Viêt Nam: Obama livre un vibrant plaidoyer pour la démocratie

« Je viens ici, conscient du passé, de notre... (Photo Carlos Barria, Reuters)

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« Je viens ici, conscient du passé, de notre histoire difficile, mais je suis tourné vers l'avenir », a lancé M. Obama, troisième président américain à se rendre au Vietnam depuis la fin de la guerre en 1975.

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Jérôme CARTILLIER, Jerome TAYLOR
Agence France-Presse
HÔ-CHI-MINH-VILLE et HANOÏ

Barack Obama a loué mardi la solidité des liens entre les États-Unis et le Viêt Nam, anciens pays ennemis, et prononcé, dans ce pays à parti unique, un vibrant plaidoyer en faveur de la démocratie.

«Garantir les droits n'est pas une menace pour la stabilité» d'un pays, a lancé le président américain dans un discours, très applaudi, prononcé à Hanoï devant plus de 2000 personnes et retransmis en direct à la télévision.

«Quand les candidats peuvent se présenter librement aux élections, cela rend le pays plus stable, car les citoyens savent que leurs voix comptent», a-t-il poursuivi, au lendemain d'un scrutin dont les candidats indépendants avaient été écartés.

«Lorsque la presse est libre, le peuple a confiance dans le système», a ajouté M. Obama, dans un pays où les médias locaux sont étroitement contrôlés.

Des milliers de personnes s'étaient massées sur le bord de la route par laquelle il a ensuite rejoint Air Force One. Direction: Hô-Chi-Minh-Ville, l'ex-Saïgon, lieu chargé d'Histoire, mais aussi poumon économique du pays.

Après avoir visité une pagode, il y a discuté, très détendu, avec de jeunes entrepreneurs. Il a souligné que les créateurs de «start-up» comme eux pouvaient, à leur échelle, «rendre les autorités plus responsables» vis-à-vis de la population.

Avant de quitter Hanoï pour l'ancienne Saïgon, M. Obama a retracé le rapprochement spectaculaire entre les deux pays depuis la guerre du Viêt Nam.

«Je viens ici, conscient du passé, de notre histoire difficile, mais tourné vers l'avenir», a lancé M. Obama, troisième président américain à se rendre au Vietnam depuis la fin de la guerre en 1975. Il avait symboliquement entamé sa visite lundi par l'annonce de la levée de l'embargo sur les ventes d'armes au Viêt Nam.

«Nous pouvons dire, une phrase longtemps inimaginable : aujourd'hui, le Viêt Nam et les États-Unis sont partenaires !».

Saluant «les progrès extraordinaires» accomplis par ce pays de quelque 90 millions d'habitants dans la lutte contre la pauvreté ou encore la scolarisation des enfants, il a appelé les jeunes Vietnamiens à «prendre leur destin en main».

«Heureuse de le voir en vrai»

«Je suis impressionnée», a réagi Tam Anh, étudiante en commerce international. «J'étais heureuse de le voir en vrai aujourd'hui, c'est un rêve qui devient réalité. Je ne rate jamais ses discours sur YouTube».

«Je suis d'accord avec lui sur les droits de l'homme; j'ai le droit d'exprimer mes idées, de dire ce que je pense».

Mardi matin, le président américain avait rencontré des représentants de la société civile, mais déploré que certaines des personnes invitées n'aient pu participer.

«Des membres de la sécurité m'empêchent d'y aller. Ils disent que je peux aller où je veux, mais pas à l'ambassade», a expliqué à l'AFP l'avocat Ha Huy Son, qui a défendu nombre de militants des droits de l'homme.

Des militants ont par ailleurs affirmé sur les réseaux sociaux que deux figures de la dissidence vietnamienne, l'ancien banquier Nguyen Quang A et le blogueur Pham Doan Trang, avaient été détenus. Nguyen Quang A a confirmé à l'AFP avoir été «kidnappé par des hommes en civil» à l'aube, puis libéré une fois Barack Obama sur le départ de Hanoï. Une pratique routinière au Viêt Nam contre les dissidents.

Mai Khoi, vedette pop et militante prodémocratie, a quant à elle pu participer à la rencontre. «Rencontrer M. Obama était important, car cela donne une reconnaissance officielle au mouvement pour une société civile indépendante au Viêt Nam», a-t-elle écrit après la rencontre.

Surnommée la Lady Gaga du Viêt Nam pour ses tenues excentriques et son franc-parler, elle est dans le collimateur du régime depuis sa tentative de candidature pour les législatives qui ont eu lieu dimanche.

Une centaine de candidats indépendants avaient déposé un dossier, mais les autorités ont invalidé leurs candidatures. La quasi-totalité des quelque 500 députés est composée d'hommes, membres du Parti communiste.

M. Obama a profité de son discours pour lancer une nouvelle fois une mise en garde à Pékin, appelant à la résolution «pacifique» des différends territoriaux en mer de Chine méridionale. «Les grands pays ne devraient pas intimider les plus petits», a-t-il lancé en référence aux conflits qui opposent la Chine à plusieurs de ses voisins d'Asie du Sud-Est.

Lundi soir, le président américain avait goûté aux joies du «bun cha», soupe traditionnelle vietnamienne, dans un petit restaurant populaire de Hanoï, en compagnie du chef américain Anthony Bourdain dont les émissions font le tour du monde des spécialités culinaires.

«Le président a la maîtrise des baguettes», a commenté ce dernier. «Coût total pour un dîner de bun cha avec le président: 6 $. J'ai réglé l'addition».

Obama «ment»

Barack Obama «ment» en assurant que la levée de l'embargo américain sur les ventes d'armes au Viêt Nam ne vise pas Pékin, a dénoncé mardi la presse officielle chinoise, accusant Washington de vouloir «contenir la Chine».

La décision américaine intervient dans un contexte où Pékin et Hanoï se disputent âprement la souveraineté d'îles en mer de Chine méridionale, une rivalité qui avait culminé en 2014 au Viêt Nam avec de meurtrières émeutes antichinoises.

Washington opère par ailleurs actuellement un «rééquilibrage» ou «pivot» vers l'Asie-Pacifique de sa politique étrangère, destiné notamment à renforcer l'influence américaine dans la région face à la Chine.

M. Obama a pourtant assuré lundi que la levée de l'embargo sur les ventes d'armes à Hanoï ne visait pas Pékin.

«C'est tout simplement un très médiocre mensonge», a dénoncé mardi dans un éditorial le Global Times, quotidien proche du Parti communiste chinois (PCC) au pouvoir.

Les États-Unis «profitent du Viêt Nam pour provoquer des tensions supplémentaires en mer de Chine méridionale», a estimé le quotidien qui, la veille, jugeait «irréalisable» une levée totale de l'embargo américain sur les armes.

Pékin revendique la quasi-totalité de cette mer, au grand dam du Viêt Nam, mais aussi d'autres pays comme les Philippines, la Malaisie et Brunei, qui ont également des prétentions sur la zone - qui se chevauchent parfois.

Les États-Unis ont envoyé ces derniers mois des navires de guerre croiser à proximité d'îles contrôlées par Pékin, assurant ainsi défendre la «liberté de navigation» face à la «militarisation» opérée selon eux par l'armée chinoise.

«Lorsque les États-Unis ont un besoin urgent de contenir la Chine en mer de Chine méridionale, alors les normes de leurs soi-disant droits de l'homme peuvent devenir plus souples», a ironisé le Global Times, en référence à la levée de l'embargo malgré les condamnations répétées par Washington des manquements aux libertés au Viêt Nam.

Le «but ultime» de Washington est de «consolider la domination des États-Unis dans la région», a estimé le quotidien, en «tricotant» un «filet» autour de la Chine.

Mais cela risque de «transformer la région en poudrière», a averti de son côté dans un éditorial le China Daily, un journal anglophone officiel.

Malgré les tensions entre Pékin et Hanoï, la Chine reste cependant - de loin - le premier partenaire commercial du Viêt Nam.

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