 2012, ainsi qu'en Ukraine plus récemment. Il lui reproche de lui avoir menti sur l'objectif de l'intervention en Libye. Ça faisait partie de ses raisons de vouloir sa défaite. Mais quand Trump a tenu ces propos incroyables sur l'OTAN, sur la Russie elle-même et sur Poutine en tant que leader, je pense que Poutine a dû conclure que la présence de Trump à la Maison-Blanche affaiblirait l'alliance occidentale et créerait une occasion pour la Russie. »

LES INTÉRÊTS DU PRÉSIDENT PRIS EN COMPTE ?

Goodman voit maintenant la réaction de Trump aux conclusions de la CIA sur le rôle de la Russie dans l'élection américaine comme un prélude à un retour de la politisation du renseignement américain.

« On aura des dirigeants qui feront de leur mieux pour prendre en compte les intérêts du président. On a vu ça sous George W. Bush lorsque George Tenet [ex-directeur de la CIA] a juré qu'il possédait des preuves irréfutables de la présence d'armes de destruction massive en Irak », a-t-il dit.

Mais les dirigeants actuels du renseignement américain ne peuvent-ils pas aujourd'hui être également accusés de fournir au président Obama les conclusions qui font son affaire sur l'élection présidentielle ? C'est en tout cas ce que laisse entendre Trump. « Ce sont les démocrates qui rendent ça public parce qu'ils ont subi une des plus grandes défaites de l'histoire politique de ce pays », a dit le président désigné sur Fox.

Mel Goodman réfute cette insinuation.

« Obama n'a jamais démontré qu'il était impliqué dans la production de renseignements, a-t-il dit. Ce n'est pas comme sous l'administration Bush quand Dick Cheney a ciblé la CIA une douzaine de fois sur l'Irak. En fait, l'administration Obama n'a pas voulu pousser la CIA à faire connaître ses conclusions avant le scrutin présidentiel pour ne pas être accusée d'ingérence dans la campagne électorale. »

On peut croire que cette décision n'a pas fait l'unanimité au sein de la CIA, dont certains éléments ont décidé d'exposer leur agence à la vindicte de Trump en s'ouvrant aux médias à quelques semaines de son investiture.




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