Guantanamo: six détenus envoyés en Uruguay

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Trois docteurs entrent dans un hôpital militaire à Montevideo, où seront admis six détenus de Guantanamo.

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ANA Inés CIBILS, Giovanna FLEITAS
Agence France-Presse
MONTEVIDEO

Six hommes détenus à Guantanamo depuis plus d'une décennie ont été accueillis en tant réfugiés par l'Uruguay, dans une accélération des transfèrements de la prison américaine où il reste désormais 136 hommes, ont annoncé dimanche les autorités uruguayennes et américaines.

Les six hommes, quatre Syriens, un Palestinien et un Tunisien, avaient tous reçu une «approbation pour transfèrement» des autorités américaines. Ils ont quitté la base américaine de Guantanamo (Cuba) à bord d'un avion de l'US Air Force samedi à 11h00 heure locale, a indiqué à l'AFP un porte-parole du Pentagone, Myles Caggins.

Le ministère uruguayen des Affaires étrangères a confirmé dimanche dans un communiqué l'arrivée des «réfugiés» et a promis «un strict respect des normes internationales de protection humanitaire», concernant notamment leur vie privée.

«Ils viennent en qualité de réfugiés et ils pourront quitter le pays dès qu'ils le souhaiteront», avait répété vendredi le président uruguayen José Mujica à la télévision locale.

Les six hommes accueillis par l'Uruguay sont âgés de 30 à 40 ans et étaient arrivés à Guantanamo parmi les premiers détenus en 2002. Il s'agit des quatre derniers Syriens - Ahmed Ahjam, Ali Hussein Shaabaan, Omar Abou Faraj et Jihad Diyab -, du Palestinien Mohammed Tahanmatan et du Tunisien Abdoul Ourgy, selon un communiqué du Pentagone.

Au total, 19 détenus ont ainsi été rapatriés ou renvoyés dans un pays tiers depuis le début de l'année, dans un effort de l'administration de Barack Obama d'accélérer les libérations pour vider la prison controversée et à terme la fermer, comme l'a promis à plusieurs reprises le président depuis sa première élection en 2008.

Sur les 779 passés par ses geôles en bientôt 13 ans, il reste désormais 136 détenus à Guantanamo, dont la plupart n'ont jamais été inculpés ni jugés. Soixante-sept ont été décrétés «libérables» par les administrations successives de George W. Bush et de Barack Obama.

Parmi les six hommes arrivés en Uruguay dimanche figure le Syrien Jihad Diyab, qui avait observé une grève de la faim et avait demandé sans succès à une juge fédérale de Washington d'ordonner aux autorités de Guantanamo de cesser de l'alimenter de force.

Mais la même juge Gladys Kessler avait sommé le gouvernement Obama de rendre publics des enregistrements vidéo de l'alimentation forcée de M. Diyab, jusqu'ici confidentiels. Cependant, les autorités américaines ont repoussé cette publication et envisagent de faire appel.

L'avocate de Jihad Kiyab, Cori Crider, spécialisée dans les droits des prisonniers, et en particulier ceux de Guantanamo, a indiqué qu'elle avait parlé à son client par téléphone alors qu'il se trouvait dans un hôpital de Montevideo et qu'il semblait «optimiste».

«Il a dit qu'il était fatigué. Je l'ai interrogé sur son poids et il pense qu'il est à 67 kg. Il arrête sa grève de la faim», a-t-elle ajouté.

Ce transfert groupé intervient après sept libérations en novembre, alors que Barack Obama s'est engagé à plusieurs reprises à fermer le centre de détention avant la fin de son mandat en janvier 2017. Mais le commandant de la prison, le colonel David Heath, a jugé «irréaliste» de fermer Guantanamo d'ici à deux ans.

La sécurité, plus haute priorité 

«Nous sommes très reconnaissants envers l'Uruguay de cette action humanitaire importante et le président (José) Mujica pour son rôle déterminant pour fournir l'asile à des individus qui ne peuvent pas rentrer dans leur propre pays», a déclaré à l'AFP l'envoyé spécial de Barack Obama, Cliff Sloan, chargé de la fermeture de Guantanamo au département d'État.

«Le département de la Défense travaille avec diligence pour transférer les détenus éligibles de Guantanamo», a souligné son homologue pour le Pentagone, Paul Lewis, précisant qu'il voyage régulièrement dans les pays potentiels d'accueil.

«La sécurité est toujours la plus haute des priorités avant toute décision de transfert, et (la situation de) chaque détenu est réexaminée avec précaution par six agences gouvernementales avant de le déclarer apte au transfert», a-t-il ajouté.

Toutefois, le parlementaire américain républicain Mike Rogers, président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, a estimé dimanche sur CNN que les pays recevant ces ex-détenus ne disposaient pas tous des moyens de les surveiller.

«Nous savons (...) que certains prisonniers libérés se sont réengagés dans le terrorisme», a-t-il dit.

Ex-guérillero d'extrême gauche, José Mujica, qui quittera le pouvoir en mars pour laisser place à Tabaré Vazquez, du même parti que lui, avait accepté d'accueillir ces prisonniers sous le statut de réfugiés.

Ce transfèrement, prévu dès août, avait pris du retard pour des raisons politiques en Uruguay et a finalement eu lieu exactement une semaine après l'élection présidentielle dans ce pays.

La décision de l'Urugay d'accueillir ces détenus a été saluée par le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA), le Chilien José Miguel Insulza, qui a souhaité que des gestes similaires soient faits par d'autres pays de la région.

Il a souligné «la volonté politique» de M. Mujica et de son successeur qui ont «fait une réalité de ce geste généreux qui contribue à la solution d'un problème de droits de l'Homme dans notre hémisphère».

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