Ukraine: tension à la veille du référendum d'indépendance

Deux hommes sont montés sur un char d'assaut... (PHOTO MARKO DJURICA, REUTERS)

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Deux hommes sont montés sur un char d'assaut incendié, samedi à Marioupol.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Nicolas MILETITCH, Bertrand de SAISSET
Agence France-Presse
Donetsk et Slaviansk

L'Allemagne et la France ont durci le ton samedi à l'égard de la Russie à la veille de référendums jugés «illégaux» dans l'est de l'Ukraine qui pourraient ouvrir la voie à la sécession d'une partie du pays.

Les séparatistes prorusses d'Ukraine s'apprêtent à organiser dimanche un référendum sur l'indépendance des «républiques populaires» autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, frontalières de la Russie.

Ce scrutin pourrait ouvrir la voie à un éventuel rattachement du bassin minier du Donbass à la Russie. Les régions de Donetsk et de Lougansk, qui le composent, sont fortes au total de 7,3 millions d'habitants sur les 45,5 millions que compte l'Ukraine.

Les autorités ukrainiennes de leur côté se déclarent déterminées à mener à bien le scrutin présidentiel anticipé du 25 mai, en dépit des violences et «provocations» mises en oeuvre pour le faire capoter et qu'elles imputent à Moscou.

Ce vote doit permettre l'élection du successeur de Viktor Ianoukovitch, un proche de Moscou destitué fin février après trois mois de contestation pro-européenne.

«Il peut y avoir des voix contre»

Les rebelles des régions de l'Est attendent des «millions de votants» et affirment que tout sera prêt à temps pour le scrutin. Ils se disent certains que la population approuvera leur projet, en dépit de sondages suggérant au contraire qu'une grande partie des habitants de l'Est du pays sont favorables à l'unité de l'Ukraine.

À Slaviansk, ville de 110 000 habitants proche de Donetsk et bastion des insurgés, le maire autoproclamé Viatcheslav Ponomarev a déclaré samedi s'attendre à une «participation de 100 %».

«Il peut y avoir des voix contre», celles des «bourgeois», a-t-il admis, ajoutant cependant : «sitôt après le référendum, la "République populaire de Donetsk" commencera à fonctionner». «Si la population le veut, on rejoindra la Russie», a-t-il ajouté.

«Le référendum est le seul moyen pour éviter l'escalade de la violence et la guerre», a de son côté affirmé samedi Roman Lyaguine, chef de la commission électorale de la république séparatiste de Donetsk.

«Si la réponse au référendum est oui, cela ne veut pas dire que notre région va rejoindre la Russie», a-t-il ajouté.

Kiev et les Occidentaux ne cachent pas leur crainte de voir se reproduire un scénario similaire à celui qui a abouti en mars au rattachement de la Crimée à la Russie après un référendum, et s'est traduit par la pire crise diplomatique entre l'Occident et la Russie depuis la fin de la Guerre froide.

«Les référendums planifiés dans plusieurs villes dans l'est de l'Ukraine sont illégaux», ont affirmé samedi la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande dans une déclaration commune.

Les deux responsables européens ont menacé la Russie de «conséquences» au cas où l'élection présidentielle prévue en Ukraine le 25 mai n'aurait pas lieu, et l'ont appelée à cesser de manière tangible ses manoeuvres militaires à la frontière ukrainienne.

Ils ont aussi rappelé à l'intention du gouvernement de Kiev que «le recours légitime à la force pour protéger les biens et les personnes devait être proportionné». Les autorités ukrainiennes sont engagées depuis huit jours dans une opération militaire dans l'Est qui s'est soldée par plusieurs dizaines de morts.

Vendredi, de violents combats ont opposé les insurgés prorusses aux forces armées ukrainiennes dans la ville portuaire de Marioupol (sud-est). Les affrontements ont éclaté lorsqu'une soixantaine d'insurgés équipés d'armes automatiques ont attaqué le siège local de la police.

Ces affrontements ont causé la mort de 20 assaillants et de plusieurs policiers, a affirmé le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov.

Le désordre continuait de régner samedi dans la ville, où plusieurs centaines de militants prorusses étaient rassemblés devant la mairie et où une barricade de pneus en flamme et un blindé calciné étaient visibles, a constaté l'AFP.

Des incidents entre militaires ukrainiens et militants prorusses armés se sont également produits vendredi à Donetsk.

«Tout laisse à penser que les Russes ont perdu le contrôle sur ce qu'ils ont déclenché en Ukraine», a estimé le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague. «Des voyous munis d'armes modernes ravivent de vieilles tensions et attisent de nouvelles haines», a-t-il déclaré au Daily Telegraph.

Poutine défie l'Occident

De son côté, M. Poutine a une nouvelle fois défié l'Occident en se rendant vendredi en Crimée. Il s'agit de sa première visite dans la péninsule depuis que Kiev en a perdu le contrôle en mars.

Il a participé à des célébrations de la victoire de 1945 sur les nazis à Sébastopol, port d'attache historique de la Flotte russe de la mer Noire en Crimée. Les chaînes de télévision russes ont largement diffusé des images du président russe acclamé par la foule.

Kiev a aussitôt dénoncé une «violation flagrante de la souveraineté ukrainienne» et les États-Unis ont estimé que cette visite ne faisait qu'«exacerber les tensions». «La Crimée appartient à l'Ukraine», a souligné la Maison-Blanche.

Le président par intérim, Olexandre Tourtchinov, a parallèlement noté que les autorités ukrainiennes «écoutaient le Donbass» et étaient «prêtes à des négociations» avec les responsables locaux, mais pas avec les «terroristes».

Le bras de fer entre Kiev et Moscou pourrait aussi se manifester jusque sur la scène de la finale de l'Eurovision, prévue samedi soir à Copenhague. La chanteuse ukrainienne Mariya Yaremtchouk a été choisie pour ouvrir le bal et espère bénéficier d'un élan de sympathie des jurys occidentaux.

La Croix-Rouge appelle au respect des travailleurs humanitaires

La Croix-Rouge a lancé un appel samedi à toutes les parties impliquées dans la crise en Ukraine pour qu'elles respectent la neutralité des travailleurs humanitaires après l'arrestation de neuf d'entre eux à Donetsk, dans l'est du pays.

Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) «est une organisation humanitaire neutre, impartiale et indépendante», a rappelé le responsable de la délégation de ce comité en Ukraine, Michel Masson, cité dans un communiqué.

«Nous avons lancé un appel à toutes les parties impliquées à respecter l'emblème de la Croix-Rouge», a-t-il ajouté en insistant sur le fait que l'organisation, dont le siège est à Genève, «dépend de l'entière coopération et de la compréhension de tous ceux impliqués dans les troubles».

«Sinon cela devient très difficile pour nous de faire notre travail, de répondre de façon adéquate aux besoins des victimes de la violence», a-t-il souligné.

Huit volontaires et un membre suisse du CICR ont été arrêtés et détenus plusieurs heures vendredi soir à Donetsk, bastion du mouvement séparatiste prorusse en Ukraine, par un groupe d'hommes armés.

«Un des volontaires a été battu pendant cet incident» et a dû être soigné à l'hôpital, a précisé la Croix-Rouge dans son communiqué.

Cette équipe de l'organisation humanitaire était chargée d'évaluer les besoins de la population à Donetsk, a indiqué à l'AFP le porte-parole du CICR pour l'Europe et l'Asie centrale, David Pierre Marquet. «C'est probablement la raison pour laquelle ils ont été libérés si rapidement, car leur mandat était on ne peu plus clair», a-t-il ajouté.

Le CICR a exprimé sa gratitude envers tous ceux qui ont permis de régler cet incident «rapidement» sans avoir toutefois identifié les auteurs de ces arrestations.

Plus tôt samedi, un porte-parole des autorités séparatistes pro-russes à Donetsk avait indiqué que les membres de l'équipe avaient été arrêtés en raison de soupçons d'espionnage.

Hollande et Merkel donnent un nouvel élan à leur relation sur fond de crise ukrainienne

François Hollande et Angela Merkel ont donné un nouvel élan à leur relation, vendredi et samedi, au cours d'une visite du président français sur les terres électorales de la chancelière allemande pendant laquelle ils ont uni leur voix sur la crise ukrainienne.

«Une preuve de plus a été apportée qu'entre la France et l'Allemagne il y a une confiance mutuelle, un rapprochement permanent, une compréhension», s'est félicité le président français après avoir multiplié pendant deux jours avec Mme Merkel les signes d'amitié et de complicité.

Du petit port de Sassnitz à Stralsund en passant par la station balnéaire de Binz, Mme Merkel a embarqué le président français dans une longue escapade sur ses terres électorales de Mecklembourg-Poméranie antérieure où elle est élue depuis 1990.

Un geste inhabituel de la part de la chancelière qui n'a réservé cette faveur qu'à quelques rares dirigeants : l'Américain George Bush en 2006 et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker en 2012.

L'attention a été très appréciée par M. Hollande, qui tenait «absolument à venir» dans la circonscription de Mme Merkel «pour mieux comprendre encore, mieux entendre aussi ce qu'est l'aspiration de l'Allemagne pour faire avancer l'Europe».

Dîner intime dans un restaurant de la station balnéaire de Binz (sur l'île de Rügen), conversation jusque tard dans la nuit en buvant des bières dans une taverne traditionnelle de Stralsund, bain de foule sous les parapluies au bord de la Baltique, les deux dirigeants - bras-dessus bras-dessous - affichaient devant les nombreux médias un sourire radieux, entre deux averses.

Après des débuts tendus il y deux ans quand le président français entendait, au lendemain de son élection, remettre en cause l'austérité allemande imposée à l'Europe, les deux dirigeants ont appris à mieux travailler ensemble et ce voyage a marqué une nouvelle étape dans leur rapprochement.

Mais la crise ukrainienne s'est invitée dans ce moment de convivialité avec la démonstration de force du président russe Vladimir Poutine, vendredi en Crimée.

François Hollande et Angela Merkel ont uni leurs voix pour rappeler «l'importance capitale» de l'organisation des élections présidentielles le 25 mai en Ukraine.

Dans une déclaration commune samedi, ils ont pressé Kiev de ne pas conduire «d'actions offensives» contre les insurgés prorusses avant ces élections, mais aussi menacé la Russie de nouvelles sanctions si le scrutin ne se tient pas.

«Sensibilité différente»

Ils ont jugé «illégaux» les référendums de séparatistes prorusses prévus dimanche dans l'est de l'Ukraine.

M. Hollande a cependant réaffirmé que le contrat de vente de deux navires militaires français à Moscou (pour 1,2 milliard d'euros) était maintenu, malgré des inquiétudes américaines. «Ce contrat a été signé en 2011, il s'exécute et il trouvera son aboutissement au mois d'octobre prochain, pour l'instant il n'est pas remis en cause», a-t-il dit.

À deux semaines des élections européennes, Mme Merkel et M. Hollande se sont également appliqués à présenter une image d'unité sur l'UE.

Le scrutin du 25 mai entraînera, en plus d'un nouveau Parlement, un renouvellement des principales instances de l'Union. Un nouveau président de la Commission européenne sera notamment choisi, un poste convoité par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, candidat désigné des conservateurs, et Martin Schulz, candidat social-démocrate. Ce dernier a les faveurs de Paris.

Alors que M. Hollande a longuement insisté sur le fait que «le vote des Européens doit être respecté» dans le choix du successeur de José-Manuel Barroso, Mme Merkel a plutôt mis l'accent sur la durée des négociations qui aboutiront à la désignation. «Plusieurs semaines», a-t-elle dit.

Dans le délicat dossier du groupe français Alstom, convoité par l'américain General Electric et l'allemand Siemens, tous deux sont convenus que la décision appartenait aux entreprises. Mais M. Hollande a tempéré en rappelant que le gouvernement français, qui s'est beaucoup investi dans ce dossier, «est particulièrement attentif» à la préservation de l'emploi, aux localisations des activités et à l'indépendance énergétique.

«Nous attendons l'offre détaillée de Siemens pour nous prononcer», a-t-il ajouté, tandis que Mme Merkel a assuré que si Siemens devait l'emporter, «l'Allemagne accompagnera un tel projet de façon positive».

Hollande: la vente de navires de guerre à la Russie maintenue «pour l'instant»

Le contrat de vente de deux navires militaires de type Mistral pour 1,2 milliard d'euros par la France à la Russie est maintenu «pour l'instant», a annoncé samedi le président français François Hollande, en Allemagne.

«Ce contrat a été signé en 2011, il s'exécute et il trouvera son aboutissement au mois d'octobre prochain. Pour l'instant il n'est pas remis en cause», a déclaré M. Hollande lors d'une conférence de presse avec la chancelière allemande Angela Merkel, à l'issue d'une rencontre informelle de deux jours à Stralsund, dans le nord de l'Allemagne.

Alors que les relations entre les pays occidentaux et la Russie se sont fortement tendues ces dernières semaines en raison de la crise ukrainienne, les États-Unis ont exprimé jeudi leurs «inquiétudes à propos de cette vente» par la voix de leur secrétaire d'État adjointe pour l'Europe Victoria Nuland, devant des députés américains.

La France et la Russie ont signé en 2011 ce contrat pour deux navires Mistral, le premier devant être livré en octobre 2014, le second en 2015 et destiné à la Flotte russe de la mer Noire. Ce sont des bâtiments de projection et de commandement (BPC), des navires de guerre polyvalents pouvant transporter des hélicoptères et des chars.

Fin mars, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius - qui se rend aux États-Unis les 12 et 13 mai -  avait déclaré que Paris pourrait «annuler ces ventes» si Moscou ne changeait pas de politique à l'égard de Kiev. Son collègue à la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait ensuite reporté toute décision à octobre.

La Russie avait averti la France qu'elle «fera(it) valoir ses droits jusqu'au bout» en cas de rupture du contrat.




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