Soulagement après l'accord pour un cessez-le-feu en Ukraine

Vladimir Poutine serre la main du président ukrainien... (PHOTO ANDREY STASEVICH, AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Vladimir Poutine serre la main du président ukrainien Petro Poroshenko, en présence de François Hollande et Angela Merkel.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Hervé ASQUIN, Ania TSOUKANOVA, Nicolas MILETITCH
Agence France-Presse
MINSK et DONETSK

L'accord sur un cessez-le-feu en Ukraine, signé jeudi à Minsk, a apporté un soulagement à ce pays déchiré par un conflit meurtrier, mais l'Union européenne a maintenu la «pression» sur le président russe en menaçant d'imposer de nouvelles sanctions si la trêve échoue.

«Si cela marche bien, on sera ravi d'accompagner ce processus, s'il y a des difficultés, on n'exclut pas non plus d'autres sanctions», a indiqué jeudi soir la chancelière allemande Angela Merkel à l'issue d'un sommet européen à Bruxelles.

Si l'accord trouvé à Minsk «n'était pas respecté» (...), on rentrerait dans un processus (...) de sanctions qui s'ajouteraient à celles qui ont déjà été prononcées», a affirmé le président français François Hollande.

«Nous voulons faire en sorte que notre pression puisse encourager la Russie à mettre en oeuvre ce deuxième accord de Minsk. C'est notre espoir», a expliqué le président du Conseil européen, Donald Tusk.

«La négociation a été très difficile, et nous ne nous attendons pas à une mise en oeuvre facile du processus», a déclaré de son côté le président ukrainien Petro Porochenko, qui participait au sommet des dirigeants européens à Bruxelles, largement dominé par l'Ukraine et la Grèce.

Cet «accord sur l'essentiel», annoncé par Vladimir Poutine, «ne garantit pas un succès durable», avait averti auparavant François Hollande, tandis qu'Angela Merkel avait fait état de «gros obstacles» subsistant sur la voie d'un rétablissement de la paix dans l'est de l'Ukraine.

«Les négociations ont été constructives, mais parfois dures et très émotionnelles», a déclaré à l'AFP le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, selon lequel «aucun ultimatum n'a été adressé ni à la Russie, ni par la Russie» à l'issue d'une nuit marathon de négociations à Minsk entre dirigeants allemand, français, ukrainien et russe.

Les États-Unis ont «salué» l'accord trouvé, tout en réclamant qu'il soit «suivi de mesures immédiates et concrètes». «Nous jugerons de l'engagement de la Russie et des séparatistes à la lumière de leurs actions, pas de leurs mots», a mis en garde le secrétaire d'État John Kerry dont le gouvernement a des relations des plus tendues avec Moscou. Du jamais vu depuis la fin de la Guerre froide.

Et le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a demandé un «cessez-le-feu véritable et durable» dans cette région meurtrie par dix mois de conflit qui ont fait plus de 5300 morts et ont conduit à une confrontation inédite depuis la Guerre froide entre Moscou et les Occidentaux.

«Il faut qu'on soit très clair envers Vladimir Poutine, qui doit savoir que les sanctions ne seront pas levées à moins que son attitude ne change», a insisté de son côté le premier ministre britannique David Cameron.

D'ailleurs, l'Union européenne va confirmer lundi des sanctions ciblées --reportées d'une semaine le 9 février en raison des négociations alors en cours-- contre des personnalités séparatistes et russes, malgré l'accord de cessez-le-feu, a-t-on appris jeudi de sources diplomatiques.

Signé par les séparatistes prorusses et Kiev, l'accord prévoit un cessez-le-feu à partir de dimanche minuit heure de Kiev et le retrait des belligérants et de leurs armes lourdes permettant la création d'une zone tampon d'une profondeur de 50 à 140 kilomètres. Les précédents accords fixaient une zone de 30 km.

En outre, une nouvelle Constitution devra être adoptée d'ici à fin 2015 en vue notamment de faire bénéficier les régions de Donetsk et de Lougansk d'une «décentralisation».

Chars russes, selon Kiev

Arraché après 16 heures de pourparlers dans la nuit de mercredi à jeudi entre Vladimir Poutine, Petro Porochenko, Angela Merkel et François Hollande, l'accord compromet la perspective de livraisons d'armes américaines à Kiev, mais ne règle pas définitivement le conflit, soulignent des analystes.

M. Poutine a ainsi relevé que les séparatistes attendaient des soldats ukrainiens encerclés à Debaltseve, localité devenue ces dernières semaines un point chaud particulièrement symbolique, qu'ils «déposent les armes» afin que le cessez-le-feu puisse entrer en vigueur.

Le gouvernement ukrainien, pour sa part, considère qu'il n'y a pas d'encerclement, selon le chef de l'État russe.

Selon l'armée ukrainienne, au moment où MM. Poutine et Porochenko négociaient d'arrache-pied à Minsk, une cinquantaine de chars ont pénétré à partir de la Russie sur le territoire ukrainien.

Le retrait des armes lourdes risque de «prendre plus de deux-trois jours», a prévenu Andreï Pourguine, un haut responsable rebelle à Donetsk.

L'accord reprend en grande partie celui signé à Minsk en septembre et qui prévoyait déjà cessez-le-feu, retrait des pièces d'artillerie et échanges de prisonniers.

Mais le fait qu'il soit officiellement «soutenu» au plus haut niveau, par Vladimir Poutine, Petro Porochenko, François Hollande et Angela Merkel, lui donne plus de poids.

Dans ce contexte, le Fonds monétaire international (FMI) a annoncé qu'il allait accorder à l'Ukraine, dont l'économie frôle la faillite, un nouveau prêt de 17,5 milliards de dollars (15,5 milliards d'euros) sur quatre ans, en échange de réformes, et la Banque mondiale s'est engagée à fournir «jusqu'à» deux milliards de dollars à ce pays en 2015 dans le cadre du plan d'aide international de 40 milliards de dollars.

La rencontre au Bélarus a été organisée au terme d'une semaine d'intenses consultations diplomatiques dont les dirigeants français et allemand, qui s'étaient rendus le 6 février à Moscou, avaient pris l'initiative.

Avant le sommet, soldats ukrainiens et rebelles avaient intensifié les combats sur le terrain pour arriver en position de force à la table des négociations: avec au moins 49 morts mardi et mercredi, l'Ukraine avait connu l'un des épisodes les plus meurtriers en dix mois.

Et au moins seize personnes, dont deux soldats ukrainiens, ont encore péri ces dernières heures.

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