La «bataille des toilettes» fait rage aux États-Unis

Une affiche où l'on peut voir un logo... (PHOTO JONATHAN DRAKE, REUTERS)

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Une affiche où l'on peut voir un logo mélangeant les genres accompagné du message: «Ça ne nous dérange pas» est collée sur le mur d'une toilette publique d'un hôtel de Durham, en Caroline-du-Nord, le 3 mai. L'hôtel 21C Museum proteste ainsi contre la loi anti-transgenres adoptée par l'État.

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Jocelyne ZABLIT
Agence France-Presse
LOS ANGELES

Un débat houleux sur l'accès aux toilettes publiques pour les transgenres fait rage aux États-Unis, associations et entreprises s'affrontant sur ce sujet brûlant qui retentit jusqu'à Washington et agite la campagne présidentielle.

La «bataille des toilettes» a démarré après que la Caroline-du-Nord fut devenue le premier du pays à exiger des transgenres qu'ils utilisent dans les lieux publics les toilettes correspondant à leur sexe de naissance, et non celui auquel ils s'identifient.

Le Mississippi a emboîté le pas en avril. Dans des régions conservatrices comme au Texas, plusieurs autres législations similaires ont été adoptées ou envisagées.

Les partisans de ces mesures contestées affirment qu'elles sont nécessaires pour protéger les femmes des prédateurs sexuels, mais les groupes de protection des droits civiques affirment qu'elles sont irrationnelles, impossibles à appliquer, et mettent en danger les transgenres.

«Je pense que les opposants au mariage gai et lesbien réalisent qu'ils ont perdu la bataille juridique et ont réorienté leur stratégie vers les transgenres», estime Katherine Franke, directrice du Centre de la législation du genre et de la sexualité à l'Université de Columbia.

«Ils pensent qu'ils peuvent marquer des points avec des réglementations discriminatoires sur qui peut utiliser quelles toilettes», ajoute-t-elle.

Les réglementations controversées ont déclenché un tonnerre de protestations chez les associations de défense des transgenres et homosexuels, et plusieurs entreprises et vedettes ont qualifié ces mesures de discriminatoires.

La société de paiements par internet PayPal le mois dernier a annulé son projet d'ouvrir un centre en Caroline-du-Nord qui emploierait 400 personnes et des vedettes comme Bruce Springsteen, Ringo Starr ou le groupe Pearl Jam ont annulé des concerts.

La ville de New York a de son côté promulgué un décret pour assurer que l'accès aux toilettes publiques de la ville serait accessible selon l'identité de genre, et la chaîne de supermarchés Target a publié un communiqué allant dans le même sens.

Cette déclaration a en retour déclenché les foudres d'associations de défense des valeurs familiales chrétiennes telle que American Family Association (AFA), qui a lancé une pétition signée par plus d'un million de personnes pour boycotter les magasins du groupe.

Le gouvernement américain a quant à lui estimé que la législation sur les toilettes était discriminatoire et illégale et sommé la Caroline-du-Nord de l'annuler sous peine de voir ses fonds fédéraux coupés.

Face à cette levée de boucliers, la ville d'Oxford, en Alabama, a préféré revenir sur une ordonnance similaire à celles de Caroline-du-Nord à peine une semaine après l'avoir adoptée.

«Ces lois ouvrent la porte au harcèlement, non seulement contre les transgenres, mais contre quiconque a l'air un peu différent ou ne correspond pas exactement au stéréotype de ce à quoi un homme et une femme devraient ressembler», a commenté Kris Hayashi, du Centre de législation sur les transgenres, basé à Oakland près de San Francisco.

«Pouvoir vivre sa vie en paix»

«J'ai fait ma transition il y a 20 ans et j'ai utilisé depuis les toilettes des femmes sans aucun incident» renchérit Mara Keisling, directrice du Centre pour l'égalité des transgenres, situé à Washington. «Maintenant, tout d'un coup, je dois m'inquiéter que des tarés vont commencer à m'empêcher de les utiliser alors que ce que tout le monde veut (...) c'est pouvoir vivre sa vie en paix».

Certaines écoles publiques, confrontées au problème, ont coupé court en mettant en place des toilettes accessibles «à tous les genres».

Le sujet controversé a rebondi dans la campagne présidentielle.

Donald Trump, qui a multiplié les déclarations jugées discriminatoires ces derniers mois contre les musulmans, les Hispaniques et les femmes, s'est sur ce sujet posé en champion de tolérance en déclarant que les transgenres devraient pouvoir utiliser les toilettes qu'ils veulent.

Des commentaires qui tranchent avec celles de son ancien opposant Ted Cruz qui, avant d'abandonner la primaire républicaine mardi, avait tweeté: «nous ne devrions pas permettre que des petites filles seules se retrouvent dans des toilettes avec des hommes adultes. C'est une très très mauvaise idée».

Katherine Franke espère que la bataille des toilettes va s'apaiser après l'élection, comme ce fut le cas pour le débat sur le mariage homosexuel lors de la précédente présidentielle.

«Il se passe tout un tas de trucs fous pendant les élections américaines qui deviennent des aimants pour toutes sortes d'anxiétés sociales généralement liées à la sexualité ou à la question raciale», remarque-t-elle.

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