ANALYSE

Les fausses notes d'Obama

Le président des États-Unis Barack Obama s'est adressé... (PHOTO SAUL LOEB, AP)

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Le président des États-Unis Barack Obama s'est adressé aux Américains depuis le bureau ovale pour la troisième fois seulement de sa présidence.

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Richard Hétu

collaboration spéciale

La Presse

(New York) Les fausses notes de Barack Obama sur la lutte contre le terrorisme remontent plus loin que les attentats de Paris. Mais son discours d'hier soir en direct du bureau ovale de la Maison-Blanche avait pour but de corriger celles qu'il a commises au cours des derniers jours et semaines. Des fausses notes qui ont révélé sa frustration et peut-être même son déni face à la menace du groupe armé État islamique (EI).

Cette frustration, le président américain l'a exprimée lors d'une conférence de presse à Manille, quatre jours après le carnage parisien. Après avoir défendu sa stratégie pour détruire l'EI devant des journalistes sceptiques ou incrédules, il a dénoncé sur un ton sarcastique l'opposition unanime des candidats républicains à la présidence à l'accueil de réfugiés syriens aux États-Unis.

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«Apparemment, ils ont peur des veuves et des orphelins qui arrivent aux États-Unis», a-t-il déclaré, en laissant percer son dégoût.

«La menace du terrorisme est réelle, mais nous allons la surmonter. Nous détruirons l'EI et toute organisation qui tente de nous faire du mal.»

Barack Obama,
présidnet des États-Unis

Le problème, c'est que cette peur était partagée par une majorité des Américains, selon les sondages. Des Américains qui avaient suivi avec horreur les reportages sur les attentats de Paris et qui n'avaient pas été rassurés d'apprendre qu'un passeport syrien avait été découvert près d'un kamikaze du Stade de France.

Le président aurait sans doute été mieux avisé de prendre acte des craintes de ses concitoyens et de leur expliquer que les réfugiés sont soumis au processus le plus rigoureux qui soit avant d'arriver aux États-Unis. Il l'a fait quelques jours plus tard, mais sa saute d'humeur de Manille n'était pas digne d'un chef d'État qui doit s'élever au-dessus des querelles partisanes en pareilles circonstances.

Sa première réaction au massacre de San Bernardino a également mis en relief un certain déni de sa part à l'égard de la menace de l'EI. Fidèle à son habitude après une fusillade, il a appelé au renforcement des lois sur les armes à feu, comme s'il n'y avait pas de différence entre la tuerie de San Bernardino et les autres. Or, aux yeux de plusieurs Américains, cet appel n'était pas seulement futile, mais également inopportun. Deux musulmans venaient peut-être de commettre le pire acte de terrorisme en sol américain depuis les attentats du 11 septembre 2001. Et le président prônait des mesures afin d'«améliorer les chances pour que [ces fusillades] ne se produisent pas avec une telle fréquence». Dissonance.

Lunettes roses

Barack Obama est souvent accusé de voir la menace de l'EI à travers des lunettes roses. En janvier 2014, il comparait cette organisation terroriste à une équipe de sport collégial de second niveau. L'EI occupe aujourd'hui une partie de la Syrie et de l'Irak, commence à s'installer en Libye, frappe l'Europe en plein coeur et inspire des sympathisants aux États-Unis.

À la veille des attentats de Paris, le président affirmait en outre que l'EI était «contenu». Autre dissonance à laquelle il s'est attaqué hier soir en tentant de convaincre les Américains de sa détermination à «détruire» l'organisation terroriste.

«La menace terroriste est entrée dans une nouvelle phase», a-t-il déclaré, s'adressant aux Américains pour la troisième fois seulement de sa présidence depuis le bureau ovale. «Je sais qu'après tant de guerres, plusieurs Américains se demandent si nous faisons face à un cancer qui n'a pas de remède immédiat. La menace du terrorisme est réelle, mais nous allons la surmonter. Nous détruirons l'EI et toute organisation qui tente de nous faire du mal.»

Quatre jours après le massacre de San Bernardino, Barack Obama a qualifié pour la première fois cette tragédie d'«acte de terrorisme».

«Il n'y a pour l'instant aucune indication que les tueurs aient été dirigés par un groupe terroriste depuis l'étranger», a-t-il déclaré en faisant allusion à Syed Farook et Tashfeen Malik, auteurs de la fusillade qui a fait 14 morts et 21 blessés. «Mais il est clair que ces deux personnes avaient suivi la voie sombre de la radicalisation.»

Malgré les critiques, le président n'a annoncé aucun changement à sa stratégie pour combattre l'EI à l'étranger ou aux États-Unis. Et, malgré l'opposition prévisible des républicains, il a renouvelé son appel en faveur d'une législation plus stricte sur les armes à feu.

Empruntant un vocabulaire plus musclé pour dénoncer les «tueurs» et les «voyous» de l'EI, le président a exhorté les Américains à ne pas céder à la peur ou à l'intolérance à l'égard des musulmans.

«Assurons-nous de ne jamais oublier ce qui nous rend exceptionnels, a-t-il dit. N'oublions pas que la liberté est plus puissante que la peur.»

Barack Obama n'a peut-être pas fait de fausses notes hier soir. Mais un sondage CNN/ORC publié avant son discours a donné la mesure du défi auquel il fait face. Six Américains sur dix désapprouvent la façon dont il gère la question du terrorisme et près de sept Américains sur dix estiment que la réponse militaire américaine face à l'EI n'est pas assez agressive.

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