L'Ukraine craint une invasion russe

Des milliers de personnes ont chanté l'hymne national... (PHOTO SERGEI SUPINSKY, AFP)

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Des milliers de personnes ont chanté l'hymne national ukrainien alors qu'elles étaient réunies sur la place de l'indépendance au centre de Kiev, dimanche.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Olga NEDBAEVA, Laetitia PERON
Agence France-Presse
Kiev et Belbek

Le risque de guerre avec la Russie s'accroît encore: des responsables ukrainiens ont lancé dimanche un cri d'alarme, alors que des milliers de personnes se rassemblaient sur le Maïdan à Kiev pour soutenir l'unité nationale.

Le risque «augmente», «la situation est même plus explosive qu'elle ne l'était il y a une semaine», a estimé le chef de la diplomatie ukrainienne Andriï Dechtchitsa, interrogé par la chaîne américaine ABC sur un éventuel conflit militaire.

Les troupes du président Vladimir Poutine sont prêtes à attaquer l'Ukraine «à tout moment», a déclaré le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense Andriï Paroubiï, du podium du Maïdan, la place de l'Indépendance dont il avait été «commandant» pendant le bras de fer entre les contestataires et le président Viktor Ianoukovitch, aujourd'hui déchu.

«Le but de Poutine n'est pas la Crimée, mais toute l'Ukraine», a déclaré M. Paroubiï devant cinq mille manifestants rassemblés sous un ciel bleu. «Dans l'imagination maniaque de Poutine, l'Ukraine doit faire partie de la Russie», a-t-il poursuivi.

Presque simultanément, le ministère russe de la Défense a déclaré dimanche que Moscou «respecte tous les accords internationaux sur la limitation des effectifs des troupes dans les régions frontalières de l'Ukraine».

Le rassemblement «pour l'unité nationale» sur le Maïdan a été convoqué pour répondre à l'agitation séparatiste dans l'Est et la prise par les Russes des dernières bases ukrainiennes en Crimée.

Les deux questions sont intimement liées, comme l'a montré un «appel au peuple ukrainien» du premier ministre de la Crimée, désormais rattachée à la Russie, à méditer l'exemple de la péninsule.

Sur sa page Facebook, Sergueï Axionov a brossé une image apocalyptique des conséquences du volet économique de l'accord d'association entre l'Ukraine et l'UE, à venir dans quelques mois: «impôts d'un montant élevé sans que cela soit justifiable, hausse des prix, et montée du chômage, l'âge de la retraite porté au-delà de l'espérance de vie moyenne».

«Aventuriers et oligarques»

«Je n'ai pas le droit de vous appeler à vous séparer de l'Ukraine!», poursuit M. Axionov.  (...) Je vous appelle à vous opposer au choix fait à votre place par une poignée d'aventuriers politiques financés par les oligarques compradores (...) à défendre vos droits et vos intérêts, une défense, j'en suis profondément convaincu, qui passe par une alliance étroite avec la Fédération de Russie, alliance politique, économique et culturelle».

Ces déclarations risquent d'être entendues par une partie des habitants de l'est de l'Ukraine. Samedi, quelque 4000 personnes ont manifesté à Donetsk, brandissant des drapeaux russes et demandant le retour de Viktor Ianoukovitch, l'enfant du pays.

Des rassemblements similaires se sont déroulés dimanche à Odessa (sud), Kharkiv (est) et de nouveau à Donetsk.

La veille, des soldats d'élite russes tirant en l'air, appuyés par des véhicules blindés, ont pris une nouvelle base ukrainienne en Crimée, illustrant une fois de plus la détermination de Moscou face aux sanctions et aux efforts diplomatiques de l'Occident.

Des forces russes ont pris le contrôle de plusieurs navires de guerre ukrainiens en Crimée ces derniers jours. Le ministre de la Défense Igor Tenioukh a regretté dimanche la perte de ces unités survenue «en dépit du fait que tous les commandants avaient l'ordre d'utiliser les armes» .

«Pour éviter une effusion de sang, ils n'ont pas eu recours aux armes», a-t-il ajouté.

La démonstration de force de la Russie sur le terrain a coïncidé avec les accusations la veille de l'Allemagne, important partenaire économique de la Russie, lui reprochant de «scinder l'Europe», par la voix de son chef de la diplomatie Frank-Walter Steinmeier, en visite à Kiev.

Et son homologue russe Sergueï Lavrov peut s'attendre à une nouvelle volée de bois vert quand il rencontrera le secrétaire d'État américain John Kerry. Leur entretien, axé sur l'Ukraine, est prévu en marge du sommet de La Haye lundi et mardi convoqué par le président Barack Obama.

Le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk, invité à ce sommet, a finalement annulé son déplacement, expliquant dimanche en conseil des ministres qu'il devait achever lundi ses pourparlers avec une mission du Fonds monétaire international en Ukraine depuis le 4 mars. Kiev lui demande au moins 15 milliards de dollars pour éviter la faillite.

Le FMI réclame, lui, à Kiev des mesures d'austérité et notamment une réduction des subventions sur les prix du gaz pour la population.

Les Berkout restent impunis 

À entendre les manifestants du Maïdan, ils ne font que modérément confiance au gouvernement issu de leur mouvement.

«Le Maïdan doit continuer. Il faut encore plus surveiller ce gouvernement que celui de Ianoukovitch», a dit Anna Kassian, quadragénaire venue de Zaporijia.

«Tourtchinov et Iatseniouk sont arrivés au pouvoir grâce aux gens qui ont donné leur vie et leur santé. Eux, ils n'ont fait pour l'instant qu'abandonner la Crimée et nos marins à la merci des occupants», déplore-t-elle.

Pour Olexandre Jouravel, soudeur de 32 ans de Kiev, rappelle que la «seule chose qu'ait faite le nouveau pouvoir c'est de signer l'accord d'association avec l'Europe». «Mais personne n'a puni les Berkout (policiers antiémeute) qui frappaient les manifestants, personne n'a puni les membres de l'ancien gouvernement. Et le gouvernement trahit nos héros en Crimée», a-t-il dit à l'AFP.

Entretien téléphonique entre Poutine et Merkel

MOSCOU - Le président russe Vladimir Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel se sont entretenus de l'Ukraine par téléphone et ont exprimé leur satisfaction après l'accord pour l'envoi d'une mission de l'OSCE dans ce pays, a annoncé dimanche le Kremlin.

Les deux dirigeants ont «évoqué la situation après le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie», selon un communiqué de la présidence russe qui précise que l'Allemagne a été à l'initiative de cette discussion.

«En ce qui concerne la crise en Ukraine, les deux parties ont exprimé leur satisfaction au sujet de l'accord pour un mandat d'une mission d'observation de l'OSCE», ajoute le Kremlin.

Les 57 pays membres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont annoncé vendredi soir l'envoi d'une mission d'observation en Ukraine. La Russie avait accepté de lever ses objections alors qu'elle se voyait reprocher depuis le début de la semaine ses réticences à l'envoi d'une telle mission réclamée par l'Ukraine et les Occidentaux.

L'équipe, composée d'une centaine d'observateurs civils, doit se déployer dans l'ensemble du pays, à l'exception de la Crimée sécessionniste.

La conversation téléphonique entre M. Poutine et Mme Merkel s'est tenue alors que les dirigeants du G7 (Grande-Bretagne, États-Unis, Allemagne, Japon, France, Canada et Italie) et de l'Union européenne doivent se réunir lundi en marge du Sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye pour débattre de la situation dans l'ex-république soviétique.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov doit aussi rencontrer son homologue américain John Kerry en marge de ce sommet qui dure jusqu'à mardi.




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