15 ans après le 11-Septembre, la menace intérieure inquiète

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Tashfeen Malik et Syed Farook, le couple ayant commis la tuerie de San Bernardino, à l'aéroport de Chicago en juillet 2014.

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Paul HANDLEY
Agence France-Presse
WASHINGTON

Quinze ans après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont appris à se protéger des attaques djihadistes sophistiquées, mais restent vulnérables aux opérations plus rudimentaires menées par des extrémistes locaux.

Pour l'antiterrorisme américain, débusquer les projets d'attentats des sympathisants du groupe État islamique (EI) ou d'Al-Qaïda, qui profitent des nouvelles technologies et adoptent des structures plus décentralisées, « devient de plus en plus difficile », explique Nick Rasmussen, le puissant directeur du Centre national antiterroriste américain (NCTC), qui associe la CIA, le FBI et d'autres grandes agences de sécurité du pays.

L'usage des téléphones intelligents et d'internet et la diffusion d'applications cryptées inviolables « donne l'avantage » aux djihadistes, dit-il.

La « guerre mondiale contre le terrorisme » lancée par les États-Unis après le 11-Septembre, longtemps focalisée sur Al-Qaïda et les talibans afghans, vise aujourd'hui prioritairement l'EI. Ses djihadistes ont prouvé leur capacité à planifier et inspirer des attaques en Europe et aux États unis, commises par des extrémistes de l'intérieur, résidents et souvent citoyens du pays frappé.

Ces attaques, bien moins spectaculaires que le 11-Septembre, sont néanmoins meurtrières et démoralisantes.

Et même après la mort de son fondateur Oussama ben Laden, éliminé en 2011 par les forces spéciales américaines, Al-Qaïda reste dangereuse.

Les deux groupes djihadistes ont su essaimer, des Philippines à l'Afrique de l'Ouest.

Métastases de l'extrémisme

La menace extrémiste « a métastasé », relève Frank Cilluffo, directeur du Centre d'études sur la sécurité intérieure à l'Université George Washington. « Elle persiste et est, dans certains cas, plus complexe ».

Une série d'attaques-surprises aux États-Unis a fait de la lutte contre le « terrorisme intérieur » une priorité.

Le 12 juin 2016, un Américain de 29 ans d'origine afghane, présumé sympathisant de l'islamisme radical, avait abattu 49 personnes dans un club gai d'Orlando, en Floride. Et le 2 décembre 2015, un citoyen américain d'origine pakistanaise et son épouse avaient tué 14 personnes à San Bernardino en Californie.

Selon le Centre de recherches de l'université George Washington, 102 personnes ont été inculpées aux États-Unis pour des délits liés à l'EI, dont beaucoup avaient été séduites via internet.

Selon M. Rasmussen, les services américains peinent à surveiller les plus de 1000 extrémistes potentiels qu'ils ont identifiés.

Et les projets d'attaques se construisent désormais très vite, dans des cercles beaucoup plus étroits, donc plus difficiles à déceler.

Pour les responsables américains, la menace de l'EI ne s'éteindra pas avec la défaite militaire annoncée des djihadistes dans leurs bastions d'Irak et de Syrie.

Le directeur du FBI James Comey et le directeur de la CIA John Brennan répètent que la fin du « califat » autoproclamé par les djihadistes va renvoyer dans leur pays d'origine des flots de combattants étrangers décidés à poursuivre leur combat.

« Pour le FBI, la menace qui va dominer les cinq prochaines années sera l'impact de l'écrasement du califat », a souligné jeudi M. Comey.

« Des centaines de tueurs endurcis qui ne vont pas mourir sur le champ de bataille vont se déverser » ailleurs, notamment en Occident, pour essayer d'y « porter le combat », a-t-il averti.

Renseignements « dans le noir »

Le FBI souligne une menace d'autant plus sérieuse que les services sont de plus en plus « dans le noir », les extrémistes potentiels utilisant quasi systématiquement des applications cryptées inviolables. Il réclame à corps et à cris des grands groupes proposant ces communications cryptées de lui donner les moyens de les décoder, lorsque la justice l'ordonne.

Le FBI et la CIA s'inquiètent également des carences des services antiterroristes européens en matière d'échange d'informations sur les ex-djihadistes rentrant au pays.

M. Rasmussen se montre assez désabusé sur la capacité des États-Unis et de ses alliés à lutter ensemble contre le terrorisme. « J'ai l'impression qu'on rame contre le courant », dit-il, soulignant que c'est surtout la coopération bilatérale qui fonctionne.

Les responsables antiterroristes soulignent aussi qu'il y a un combat fondamental sur le terrain idéologique. Pour eux, les États-Unis ont fait peu de progrès pour combattre la propagande extrémiste.

Il faudrait une stratégie à long terme impliquant les réseaux sociaux, mais les moyens manquent, regrette Michael Leiter, du groupe américain de défense et de renseignement Leidos.

« Il n'y a pas de solution miracle en la matière. Bannir des musulmans n'apportera rien », ajoute-t-il, en allusion aux propositions de Donald Trump, le candidat républicain à la Maison-Blanche.

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